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On vous raconte : festival des Artefacts (Strasbourg)

On vous raconte : festival des Artefacts (Strasbourg)

Green Room Session a enfilé ses habits de lumière pour aller danser dans un Zénith de Strasbourg archi-comble... et comblé !

Pour les mélomanes de la capitale alsacienne, c'est le rendez-vous incontournable du printemps. Le festival des Artefacts a une grande qualité, celle de réussir à fédérer tous les types publics, en proposant une programmation sur plusieurs week-ends, ce qui leur permet d'exploser la jauge niveau diversité. Cette année n'aura pas dérogé à la règle : entre Olivia Ruiz et Ez3kiel, en passant par Asaf Avidan et Woodkid, il est tout simplement impossible de trouver source de mécontentement. Ici, on oublie les chapelles, et on se donne l'occasion de se rappeler pourquoi on aime tant la musique : parce qu'elle féfère les gens, peu importe le nom du bac à disques dans laquelle elle est rangée.

Ce week-end, c'était le grand final, dans un Zénith de Strasbourg aussi maousse que les artistes qu'il accueille. Le vendredi soir, place à l'électro, qui prend décidément une place impressionnante en festival, au point de truster une soirée entière du festival des Artefacts. Sexy Sushi, à ce titre, est une excellente mise en bouche. Si le groupe s'est un peu "calmé" par rapport à sa tournée précédente, leur show reste toujours bien déjanté, à base de caddies découpés à coup de scie curculaire et de prise d'otage sur scène. Musicalement, la recette est toujours là : des textes dérangés, un beat, un synthé, point. Et malgré tout, ça tient ! Boys Noize sera bien plus maximaliste dans son approche, et balancera une house râpeuse, puissante et électrique, qui enflammera littéralement la foule, qui se mettra à danser comme un seul homme. Mention spéciale à la tête de mort sur laquelle se trouve le producteur allemand pendant son show, aussi kitsch que classe (les yeux rouges clignotants nous ont bien plus, on l'avoue). Le secret de Vitalic ? Sa scénographie. Son live, nommé VTLZR, est basé sur une interaction son-lumière parfaite, le fond de scène n'étant autre qu'une grille de spots de lumière pivotants qui virevoltent au rythme de ses tubes électroclash. Si l'aspect visuel est réussi, certains moments du show sonneront un peu creux, le son de Vitalic apparaissant parfois un peu daté. Gesaffelstein, tout de noir vêtu, n'a pas ce genre de problème. Posté sur un promontoir qui fait bigrement penser à un autel d'église (ou à un tombeau, au choix), il ralentit le tempo imposé par ses prédécesseurs, et offre un live hypnotique, froid, et d'une propreté presque clinique, qui ne laisse aucune chance de rémission. Probablement la proposition musicale la plus aboutie de la soirée.

Le lendemain, place au hip-hop, au sens très large du terme. Si les plus motivés se sont déplacés dès la fin d'après-midi pour saluer Kery James, c'est le retour de Keny Arkana sur scène qui semble avoir blindé le Zénith. Après une longue absence, la rappeuse engagée semble éprouver un plaisir certain à revenir sur scène et à haranguer la foule avec un enthousiasme débordant. L'imparable tube "La Rage", qui clôt le concert de manière magistrale, confirme ses énormes capacités scéniques. Wax Tailor, depuis le temps qu'il sillonne l'Hexagone, a acquis un professionnalisme impressionnant lorsqu'il s'agit d'orchestrer un live. Et ça ne loupe pas : accompagné de tous ses musiciens (on n'a pas compté, mais ça fait du monde), il réussit un live à l'élégance rare, qui, s'il peut paraître un peu uniforme, réussit à faire monter la pression, lentement mais sûrement. Le terrain est préparé à merveille, c'est le moment pour les stars de la soirée de mettre le feu. C2C, qui jouit légitimement d'un effet "victoires de la Musique" archi-vertueux, a un nouveau live sous le coude, boosté aux percussions et aux cuivres, et néanmoins toujours articulé sur leurs prouesses aux platines. C'est bien simple : la salle est blindée (pour info, le Zénith de Strasbourg, le plus grand de France, peut contenir 12000 personnes), les tubes s'égrènent, de "Down The Road" à "Happy Feet", s'allongeant volontiers pour les rendre sensiblement différents de la version album. Moment fort du concert, 20syl, accompagné de ses comparses, descend sur le devant de la scène pour interpréter un couplet de "Intergalactic" des Beastie Boys, le DJ/rappeur (on rappelle qu'il tient le micro de Hocus Pocus en plus d'exceller aux platines) semblant prendre un plaisir certain à ramener cette dimension dans le show principalement instrumental des C2C. Ovation méritée, donc. Les familles reparties, DJ Kentaro finira d'achever les plus valeureux fêtards avec un set percutant, qui mélange allègrement trap music, dubstep et drum'n'bass.

Les plus courageux ont rempilé le lendemain, pour une soirée très "dimanche soir" mais à la musicalité élevée, marquée par l'évènement scénique de Woodkid, le jeune prodige de la pop orchestrale à la française. Oui, ce festival programme des artistes solides, "qui marchent", mais propose surtout du bonheur à son public, qui aura brillé par son enthousiasme. C'est l'essence même d'un tel événement, et pour le coup, la mission est accomplie avec les félicitations du jury. Maintenant, place à l'été !

Le top du festival : voir Wax Tailor passer un long moment avec ses fans au stand de merchandising, à discuter et à signer des autographes, ça fait toujours chaud au cœur.