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Metronomy : Rencontre avec Joseph Mount

Metronomy : Rencontre avec Joseph Mount

On avait déjà écrit ici tout le bien qu’on pensait de « The English Riviera », disque de pop mélancolique aux allures de St Tropez sous la brume anglaise. Pour comprendre la métamorphose du papillon de nuit (le très électro « Nights Out », 2008) en prédateur des plages, on a décidé de poser quelques questions à Joseph Mount. Une interview qui parle de la génération Myspace, de la fin de l’adolescence et des complexités de l’amour quand on veut conquérir le monde…

Comment expliques-tu ce virage brutal, musicalement, entre « Nights Out » et « The English Riviera » ? Plus qu’un virage, c’est presque un fossé en fait…

Eh bien… pour moi la différence n’est pas si évidente, car ce sont bien les mêmes personnes qui ont composé ces deux disques ! Et le plus surprenant reste que nous n’avons pas composé « The English Riviera » avec l’intention de faire un disque plus pop ou même plus accessible. Pour moi c’était surtout une suite logique à « Nights Out », avec la maturité qu’on a bien évidemment gagné au fil des années.

Tu dis que le nouveau disque a été composé par les mêmes personnes, or on peut lire un peu partout que Metronomy a changé une partie de son line-up (Oscar Cash le clavier a démissionné en 2009, remplacé par une nouvelle batteuse et un bassiste, NDR) avant d’enregistrer « The English Riviera ».

Oui, c’est vrai. C’est d’autant plus vrai pour nos concerts, où le son est radicalement différents du Metronomy première époque. Ce que je voulais surtout signifier en disant ça, c’est que je suis toujours le seul à composer, avec les mêmes émotions ; la grande différence c’est la confiance que j’ai gagné en tant que chanteur. Quand j’écoute nos trois disques, franchement, je n’ai pas l’impression que l’un d’entre eux soit plus honnête, plus authentique, que les autres.

L’une des critiques qu’on pourrait faire au disque précédent, « Nights Out », est qu’il représente parfaitement la feu génération Myspace, l’ère du tout machine et des sons digitaux. Contrairement aux Klaxons, vous êtes parvenus à faire évoluer le son de Metronomy.

Oui, je vois ce que tu veux dire, absolument. Le plus drôle pour moi, c’est qu’en composant les chansons de « Nights Out » j’étais à mille lieues de savoir ce qu’était la Nu-Rave, et je n’avais pas conscience d’être le symbole que quelque mouvement que ce soit, qu’il s’agisse de Myspace ou d’autre chose… Mais il est clair que tout cela nous a aidé, on a eu de la chance d’être là au bon moment, d’être connecté à cette scène. Peut-être que si « Nights Out » n’était pas sorti en 2008, on ne serait pas là aujourd’hui ! J’espère bien que dans dix ans, quand on fera le bilan des années 2000, Metronomy sera encore cité comme un bon exemple de l’époque ! (Rires)

Revenons à « The English Riviera ». On peut lire dans la bio que vous avez composé les chansons en imaginant une scène anglaise qui n’existerait pas, et que vous avez nommé « the Devon sound ». Etait-ce une manière d’échapper aux modes, aux tendances ou à la scène anglais parfois étriquée ?

Peut-être… Le seul autre groupe anglais que je pourrais citer, comme étant proche de notre démarche, ce sont les These New Puritans. Leur dernier album est incroyable, terriblement ambitieux, et ils se fichent de coller ou pas aux attentes du public et du business. Sans faire de comparaison, j’ai bien conscience que notre nouveau disque ne colle pas forcément aux attentes, à ce qu’on aurait espéré de Metronomy ; c’était une façon de surprendre et de se renouveler, pour ne pas se répéter. En lisant les mauvaises critiques sur « Nights out », moi je restai convaincu que j’allais sortir un nouvel album, et plus que tout : qu’il serait bon ! (Rires)

L’une des meilleures chansons reste sans aucun doute The Look. On y entend de la mélancolie, du romantisme; dans quel état étiez-vous en entrant en studio ?

Romantique, c’est le bon mot ! Pour moi c’est avant tout un disque positif. Mais il y également de la nostalgie, car c’est un trait de caractère évident chez moi, comme une récurrence. C’est également cette nostalgie que j’aime retrouver dans les grandes chansons pop, cette façon de marier plusieurs sentiments contradictoires dans une seule et même mélodie.

En dépit des apparences, cela fait déjà dix ans que Metronomy existe. Avez-vous, au fil des années, découvert la difficulté d’être un groupe, d’avoir à vivre ensemble et supporter les autres ?

Ah oui, totalement ! (Rires) Les gens parlent beaucoup de la vie en groupe, sans connaître la réalité du quotidien, moi-même je n’étais pas préparé à cela, avant Metronomy. Evidemment, être un groupe pose des problèmes de compréhension avec les musiciens, mais au delà il est clair que Metronomy est un vrai groupe, pas l’œuvre d’un seul membre du groupe qui exercerait sa dictature sur les autres musiciens frustrés… (Sourire).

Et justement, quelle est ton ambition, en tant que leader du groupe ?

Incroyablement modeste, figure toi : continuer de sortir des disques ! Tout ce qui se passe depuis le début, pour le groupe, a été improvisé, rien n’a jamais été calculé et je suis déjà bien heureux qu’on en soit arrivé là, même si le groupe n’est pas assez connu pour qu’on ait besoin de se nicher dans une bulle ou jouer les starlettes – je déteste les musiciens qui agissent ainsi. Et en tant que musicien, tu dois constamment adapter des ambitions à la situation. Lorsque je repense à nos débuts, mon objectif était de sortir un premier disque, puis trouver un label, puis enregistrer un bon disque – j’espère qu’on a réussi – et maintenant je crois que ce serait de me maintenir au niveau, pour continuer à surprendre. Regarde l’exemple des Daft Punk avec la B.O. de « Tron », c’est pas mal quand même !

Pour conclure, j’ai cru comprendre que tes deux précédents groupes (The Upsides et The Customers, NDR) avaient échoué « à cause des filles ». Est-ce vrai ? Et doit-on les remercier, finalement ?

(Il éclate de rire) Oui enfin c’est pas vraiment ça…  Disons qu’à mes débuts en tant que musicien, j’ai eu un groupe nommé The Upsides en même temps qu’on montait Metronomy, je devais avoir 15 ans et je peux te jurer que c’était incroyable, terriblement excitant, un sacré groupe ! On sentait que les choses allaient bouger, on avait le talent au bout des doigts, jusqu’au jour où l’un des musiciens a eu la mauvaise idée de rejoindre sa petite amie à Liverpool. Moralité : ça a tué le groupe, c’était fini. Je peux te garantir que depuis ce jour j’ai tiré un trait sur les relations sentimentales, et encore plus sur les ruptures ! (Rires)

Metronomy // The English Riviera // Because

http://www.myspace.com/metronomy