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Album de la semaine : Bibio – Silver Wilkinson

Album de la semaine : Bibio – Silver Wilkinson

Le producteur des Midlands a enfin réussi à mixer ses différentes influences, du folk à la soul, pour proposer son album le plus cohérent à ce jour.

Il y a toujours eu deux Bibio. Celui, tout d'abord, qui nous est apparu comme le sauveur d'une électronica teinté de folk et de bidouillages lo-fi qui sentaient bon le soleil, la nature et les champs de blé. Puis, par la suite, on a connu un Bibio plus urbain, plus sexy, domptant tranquillement l'abstract hip-hop pour mieux le tremper dans la soul. Sans pour autant abandonner son passé, d'ailleurs, et c'est là que les problèmes ont commencé. Non pas que les débuts de Stephen Wilkinson nous apparaissent comme facultatifs dans sa carrière, bien au contraire (Vignetting The Compost, l'un de ses premiers albums sorti en 2007, confine au sublime), mais le producteur anglais s'est vite retrouvé à devoir choisir entre une nouvelle voie dans lequel il se débrouillait plutôt bien, et des racines qu'il ne voulait pas abandonner. Résultat, Mind Bokeh, album sorti en 2011, était à la fois passionnant et fouillis, et perdait l'auditeur dans un dédale d'idées qui ne fonctionnaient pas toujours bien lorsqu'elles étaient combinées.

Disons-le tout de suite : sur Silver Wilkinson, Bibio a réglé ses conflits intérieurs. On ne sait pas comment il a procédé (et au final, ce sont ses oignons), mais force est de constater que la "formule Bibio", sur ce dernier album, est entière, indivisible, sans rien renier de toutes les composantes qui font du producteur un être si attachant. Par quelle sorcellerie, nous direz-vous ? Étonnamment, en jouant la carte d'un retour aux sources "augmenté" de ses choix artistiques récents. La première partie du disque, qui donne toute la place aux arpèges magiques qui ont bercé nos oreilles à la fin de la dernière décennie, est douce, emplie de sève et de rosée matinale, et donnerait envie à n'importe quel excité du métro de tout plaquer pour aller vivre dans une cabane au bord d'un lac scandinave. "Dye The Water Green", probablement la chanson la plus emblématique de cette sublime évolution, reste assez minimaliste dans la palette d'instruments utilisés, et donne une juste place à la voix de Wilkinson, qui s'intègre à merveille dans la composition sans jamais prendre le dessus. Le single de l'album, "À tout à l'heure", joue davantage sur une carte pop, et représente l'esprit de synthèse de Bibio : groovy, ensoleillé, accessible, il combine tout ce qui a construit le son du multi-instrumentiste depuis ses débuts, et constitue une parfaite porte d'entrée dans un monde assez magique. À l'autre bout du spectre météorologique, "Raincoat" vous fera apprécier le contact des pluies printanières sur votre peau, en plus de vous plonger dans un état de tiède nonchalance tout à fait appréciable. Vous l'avez compris, Silver Wilkinson est le meilleur album de Bibio à ce jour, et il devrait être remboursé par la sécu.