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Une ville, un son: Bordeaux,enfant du punk

Une ville, un son: Bordeaux,enfant du punk

Le résultat des analyses est flagrant : Bordeaux est et a toujours été une ville rock. Les 28 groupes poussant de la wah dans 5 clubs du centre ville en Janvier dernier lors de la 7e édition du (bien-nommé) Bordeaux Rock Festival ne prouvent pas autre chose. Pour comprendre cette tendance, il faut remonter à l’époque où les Sex Pistols enregistraient leur version de No Fun ; les bordelais de Strychnine (avec un nom piqué aux Sonics) tutoyaient alors les pionniers punks français. Les années suivantes, on a vus éclore Stilletos (R&B), Gamine (garage), puis le velvetien Kid Pharaoh et, quand même, Noir Désir. Et plus rien qu’eux… Une décennie où quand la france chante Cantat, tout le monde se tait là-bas. Exception dans le paysage français, c’est de la volonté municipale de rénover la ville que va jaillir la nouvelle vague numérotée 33.

Les millésimes vieillissent bien

Le tram ranime une rive amputée, accède au complexe du Rocher de Palmer, et déverse les étudiants place de la Victoire. Tout le monde sur le pont. José Ruiz, vétéran de Gamine et Stilettos tient maintenant l’asso Bordeaux Rock au festival 100% local et sa compile annuelle ; Allez Les Filles invite des groupes ricains à battre les places pavées ; la Rock School Barbey d’Eric Roux (ex-bookeur d’Oberkampf, OTH) ne se contente plus de concerts à domicile mais s’invite sur le versant social (prisons, hôpitaux, écoles)... Côté labels, l’indé a ici son berceau : en juste dix ans, Talitres a ajouté à son catalogue The Wedding Present, The National et Kim Novak. Hier le fanzine Abus Dangereux montait Vicious Circle pour diffuser Sleeppers et Girls Against Boys ; aujourd’hui c’est Radio4 et Shannon Wright. Idem côté bars et salles : si le Jimmy de 1976 a fermé, on chahute pas moins à l’Heretic et au Krakatoa. Du lourd stoner de Mars Red Sky au folk vaporeux d’El Boy Die en passant par la pop ensoleillée d’April Shower, tous les groupes qui brillent aujourd’hui y sont tous passés à un moment ou à un autre. Dire que vous n’entendiez parler que d’Eiffel et de Cantat.

La pelle du 18 Juin

 

Chefs de file du sirocco qui souffle sur l’estuaire, le rock’n’roll nucléaire des Magnetix qui ferait aimer les Cramps à votre papy. Plus récemment, les Kid Bombardos, trois frères qui boxent directement les Strokes sans coups bas. A l’autre bout du ring mais tout aussi décoiffant, Adam Kesher et ses claviers qui confondent dancefloor et salles de sport. Catégorie synthétique, c’est longtemps Improvisator Dub qui fut pro-fête en son pays, mais maintenant tout le monde acclame The Shoes. Auparavant connu ici comme The Film, ils ont été peaufiner leur son à Londres où “Crack My Bones” danse désormais en tête des charts. Parce que l’électro n’est pas en reste dans cette ville viscéralement gaga devant des guitares. Quand on découvrait la french touch, le label Platinum soutenait déjà Rubin Steiner ; aujourd’hui ils ont Bikini Machine... Enfin, les anciens abattoirs et les hangars du quartier Gare St Jean ont longtemps accueilli le 4 Sans, un club majeur de la culture de synthèse. Un millier de soirées et de DJ sets plus tard, c’est à nouveau une politique de rénovation municipale qui entraîne sa fermeture ; ironie de l’histoire. La salle a été démolie en juin dernier. Mais Bordeaux n’a pas dit son dernier mot.

H.P.