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Révolution chez les disquaires

Révolution chez les disquaires

Les magasins de disque ré-ouvrent, le vinyle trouve de nouveaux adeptes chez les jeunes et tout le monde en parle. Que se passe-t-il chez nos bons vieux disquaires ?

Le milieu de la musique est habitué aux mauvaises nouvelles depuis une grosse décennie de crise qui l'a vue tout remettre en question. Mais 2013 s'accompagne d'un vent frais d'espoir traduit notamment, à Paris comme dans d'autres villes d'Europe, d'un retour des magasins de disques décimés pendant dix ans. Tentative d'explication en quelques points.

 

Et si la crise était finie ?

En 2012, les ventes mondiales de musiques enregistrées ont progressé de 0,3%. Elles atteignent 16,5 milliards d'euros, mais ce n'est pas ça qui compte : pour la première fois depuis treize ans, ce chiffre n'est plus en baisse. Il est trop tôt pour crier victoire, mais les signes positifs commencent à s'accumuler. Les ventes numériques (34% du total) continuent à grimper et commencent à compenser les pertes de revenus physiques. Les ventes du CD baissent toujours violemment mais moins qu'avant. Le vinyle connait une seconde jeunesse (le format qui a le plus fortement progressé en 2012 aux États-Unis par exemple, plus encore que le digital). Le streaming, à travers de beaux succès comme celui de Spotify, commence à montrer une nouvelle voix pour le profit. Surtout, l'industrie s'est purgée de ses excès, forcée par un marché qui a baissé de moitié. Les majors se montrent plus prudentes, se sont regroupées et ont coupé les coûts, en dépenses marketing (même si la folie Daft Punk n'en montre pas la voix) comme, hélas, en dépenses salariales. L'industrie a enfin absorbé les ondes de choc de sa chute vertigineuse ; On en viendrait même à reconnaître que le piratage a des effets positifs sur les ventes légales, selon plusieurs études. Si les disquaires ont disparu un à un avec la crise du disque et qu'ils réapparaissent aujourd'hui c'est bien qu'il y a du mieux dans les finances de la musique.

Tom Cooney en showcase à la Fabrique Balades Sonores, nouveau disquaire ouvert récemment à Paris.

 

Le vinyle, seul support physique attractif

Qu'est-ce qui pousse les amateurs de musique à se déplacer jusqu’au disquaire le plus proche de chez eux pour sortir le portefeuille de la poche et débourser entre 15 et 30€ pour un vinyle ? Il ne faut pas négliger la sempiternelle "qualité sonore" du support, mais cette vérité de toujours ne suffit pas à expliquer ce phénomène. La chute du CD combinée à la montée du digital ont crée un espace pour ce troisième format. Le consommateur acharné a trouvé l'équilibre : le streaming et le digital pour la quantité et pour la musique nomade, le vinyle comme objet de culte et objet de salon. Le CD apparaît comme le format superficiel, le format de trop. En plus du son le vinyle plaît aussi évidemment aux amateurs de beaux objets. La mode du tout vintage n'y est évidemment pas pour rien et la caricature de la platine vinyle de bois posée sur un meuble en formica chiné dans une braderie du 3e arrondissement parisien a de beaux jours devant elle. Le vinyle est un objet de prestige, d'art même (une étude anglaise révèle que 27% des acheteurs de vinyles n'écoutent pas ce qu'ils achètent) et un objet de foyers à gros budgets (en témoigne l'augmentation régulière des prix ces dernières années). Fait amusant, Universal semble aujourd'hui vouloir tirer de ce retour au format physique en lançant le Blue-Ray Pure Audio, qui aurait la qualité sans les frottements et les parasites.

 

Le rôle du Calif

En France un organisme a fait du bien au disquaire, le CALIF. Le Club d'Action des Labels Indépendants a été lancé en 2002, soutenu par le ministère de la culture et la filière de distribution indépendante française. Les labels et distributeurs avaient de plus en plus de mal à mettre leurs disques en rayons, le nombre de disquaires avait baissé de 90%, il fallait réagir. Le Calif a mis en place une aide en trois points à l'ouverture de nouvelles boutiques : en 2005, c'est Ground Zero (célèbre disquaire indé parisien) qui en profitait le premier. Le premier point c'est une aide au loyer sur trois ans (dégressive). Le deuxième c'est une aide aux négociations sur les prix avec les distributeurs français (le point crucial, pour pouvoir s'aligner sur les prix des grands magasins). Enfin le Calif aide à la promotion de ses affiliés. Aujourd'hui le Calif estime qu'à Paris s'ouvre un disquaire tous les 3 mois. Certains, comme Nationale 7, choisissent d'innover : ici en mélangeant disquaire et magasin de meubles vintage. Surtout, si la mauvaise santé des grandes enseignes (la Fnac qui accorde peu de place aux disques, la débâcle de Virgin ou de HMV en Angleterre) est d'abord une perte pour le secteur français, c'est un bon point pour les petites échoppes. Un retour naturel au commerce de proximité. On attend que le phénomène se généralise à toute la France.

 

L'exemple d'Outre-Manche

Et si la nouvelle voie à emprunter nous était montrée par l'Angleterre ? Rough Trade, le magasin de disque historique britannique, a connu une seconde vie en bouleversant ses traditions : "si nous n'avions pas ouvert notre extension Rough Trade East en 2007, nous aurions sûrement vécu le même sort que tous ces petits disquaires qui agonisent", assure Pete Donne, l'un des dirigeants de Rough Trade. Leur magasin de l'ouest, dans le quartier de Notting Hill, ne permettait plus d'être à l'équilibre, la firme londonienne a choisi d'en ouvrir un second sur Brick Lane, d'un profil bien différent. "L'échoppe traditionnelle d'une centaine de mètres carrés ou moins bourrée de bacs de disques est un modèle intenable aujourd'hui. Le succès de notre nouvelle boutique nous a prouvé qu'il fallait voir sur de plus grandes surfaces". Rough Trade East dispose de plus de 500m², d'allées bien plus larges et agréables à parcourir et surtout d'un café, d'une sélection de livres, de DVDs, d'une scène pour les concerts ou les projections de films etc. Un véritable lieu de vie. Un succès tel que Rough Trade ouvre cette année à New York un magasin de 1000m². Reste à voir qui en France aura les reins assez solides pour se lancer dans une telle aventure. Si tout se passe bien aux USA, il se murmure que Rough Trade pourrait revenir chez nous, pays que la marque a quitté en 1999 après 7 ans de présence, au début de la crise du disque.

www.calif.fr

www.groundzero.fr

www.roughtrade.com

Image de Une : L'International Records, nouveau disquaire parisien.