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Qui peut prendre la place de Daft Punk ?

Qui peut prendre la place de Daft Punk ?

Le duo casqué, qui dévoile ses plans de retour aux affaires, a toute la place qu’il veut pour reprendre son trône. Quelqu’un aurait-il la trempe pour s’y asseoir à leur place ?

Tout le monde, aujourd’hui, a les yeux rivés sur Daft Punk. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo jouissent aujourd’hui d’une aura si gigantesque qu’elle semble pouvoir les dépasser. Il n’en est rien, si on on juge par les récents mouvements du groupe, qui montrent que la situation est maîtrisée en tous points... Une image représentant les fameux casques du duo, accompagnée du logo de leur nouveau Label Columbia, a été publiée sur leur site web et leur compte Facebook il y a quelques jours. Ensuite, le son : 15 secondes seulement, diffusées au Saturday Night Live le week-end dernier. Et tout le monde est dingue. Grotesque ? Non, génial en tout point, venant d’un groupe dont la dernière trace sonore remonte à fin 2010, et dont le dernier album date d’il y a sept ans. Daft Punk semble auréolé à jamais, et reste la grande figure musicale de ces 20 dernières années. Pourtant, vu leur propension à prendre leur temps pour produire de la musique, on pourrait imaginer que des tonnes d’artistes puissent être statufiés à leur place.

 

Skrillex et la démesure

Le dernier phénomène en date, qui fédère des stades entiers, s’appelle Skrillex. Ce jeune Américain, ancien membre d’un groupe d’emocore et fasciné par l’énergie de The Prodigy et de Korn, a décidé de reprendre le dubstep à son compte pour le passer dans une turbine à efficacité. Banco : en une poignées EPs, le monde est à genoux. Pourtant, on peine à croire que Skrillex puisse entrer dans la postérité. Tout d’abord, son dernier maxi en date, Leaving, tente de jouer la carte de l’apaisement après la tempête. Et rate lamentablement son coup. Autre chose, la génération des “Candy Ravers”, si elle règne, en public hypnotisé, sur l’événementiel américain, n’est construite que sur un phénomène emprunté et réactualisé, et non sur une histoire musicale concrète. Pas moyen, donc que le “dub motherfuckin’step” devienne la nouvelle marotte d’une génération tout entière. Au delà de ce constat, on peut appliquer la même logique à tout artiste qui se propulse dans des arènes énormes sans avoir le passif historique qu'il faut : pour détrôner Daft Punk, il faut avant tout faire avancer l'Histoire de la musique, comme eux l'ont fait avec Homework et Discovery.

 

Haut les masques

Aaaah, le fameux mythe de la techno sans visage. En voyant ce qu’a réussi à faire Daft Punk avec ce concept, les fondateurs du collectif Underground Resistance (le producteur Jeff Mills et ses comparses) doivent avoir du mal à avaler la couleuvre. L’idée de départ étant de laisser toute la place à la musique et de mettre la figure du musicien en retrait maximal, on peut dire que la réinterprétation de l’idée, en mode cosmonautes kitsch, par les deux Français aura légèrement changé la donne. Aujourd’hui encore, un nombre incalculable de groupes et d’artistes jouent la carte du camouflage, avec plus ou moins de zèle. Dernièrement, c’est UZ, jeune producteur français donnant dans la trap music, qui entretient le mystère. Son plus grand buzz ? Il paraît que c’est un Daft Punk. Danger, lui, est connu du loup blanc depuis pas mal de temps, mais garde son masque noir aux yeux éclairés à chaque prestation. On peut aussi parler des masques de Venom des Bloody Beetroots, du chanteur du groupe pop Tristesse Contemporaine ou, très récemment, du producteur électro Redshape... Rien d’assez mystérieux pour concurrencer les Daft, cependant : ils ont rendu le concept célèbre, chaque tentative paraissant maintenant désuète tant qu’ils seront en activité. Et on rappelle qu'eux seuls portent des masques de chien avec classe.

Daft Punk - "Fresh"

 

L’électro française, très... française

Daft Punk, on l'oublie, fait historiquement partie de la French Touch, version 1. Dix ans plus tard, un jeune duo nommé Justice est apparu avec un album blindé de tubes, et s’est mis squatter des tonnes d’iPods à travers le monde. Leur son, à mi-chemin entre électro efficace et mélodies rock épiques, s’il a conquis jusqu’à l’Amérique, souffre cependant d’un effet de comparaison trop grand, basé sur l’idée “deux types français qui font de l’électro, ça ressemble à quelque chose de déjà vu”. Pour le reste, la musique électronique française se porte très bien, surtout en ce moment. Peut-être trop, ce qui a pour principal défaut de rendre la scène auto-suffisante, y compris en termes de son : chaque label est occupé à être plus avant-gardiste que le voisin, et au final, tout se ressemble un peu. Le revival house "à la française" a beau être tout à fait salvateur, il manque d’envergure, et souffre d'un centralisme trop grand, pour sortir des clubs et percuter les stades. Et, bien entendu, dans tout ce petit monde, il manque une figure, encore une fois.

 

Changement d’époque

Finalement, la raison la plus simple de cette incapacité à rafler la place du chef reste peut être la suivante : nous sommes au XXIème siècle. Celui des reformations farfelues, du téléchargement, des chansons coupées au 2ème refrain en soirée, de l’immédiat et du besoin constant de changement, sous menace de lassitude. Un terreau qui ne saurait être pire pour former une vraie figure emblématique comme l’est Daft Punk, et comme l’ont été les Chemical Brothers, The Prodigy, Radiohead ou Oasis un peu plus tôt. Le duo est donc un reliquat toujours actif d’une époque révolue, celle des fans (des vrais), des tournées de rock-star, de la déification de personnages censés incarner un idéal musical, dans ce cas précis incarné par Homework, le premier album des Daft. Seuls Jay-Z et Kanye West, si on ne compte pas l'hégémonique Beyoncé qui reste tout de même une chanteuse de la sphère “variété”, peuvent potentiellement rivaliser. En parlant de Kanye, on se rappelle tous de son morceau “Stronger”, qui reprend un sample de... Daft Punk.

Kanye West - "Stronger"