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Musique et réseaux sociaux : et maintenant ?

Musique et réseaux sociaux : et maintenant ?

Entre la montagne russe de MySpace et l’offensive de Twitter #Music, la planète socialo-musicale est en constante évolution. Où en sommes-nous ?

Twitter l’a annoncé, la firme au petit oiseau bleu l’a fait : son application Twitter #Music vient d’être lancée en grande pompe, regardée d’un œil inquiet par ses concurrents historiques. L’occasion de faire le bilan de l’impact du réseau social, ce symbole du net 2.0, dans ce monde de la musique en bouleversement constant.

 

L’insuccès des petits spécialisés

Du côté des réseaux spécifiquement lancés pour mettre en relation les gens par le prisme de la musique, la situation n’est pas au beau fixe, ces petites initiatives ayant du mal à exister face aux géants du web. Le seul mastodonte du genre, MySpace, avait quasiment rendu les armes en 2010. Malgré l’investissement massif de Justin Timberlake, parfait ambassadeur de la marque, le retour fin 2012 n’a fait que de petites vaguelettes. Le relooking est pourtant réussi mais les nouvelles fonctionnalités sont peu folichonnes : un système de playlist à partager, une rubrique découverte sensée vous aiguiller dans le vaste océan musical, une topographie des fans des différents artistes… Bref, MySpace a subi un lifting mais n’a rien inventé, la possibilité de se connecter avec son compte Facebook ou Twitter ressemblant même à un aveu d’impuissance. Last.fm a ses charmes : la jauge de compatibilité musicale entre membres d’une part, un beau prétexte pour aller draguer ("t’as vu on a une compatibilité géniale") et la possibilité en synchronisant avec votre iPod d’avoir des statistiques sur ce que vous écoutez. Reste qu’en se coupant de sa fonction de streaming, le site a perdu de son utilité. Les plus petits comme Noomiz ou Mupiz, tournés vers la promotion d’artistes émergents, n’ont pas pris. Reste une belle réussite, The Hype Machine, qui élabore ses propres "charts" en fonction des morceaux ou remixes les plus cités et diffusés sur les blogs de musique. C’est même devenu un vrai argument de promotion pour certains artistes qui n’hésitent pas à communiquer sur leurs classements.

 

Les mastodontes du réseau social hésitants

C’était la grande nouvelle de ce jeudi 18 avril en grande pompe de Twitter #Music. Si vous êtes passés à côté, pas de panique, vous n’êtes pas aveugle : le service n’est pour l’instant pas disponible en France. Un concept simple, se servir de votre "timeline" (les tweets lancés par les gens que vous suivez, amis, anonymes ou célébrités) pour découvrir la musique qu’ils diffusent, soit via le site internet dédié, soit via l’application disponible uniquement sur Appstore. Des possibilités limitées, d’autant plus quand on tente d’écouter la musique en question. On le fait soit par iTunes, pour seulement 30 secondes de musique, soir par Spotify à condition qu’on possède un compte premium, soit par Rdio, moyennant l’utilisation de vos identifiants Facebook. Tout le monde veut prendre une part du gâteau musical, difficile de voir en quoi Twitter propose quelque chose de plus. À ce jeu, Google Music n’est pas au mieux. Le service, partie intégrante de Google Play, le grand store de la maison, s’est heurté à iTunes de plein fouet et n’a surtout pas pu bénéficier de Google +, dont le rayonnement n’a jamais réellement gonflé. Facebook a de son côté toujours laissé libre court à la musique, précipitant grandement l’abandon de MySpace. La page Facebook est devenue le principal outil de promotion des artistes, via différentes applications externes intégrées au réseau social, comme BandPage. Facebook Music, annoncé en grande pompe il y a deux ans et demi, n’est en fait qu’un partenariat géant avec Spotify pour faciliter la lecture de musique via Facebook. Le mastodonte de Mark Zuckerberg a bien compris dans quelle direction soufflait le vent.

 

La socialisation des tous puissants sites de streaming

S’il y a bien une entreprise qui a su profiter de la musique ces dernières années, c’est Spotify. La légère avance au nombre d’inscrits revendiquée par Deezer n’est qu’un leurre, causé par une présence territoriale plus étendue et pourtant trois quarts d’utilisateurs inactifs ! Bien installé, Spotify ne cesse de socialiser de plus en plus l’expérience qu’il propose, entre partage de morceaux, partage de playlists, qui peuvent devenir collaboratives... Dernier exemple en date, un système de following qui donne sur Spotify l’expérience de Twitter. Un système lancé via une publicité Youtube "Follow Phoenix" : suivez le groupe et découvrez ce qu’il écoute, les morceaux qu’il publie, etc. L’autre success story du streaming, on vous en parlait il y a peu, c’est SoundCloud (suédois, comme Spotify), qui comptabilisait en fin d’année 180 millions d’utilisateurs. Un score étonnant pour un service né avant tout pour servir les jeunes musiciens et finalement adopté aujourd’hui par les plus grands, Beyoncé ayant notamment publié son dernier morceau via SoundCloud. La nouvelle version lancée fin 2012 a boosté ses possibilités sociales : le repost, équivalent du retweet, poste le morceau écouté sur votre "feed" musical et des notifications live de tout ce qui se passe autour de vous (like, commentaire, interaction sur vos morceaux etc.) sont affichées. Au jeu du streaming, le plus puissant reste YouTube, instrument principal de diffusion de nouvelles musiques (y compris sans vidéo). YouTube n’a cessé de facilité les fonctions de partage de ses vidéos. Surtout, la sacro-sainte section commentaire des vidéos est la digne descendante des chatrooms de notre jeunesse. Les musiciens eux-mêmes les observent, de James Blake, qui assurait avoir fébrilement scruté les commentaires du premier single de son deuxième album, "Retrograde", à Conor de Villagers, qui avoue bloquer sur les commentaires les plus négatifs. On tient là le plus grand réseau social musical.

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