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"Avec le Magazine Club, notre volonté était de prendre un contre-pied"

"Avec le Magazine Club, notre volonté était de prendre un contre-pied"

Le club le plus ambitieux de Lille a redessiné, en trois ans, le visage de la nuit dans la capitale nordiste. Nous avons donné la parole à son directeur artistique Péo Watson, afin de saisir les envies, les projets et les passions de l'équipe du "Mag".

 

Green Room Session : Depuis quand t'occupes-tu de la direction artistique du club ?

Péo Watson : Depuis sa création, c'est à dire novembre 2010. J'étais également en charge de la programmation de notre ancien club "Le Supermarket" entre 2006 et 2010.

 

Lorsque le club a ouvert il y a moins de trois ans, dans quel état se trouvait le paysage de la nuit lilloise ?

A Lille, il y a toujours eu un énorme clivage entre les gros clubs généralistes et les petits établissements underground. On a la chance d'avoir une ville qui regorge de "bars à DJ's" et autres lieux culturels gérés par la municipalité, mais jusqu'à 2010, les lieux qui proposaient des programmations alternatives étaient des bars ou des très petits clubs aux infrastructures limitées. En créant le Mag, notre volonté était de prendre le contre-pied, et de développer un club d'envergure dédié aux musiques alternatives comme il en existe dans tous les grandes capitales européennes. Et puis il faut dire aussi que jusqu'au milieu des années 2000, il n'y avait pas un seul club electro à Lille...Moi qui ai 34 ans, je suis sorti et je me suis principalement produit en Belgique pendant toutes ces années. Je dirais que Lille commence à peine à combler son retard en matière de clubbing.

 

Comment définirais-tu la sensibilité du public électro lillois ? Comment se place le Magazine Club par rapport à ce public ?

On a la chance d'avoir un public curieux et chaleureux. D'ailleurs, les artistes internationaux qui défilent chez nous chaque week-end partagent ce même sentiment. Maintenant, il est clair que c'est le public qui fait la programmation et non pas moi. Je m'adapte constamment à leurs attentes, et programme majoritairement des artistes "bankable", mais pas que... On laisse une grande place à la scène locale et à certains internationaux qui cartonnent dans le monde entier mais qui sont malheureusement méconnus du public français. Le problème avec ces artistes là, c'est leur prix élevé dû à leur notoriété internationale, difficilement rentable en France où ils sont méconnus. On les programme donc, parce que c'est aussi notre vocation, mais avec parcimonie.

 

"nous sommes parvenus à démocratiser
la musique électronique alternative auprès
d'un public qui fréquentait les clubs généralistes,
et ça c'est une fierté"

 

Vous vous définissez comme des entertainers, des pédagogues ? Quel est le rôle d'un bon club à l'heure actuelle ?

Très sincèrement ce sont des questions qu'on ne se pose pas. A l'époque de notre petit club, le Supermarket, on était certainement des entertainers avec une programmation ultra audacieuse qui nous faisait réellement plaisir. Aujourd'hui c'est différent, on a une structure quatre fois plus grande. Une chose est sûre, c'est que nous sommes parvenus à démocratiser la musique électronique alternative auprès d'un public qui fréquentait les clubs généralistes, et ça c'est une fierté. Mais je pense que c'est également dans l'air du temps, il suffit d'entendre des artistes comme Kavinsky, Breakbot, The Rapture ou A-Trak diffusés sur les ondes FM de radios nationales. C'était absolument impensable il y a encore quelques années. Les Anglais ou les Belges diffusent depuis des lustres ces musiques là à travers la BBC Radio1 ou Studio Brussel. La France, elle, vient à peine de se réveiller, mais on avance...

 

Comment expliquerais-tu l'excellente santé artistique de la musique électronique ces dernières années ?

Je pense que la réponse est en partie dans ce que je viens d'expliquer. On a d'une part l'émergence de nouveaux clubs électro dans divers villes de provinces comme l'iBoat à Bordeaux, l'Envers à Nancy, le Mag à Lille, etc..., et les grands groupes FM qui commencent à jouer le jeu de "l'alternatif" parce qu'ils y trouvent également leur compte. La réunion de ces deux facteurs crée une réelle synergie. Ajoute à ça la facilité technique d'aujourd'hui pour bidouiller deux sons et un sample sur un ordinateur, auquel on ajoute le fort impact des réseaux sociaux et d'internet, et l'équation est résolue.

 

Comment procèdes-tu pour repérer à l'avance les bons artistes, pour sentir le vent de la créativité ?

Je n'ai pas de recette miracle, c'est la passion qui parle. Je suis moi-même DJ depuis 15 ans, j'ai 10 000 vinyles dans le grenier de chez mes parents, et doit écouter environ 400 tracks par semaine. Je commence à produire avec mon vieux pote Piou du groupe Rocky, bref je baigne dedans constamment. Je marche principalement au coup de cœur et puis j'ai cette chance d'avoir un goût commun avec le grand public je pense.

 

Quelles sont les dates marquantes de ces prochains mois ?

D'ici la fin juin, nous recevrons Agoria, Jamie Jones, Riton, Âme, Erol Alkan, Daniel Avery, Paul Johnson, Boston Bun, Myd, Alan Braxe, et bien d'autres encore. 

 

Avez-vous prévu des évolutions, en termes de programmation, de rythme, de style ?

Au bout de trois ans, je pense que nous avons vraiment trouvé notre équilibre entre headliners, artistes émergents et DJ's locaux. Donc pour l'instant, comme on dit au foot : on ne change pas une équipe qui gagne.

 

La playlist du Magazine Club :

Disclosure - "What's In Your Head"

Justin Martin & Pillowtalk - "The Gurner"

Para One Feat Jaw - "When The Night"

Rodriguez Jr - "Hartwood"

Romanthony - "Let Me Show You Love" (Oliver$ Remix)

Shlomi Aber - "We Don't Fit"

Pachanga Boys - "Time"

Julian Jeweil - "Mad"

Benoit & Sergio - "Everybody"

Maelstrom - "House Music" (Boston Bun Remix)