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Album de la semaine : IAM – Arts Martiens

Album de la semaine : IAM – Arts Martiens

Promesse tenue, le sixième album du gang de samouraïs du mic est excellent, et efface les souvenirs en demi-teinte qu'ils ont pu laisser avec Saison 5. Les patrons sont de retour !

Ils sont foutus, et ils le savent. IAM, c'est L'École du Micro d'Argent, en tout cas dans l'inconscient collectif, et ils ne pourront plus rien y faire. Les albums précédents, Ombre Est Lumière en tête de ligne, ne restent que d'excellents préparatifs à l'accession au trône, et les années 2000 n'ont laissé que peu de grands souvenirs, si ce n'est un chouette single entonné avec Method Man et Redman, "Noble Art", en 2003. Quant à Saison 5, sorti il y a six ans, il n'a laissé que peu de bons souvenirs aux fans de ce groupe qui restera culte malgré tout. Un concept d'album (basé sur une collaboration entre le groupe et Enio Morricone) avorté, un studio déjà réservé, il a fallu que les cinq membres restants (après le départ de Freeman) cravachent, sans faire dana la fioriture, pour composer un bon vieil album d'IAM. Aller à l'essentiel, c'est sûrement ce qui les a sauvés, car Arts Martiens s'avère être leur meilleur album depuis un bail. On vous laisse deviner depuis quand.

Exit les tentatives de modernisation, de rattrapage, de coup d'éclat en mode second degré, IAM est un groupe de rap au sens noble du terme. Et en l'occurrence, leur identité se situe dans une poignée de gimmicks stylistiques reconnaissables entre mille : les scratchs, parfois sur les refrains, les rythmiques très New York dans l'esprit, les sonorités asiatiques et soul à la fois... Cette soupe primordiale se retrouve dès "Spartiate Spirit", le morceau d'ouverture de l'album, qui "sample" le film 300 pour mieux symboliser la droiture d'un groupe qui a su tenir la barre pendant une bonne vingtaine d'années. Il sera beaucoup question de ça durant cet album : l'honneur, la fraternité, le refus de la compromission, comme si Akhenaton, Shurik'n et consorts avaient quelque chose à se prouver de nouveau. Ce qui ne les empêche pas de donner dans le bon vieil ego-trip superhéroïque ("Marvel") ou l'allusion aux légendes de guerriers japonais de l'ère Heian ("Benkei & Minamoto"), avec une maîtrise textuelle rarement atteinte. Mais c'est probablement dans les morceaux les plus calmes que l'album prend tout son sens : entre aigreur et dénonciation des injustices, les sujets évoqués sont clairement ceux qui semblent tracasser cette bande de quadras au quotidien. C'est dans la discrétion et la nuance que l'efficacité des punch-lines s'avère la plus redoutable, IAM l'a toujours su, et ses deux MCs usent de ce précepte à la perfection.

Alors oui, Arts Martiens n'est pas L'École du Micro d'Argent, mais, bien qu'il fonctionne sur des bases communes, il ne singe pas son aîné, il s'inspire simplement de ses qualités pour les transcender, la sagesse de l'âge et les erreurs du passé aidant. On peut jours pleurer le fait que le rap français ait encore besoin de types comme eux pour ne pas échouer complètement, mais le fait est là, immuable : IAM est toujours incontournable, point.