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SebastiAn : Total

SebastiAn : Total



Mégalo et schizophrène, SebastiAn embrasse son double sur la pochette de son premier album "Total". Un montage signé Jean-Baptiste Mondino qui vient grandir le mystère autour de sa personnalité et surtout notre crainte d'un cache-misère pour l'arrivée tant espérée de l’album qui doit prouver son endurance. Depuis les turbines de Ross Ross Ross en 2006 qui ont fait sursauté l’électro, des maxis et des B.O. ("Steak", "Notre Jour Viendra") ont continué de nourrir notre curiosité. Mais à la lecture du tracklisting, on regrette un peu son recyclage de vieux EPs, surtout que, s’ils étaient des claques à leurs sorties, le temps a amorti leurs forces de frappe. Sur les 22 titres, presque la moitié dépassent à peine la minute, comme si l'homme-machine disposait d'un bon sample mais ne voulait pas se risquer à l’épuiser, préférant prendre aussitôt un virage pour continuer de surprendre. Puisqu’il se suffit désormais à lui même (cf la jacquette homothétique), il ne multiplié pas les invités : des échos de voix féminines résonnent parfois, échappées d'une scène de film mais peu de titres sont chantés. On retiendra Love in Motion où la voix de Mayer Hawthorne est trafiquée jusqu’à perdre toute sa soul et M.I.A à qui il ne fait pas non plus de traitement de faveur sur C.T.F.O., morceau sur lequel Uffie n'aurait pas non plus démérité.  

Ecran Total

Mais peu importe car cet album c’est avant tout son défouloir. Volage mais souvent extrême, comme Daft Punk à qui l’on pense forcément sur disque, il prouve qu’il est plus qu’une machine à compression calibrée pour les clubs et puise dans la house, le rock et le funk pour cimenter cet album qui reste un défouloir. Sur "Total" c'est sa Rage... Against The Machine avec une batterie de métaleux qui s’étale .Toujours rock, des riffs sur Doggs et Jack Wire font saigner des guitares saturées et le prodige se prend pour Prodigy, qu’il avait d’ailleurs déjà remixés. Sur Kindercut, il tient la main de ses aînés de la french touch pour visiter les 80s en dynamitant toute la puissance. Sur le single Embody, sa piano house fait briller le sceau de la famille Ed Banger et d’ailleurs souvent, on pense à Oizo, à Medhi et bien sur à Justice, même si c’est bien SebastiAn qui a la paternité de l’électro la plus agressive de la famille. "Total" rime souvent avec brutal, il suffit de retrouver Motor, titre hardcore inspiré de la douce mélodie des voitures de Formule 1. Mais le titre qui risque de rester sur toutes les lèvres, c’est surtout l’outro Frustra, le dernier mot qu'on y entend est “frustration”. La sienne expliquerait qu’il ait mis tant de temps à boucler son album, la notre vient surtout de l’impression qu’il n’a pas fini d’écrire son propre code de route, d'où l'impression d'un train de retard. Même si on ne niera pas qu’il aligne sur cet album une belle collection de bolides fracassés.

SebastiAn // Total // EdBanger

http://www.myspace.com/0sebastian0

Charline Lecarpentier