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Daft Punk, flagrant délit de mémoire vive ?

Daft Punk, flagrant délit de mémoire vive ?

Le documentaire-teasers proposés par Daft Punk, semblent nous donner l'impression que le duo entre dans une phase patrimoniale.

UPDATE : la version anglaise de Konbini a publié une liste a priori exhaustive des collaborations présentes sur le nouvel album des Daft. Si Columbia confirme n'avoir rien envoyé au webzine (il s'agirait donc d'un leak), l'album comprendrait, selon leurs sources, des apparitions de Nile Rodgers, Paul Jackson Jr, Chilly Gonzales (pour la piste 4), Julian Casablancas (dont la voix serait apparemment très vocodée), Paul Williams, Pharrell Williams, Todd Edwards, Panda Bear et DJ Falcon. Sans compter Giorgio Moroder, mais vous en apprendrez davantage sur lui si vous lisez ce qui suit.

"Le monde a besoin de quelque chose de nouveau". Ce n'est pas Azealia Banks qui le dit, c'est Giorgio Moroder, la légende du disco, actif depuis près de 50 ans. Et lorsqu'il lâche la phrase fatidique, c'est bien du nouveau son de Daft Punk que l'on entend. Au delà des apprentissages que nous apporte la piste sonore (nous voilà maintenant certains que les deux clips de 15 secondes que nous avions déjà entendus sont issus du même morceau), ce mini-documentaire, publié par The Creators project pour le compte du duo le plus attendu de l'année, nous laisse un brin perplexe. Pas parce qu'il n'y a rien d'intéressant à en tirer, bien au contraire, Moroder étant un puits de science sans fond lorsqu'il s'agit de ressasser la passionnante histoire des synthétiseurs. Non, on se demande quelque chose de plus simple : les Daft Punk, aussi bon que puisse potentiellement être leur nouvel album, sont-ils passés du côté passéiste de la force ?

Jusqu'ici, tout tend à nous le laisser penser. Déjà, les casques, inchangés depuis plus de dix ans, semblent avoir subi une couche de Ripolin rétro-futuriste kitsch de plus, au vu du design de la pochette. Parlons-en, au passage : Le titre de l'album, Random Access Memories, ainsi que son design, tapent clairement dans le registre nostalgique. Au niveau de la musique, vous avez eu le temps de vous faire votre avis, mais le disco et le funk semblent jusqu'à présent être les porte-étendards choisis pour tracer les premiers contours de ce que pourra être le Daft Punk version 2013. Et maintenant, Giorgio Moroder, un génie de 72 ans, qui a passé un temps fou en studio avec Thomas et Guy-Man, se retrouve en premier ambassadeur "vocal" de leur retour. Et après ? Un épisode 2, avec Todd Edwards, dinosaure sacré de la house, puis une troisième vidéo, avec dix minutes de Nile Rodgers détaillant son jeu de guitare et son glorieux passé avec Chic... Tout historien de la musique trouvera forcément cette démarche enrichissante. Les codes de communication que cette campagne promotionnelle renvoient, cependant, semblent trahir une sorte d'abandon.

Il est évident qu'après une telle carrière, ce constat n'a rien de péjoratif, et c'est tout à l'honneur des Daft de s'essayer à produire quelque chose de plus noble, quitte à rendre hommage à leurs racines, et en jouant la carte de la pédagogie. En sous-texte, cependant, on a l'impression que Thomas et Guy-Man, par cette vidéo, trahissent le fait que ça y est, la barrière psychologique est passée, et qu'ils se considèrent comme plus vieux qu'ils ne le sont vraiment. En espérant que le duo ne devienne pas une sorte d'AC/DC de la house, mais Random Access Memories devrait receler bien plus qu'une simple collection de chansons-hommages. On se risque même à penser qu'on y trouvera du talent.