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Les dessous cachés du remix

Les dessous cachés du remix

Pratique de plus en plus courante dans l'industrie de la musique, le remix dissimule encore pas mal de secrets, que Green Room Session prend un malin plaisir à vous dévoiler.

Le fait est avéré, on a tous un remix préféré. On se bat pour le mettre en soirée, on aime se faire congratuler pour sa découverte, on est toujours anxieux à l'idée de partager, craignant un retour de bâton, voire pire, une spoliation. Le remix recouvre donc pas mal d'émotionnel chez le férus de musique électronique. Et c'est peut-être ce trop plein d'émotions qui nous fait oublier ce qui en constitue les tenants et les aboutissants actuels. Green Room Session a décidé d'ausculter cet objet singulier et d'en révéler ses secrets, même ceux qu'on préférerait ne pas vous dire. Bienvenue dans le monde merveilleux (ou pas) du remix.

 

Le remix, côté technique

Scolairement parlant, un remix correspond à une façon différente de mixer un morceau. Le mixage, donc, correspond à l'opération de "marier" ensemble différentes pistes sonores pour créer un titre. Autrefois exercice périlleux, le remix, à l'heure de l'omniprésence du numérique, s'avère de moins en moins difficile à réaliser. Aujourd'hui, un fichier musical n'est rien d'autre qu'une simple succession de 0 et de 1. Succession que les ordinateurs, véritables home studios en puissance, sont capables de gérer efficacement grâce à des logiciels dédiés. De plus, la structure souvent simple d'un titre de musique électronique (composée grossièrement d'une basse, d'un kick, d'une ligne de synthé et d'un vocal) se prête facilement à l'exercice. Le logiciel professionnel Ableton Live, une des références de la composition musicale actuelle, propose dans sa dernière version un outil permettant d'analyser n'importe quel fichier afin d'en segmenter automatiquement les parties dans l'optique de les réutiliser (voir illustration en tête d'article). Les pistes séparées, appelées “stems”, peuvent ensuite être modifiées (vitesse, tonalité, puissance, etc…), et augmentées de nouvelles sonorités, créant ainsi ce qu'on appelle un remix. La partie technique peut donc être une véritable formalité comme l'atteste la talentueuse productrice berlino-parisienne target="_blank">Myako. "Avec les outils mis à la disposition des DJs aujourd’hui, il est bien plus simple de remixer qu'à l'époque des megamixes de la newbeat ou de la dance des années 80. Les techniques ont bien changé depuis. Les programmes comme Ableton live, Logic ou encore Cubase ont permis aux néophytes de la production de tout de même rentrer dans le bain, ce qui a ouvert la voie à une multitude de productions parfois peu intéressante.". N'importe quelle personne un minimum débrouillarde, qu'elle soit talentueuse ou pas, peut donc s'atteler au remixage d'un titre. La partie légale, par contre, s'apparente plus à un parcours du combattant.

 

Le remix, côté légal

Dans la musique électronique, on n'imagine pas que, comme partout, tout est une affaire de gros sous et d'avocats. Cela peut paraître choquant dans un univers aussi créatif, mais sans l'autorisation préalable de la maison mère d'un artiste, impossible de faire la promotion d'un remix la tête haute. Bien sûr, on peut toujours poster le fruit de son travail sur YouTube ou Soundcloud, mais on s'expose alors aux foudres des majors ou labels qui peuvent forcer le morceau à devenir titra non grata. Il n'y a toutefois que très peu de chances que cela arrive. À moins que vous gagniez de l'argent sur le titre, auquel cas, préparez-vous à une bataille juridique perdue d'avance. Laura Gentile, directrice artistique pour l'agence de production audio Schmooze, explique : "si quelqu'un fait un remix d'un de nos groupes sans rien demander en retour, ce n'est pas une commande. Ca devient donc non-officiel, et on n'y porte pas trop d'attention car on ne peut pas tout contrôler. Ca se passe tous les jours sur SoundCloud. Par contre, si un remix est fait dans notre dos par un artiste labelisé et qu'il est commercialisé, là, ça deviendrait juridique." La solution, lorsqu'on on est dans le non-officiel, c'est d'avoir du talent et une très bonne étoile. Par exemple, Wankelmut était un étudiant allemand comme tant d'autres il y a encore un an. Ça, cétait avant qu'il ne décide de publier le remix non-officiel du morceau "One Day/Reckoning" de Asaf Avidan, chanson qu'il écoutait pendant son road-trip aux USA. 100 millions de vues sur Youtube plus tard, il se fait approcher sans rien demander par la maison de disque du chanteur israélien qui lui propose, non pas un procès, mais que son travail devienne le remix officiel du titre original. Son remix avait plus de notoriété que l'original, la major avait donc tout intérêt à prendre Wankelmut dans son giron et ainsi posséder les droits du remix. Au détriment de son besoin artistique, le label a préféré faire valoir une somme d'intérêts commerciaux, un terme qui paraît étranger à ce monde nyctalope et qui pourtant, règne en maître incontesté.

