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Album de la semaine : Phoenix – Bankrupt!

Album de la semaine : Phoenix – Bankrupt!

Depuis que le groupe versaillais a investi dans les claviers, le doute nous a rattrapés. Mais en creusant un peu, ce dernier Phoenix recèle plus de trésors qu'il n'y paraît !

Nous étions sans nouvelles depuis presque deux ans, en sachant que Wolfgang Amadeus Phoenix, le quatrième album de Phoenix, date de... 2009 ! La bande à Thomas Mars, qui a atteint des sommets ces dernières années (remplir le Madison Square Garden à New York, ce n'est pas donné à n'importe quel groupe français...) est donc dans la quasi-obligation d'enfoncer le clou pour se stratosphériser une bonne fois pour toutes, les fans et les médias étant prêts à sanctifier (ou assassiner) la figure Phoenix. La question que tout le monde s'est posé en substance (et légitimement), en voyant la gigantesque machine Bankrupt! Arriver avec ses gros sabots, est la suivante : Où en est réellement Phoenix dans la courbe de Gauss de son apogée ? Lui reste-t-il de l'énergie sous la pédale ou va-t-on assister au début d'une ère de redite musicale, masquée par un écran de fumée ?

Un peu deux deux, en l'occurrence. Phoenix étant un groupe surdoué pour pondre des tubes en puissance, on en trouve un paquet dans Bankrupt!. Pas de quoi remplir le disque entièrement cependant, mais donnons au groupe le bénéfice de la constance : tous leurs albums, là dessus, se ressemblent. Peu de titres, quelques giga-tubes, et plein de chouettes chansons pour jouer le rôle de liant, c'est également le cas ici. Tout le monde connaît "Entertainment", dévoilé il y a déjà quelques semaines, et par conséquent, vous aurez déjà remarqué que ce premier single tape à côté, le flagrant délit étant celui de la grosse ficelle (en l'occurrence, cette mélodie asiatisante, particulièrement cliché, qui annonce un enchevêtrement de poncifs phoenixiens passés à la moulinette). Étonnamment, on retrouvera cette propension toute fraîche à manier des gimmicks un brin pompeux et à les mettre en avant tout au long du disque, quitte à les élever en piliers principaux de certains morceaux. Pour exemple, "Trying To Be Cool" et son synthé particulièrement kitsch, porte bien son nom, mais n'y arrive pas totalement, à être cool. Pourtant, derrière, la patte Phoenix est bien là, les formules mélodiques sont toujours parfaitement trouvées, la voix de Thomas Mars est encore plus précise qu'auparavant, bref, Phoenix n'a jamais proposé d'album aussi abouti. C'est d'ailleurs dans les morceaux les plus "difficiles" que ce sens du détail (probablement transcendé par le travail de Philippe Zdar) se ressent. À ce titre, le travail sur "Bankrupt" est assez merveilleux, et l'utilisation du clavecin, très hypnotique, est d'une pertinence absolue, surtout lorsqu'elle est mise en contraste avec une fin centrée sur une guitare acoustique. "Drakkar Noir", dans un autre registre, propose une rythmique décalée tout à fait réjouissante, même si cette utilisation volontairement mielleuse des synthés, omniprésents sur l'album, peut crisper un tantinet. Quant à "Chloroform", qui dégage une nonchalance rare chez Phoenix, elle sera parfaite pour faire s'embrasser les couples qui n'ont pas encore osé passer le pas à la fête de fin d'année. Après ce superbe tryptique, la seconde partie de l'album, plus chaleureuse et maline, s'en sort mieux, bien mieux que la première.

Bankrupt! n'est pas raté, évidemment. Mais il serait très compliqué de considérer cet album comme aussi magistral que son prédécesseur. Phoenix, en tentant de conceptualiser son évolution par l'utilisation de nouveaux outils, se dépossède de sa nature propre, celui d'être un groupe de pop au final assez classique dans ses sonorités, et très fort dans ce qu'il fait, surtout lorsqu'il se met en danger dans la composition même de ses morceaux. À la place, Phoenix fait du Phoenix tel qu'on le connaît, le fait bien (forcément), et avec un vernis qui ne lui va pas tout le temps au teint. Malgré tout, Bankrupt! fait son boulot de manière admirable, et vos couchés de soleil printaniers devraient prendre des couleurs très Miami dans l'esprit. Et c'est déjà beaucoup.

Phoenix est de passage à la Cigale (Paris) le 26 mai, et Green Room Session vous fait gagner deux places !