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Album de la semaine : Tyler, The Creator - Wolf

Album de la semaine : Tyler, The Creator - Wolf

Sans tenter la rupture, ce nouvel album du jeune prodige du hip-hop marque une évolution logique dans son rapport à ses textes, et le fait doucement entrer dans l’âge adulte.

L'attraction est aussi magnétique qu'inexplicable. Pourquoi diable un jeune post-ado, qui restera sensiblement plus jeune que la mêlée pendant encore longtemps, arrive-t-il à monopoliser les louanges de la planète hip-hop indé après une carrière aussi courte ? C'est bien simple, Tyler, The Creator a su manger le cafard qu'il fallait pile-poil au bon moment, ce qui a permis au monde de saisir son talent, qui transpire derrière la couche d'absurde que le jeune rappeur américain, membre principal d'OFWGKTA, s'évertue encore à badigeonner autour de lui. Ce qui, pour le coup, pourra lui porter préjudice à moyen terme, alors qu'il lui suffirait juste de briller naturellement, micro à la main.

Wolf s'inscrit donc dans la même démarche mi-dark, mi-lol que ses prédécesseurs. L'avantage, lorsqu'on met un album dans un mange-disque, c'est qu'on n'a pas besoin d'apprécier les clips qui vont généralement avec les pistes sonores. En l'occurrence, "Domo 23", titre déjà connu par tous, prend une tournure un peu plus "permier degré" sans son illustration visuelle. Et le constat fonctionne tout au long de l’album : “Lone”, à la production très douce-amère et étrange (on sent ici l’ombre de Madlib et du label Stones Throw), si elle semble comporter des éléments de langage décalés, est plus sérieuse qu’elle en a l’air. Au niveau des instrumentations, justement, Tyler persiste à poser son flow sur un panel encore un peu trop disparate pour paraître complètement honnête. Mais c’est ce qu’on aime chez le jeune loup du micro : il ne s’embête pas avec ce genre de considérations. Du groove rampant de “Cowboy”, qui transpire le cambouis, aux synthés presque crunk de “Ifhy”, il n’y a pas qu’un pas, mais bon, a priori, on sait marcher. Cet album, comme les précédents, n’est pas de la trempe de ceux qui ne demandent aucun effort d’écoute, et s’inscrit donc dans une démarche un brin anachronique. Si vous aimez le hip-hop, le vrai, celui qui ne vous caresse pas dans le sens du poil, vous devriez frissonner de plaisir. En tout cas, cela devrait vous suffire en attendant que Tyler, plus prometteur que jamais, assume complètement son rôle de chef de meute.