 

Le remix, côté commercial

Un remix a, pour un label ou une major, a deux casquettes: coté pile, la filiation artistique et côté face, le coup promotionnel. Par exemple, Blondes est un duo new-yorkais d'IDM connu par une toute petite frange du public. Ce groupe sort en 2012 un excellent premier album éponyme. Un mois après la sortie de l'opus, son label Rvng Intl. sort un album bonus, rempli de 13 remixes avec des artistes prestigieux aux manettes (Dungeon, Andy Stott, Bicep…). En accolant aux titres originaux des noms plus reconnus que l'artiste ou le groupe qui les a produit, le label assure plusieurs choses : en premier lieu, qu'on reparle de l'album original dans les médias et ensuite, qu'on insinue dans la tête de l'auditeur que le remixé a autant de valeur que le remixeur. L'auditeur, très loin de ces considérations commerciales, présuppose légitimement qu'un artiste remixe un titre car il apprécie et qu'en aucun cas qu'il s'agit d'une commande payée. C'est ainsi que la tambouille du remix prend tout son sens commercial et promotionnel. Un deal gagnant-gagnant qui, sous couvert de démarche artistique et de fun, a tous les aspects d'un plan de communication préparé. "L'intérêt est toujours promotionnel. On fait faire des remix en période de promo pour appuyer notre dernier single sorti et rendre l'EP un peu plus sympa. Après, c'est souvent par affinités entres artistes que ça passe et c'est souvent réciproque : je te fais un remix pour ton dernier maxi, tu m'en fais un en retour", étaye Laura Gentile. L'analogie peut paraître facile mais on peut considérer qu'un original est au remix ce que le film d'auteur est au blockbuster, produit marketé créé avant tout pour être vendu. Néanmoins, en prenant le cas de Cyril Hahn, qui a accéléré sa carrière avec le remix du morceau "Say My Name" de Destiny's Child, on ne peut qu'agréer sur le fait qu'un remix, aussi calculé et prémédité soit-il, peut être un morceau qui recouvrera toutes les qualités que l'on demande à un titre de musique électronique taillé pour le club; dansant et fun. Les raisons de la prise de pouvoir du remix au final se retrouvent, non pas dans l'appétit vorace des boss de labels ou de majors, mais dans l'évolution du modèle économique de la musique.

 

Le remix, un produit comme un autre ?

En 10 ans, l'industrie du disque a dû se transformer pour s'adapter aux nouvelles lois du marché. Avec le déclin du format album et des profits générés sur la vente d'un disque, le système de financement de la musique a évolué. Les majors n'ont pas eu d'autres choix que de préférer à l'album le format du morceau unique (CQFD : achetable sur le iTunes store pour 0,99 €). Dès lors, il est logique qu'un label ou une major mette tout en œuvre pour favoriser la vente massive d'un seul titre. Un morceau imaginaire comme "Yellow Submarine" du groupe The Beatles, repris par The xx avec Lana Del Rey en featuring et remixé par Daft Punk, constituerait donc le rêve actuel de n'importe industriel de la musique : l'assurance de faire un carton. Ni bonne ni mauvaise, cette réponse aux bouleversements du marché annonce simplement une ère nouvelle pour le format musical. Même si on peut déplorer certains aspect du processus, on ne peut que saluer les artistes qui usent de leurs talents pour faire redonner une seconde vie à un titre crée par quelqu'un d'autre. Green Room Session vous invite d'ailleurs à poster dans les commentaires vos remixes préférés. Zéro retour de bâtons, risque de spoliation élevée.