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Ces Anglais qui ont cartonné aux Etats-Unis

Ces Anglais qui ont cartonné aux Etats-Unis

Alors que les ventes de disques aux USA sont dominées par le groupe Anglais Mumford & Sons, retour sur les vagues du succès britannique au Royaume de l’Oncle Sam.

Aujourd’hui, malgré le phénomène Adele et, dans une moindre mesure, le succès de Mumford & Sons, qui viennt de recevoir le Grammy Award d’album de l’année pour l'album Babel, les États-Unis restent une terre souvent bien peu accueillante pour les musiciens anglais. Ça n’a pourtant pas toujours été le cas et l’Angleterre pop et rock a eu ses heures de gloire sur les terres de son pays frère. Retour sur ces vagues de succès qu’on imagine mal revoir aujourd’hui.

 

Années 60 : The British Invasion

Le rock & roll est né dans les années 50 de racines blues et gospel. Il était logique que ses chefs de file soient afro-américains, de Bo Diddley à Chuck Berry ou Little Richard. Les choses changeront une dizaine d’années plus tard avec la British Invasion : une grande vague de groupes de rock anglais qui écraseront leurs confrères américains dans la seconde moitié des années 60. En 63 déjà, la rumeur de la Beatlemania apparaissait outre-Atlantique, jusqu’à ce que Capitol Records sorte au cours des fêtes de Noël le single "I Want To Hold Your Hand" sur le sol américain. Un premier numéro 1 anglais était né dans les classements américains. Le 4 avril 1964, les Beatles trustaient les cinq premières places du top Billboard, un exploit jamais réitéré à ce jour. Les années suivantes seront celles des vrais débuts de l’invasion, avec pour généraux les Rolling Stones, The Animals, The Kinks ou Dusty Springfield. Début mai 1965, neuf des dix premiers des charts singles américains sont anglais. La moitié des 26 singles numéros 1 de l’année seront aussi anglais. Une deuxième vague viendra ensuite, avec the Who et The Zombies. Ces années seront marquées par la baisse de forme du prodige de la nation américaine, Elvis Presley, quelque peu mis dans l’ombre par l’explosion britannique.

 

The Beatles - "I Want To Hold Your Hand"

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=iim6s8Ea_bE

 

Années 80 : La deuxième invasion

L’histoire se répètera au début des années 80. Alors que la new wave avait été évoquée dans le New York du début des années 70, le terme (une nouvelle branche de la pop et du rock forte en synthétiseurs) prend tout son sens la décennie suivante. Nombre de groupes new wave anglais commenceront dès 1981 à envahir les charts américains, avec The Human League en pionniers, suivis par New Order, Depeche Mode, Duran Duran, Billy Idol etc. En 1983, 30% des ventes de disques aux Etats-Unis sont dues à des artistes anglais et le magazine Newsweek met en couverture Annie Lennox (de Eurythmics) et Boy George titrant "Britain Rocks America". Le phénomène a profité de l’avènement de MTV dès 1981. Alors que peu de groupes américains tournaient des clips vidéo à l'époque, la chaîne était forcée de diffuser de plus en plus de morceaux anglais. Queen, George Michael (avec Wham!) ou David Bowie profiteront parallèlement de cette grande vague, ce dernier accédant au statut de superstar internationale avec son album Let’s Dance en 1983, aidé à la production par la star du disco US, Nile Rodgers (de Chic). Moquée par la critique rock américaine pour son exubérance et sa volonté de placer l’image au centre de la carrière musicale, cette vague anglaise sera le point de départ d’un fort sentiment de supériorité d’une partie de la presse américaine dans le domaine pop. Les Américains comprendront vite l’importance du marketing en musique et le flux se tarira dès 1987.

 

New Order - "Bizarre Love Triangle"

 

Des 90's à nos jours, moqueries et exceptions

Les deux dernières décennies auront vu, à quelques exceptions notables près, une disparition massive des groupes anglais des charts US. La grande guerre brit-pop entre Blur et Oasis ne déchainera jamais les foules outre-Atlantique. Oasis, le grand gagnant de ce fameux duel fratricide ne fera jamais sur le sol américain que des tournées de taille moyenne. “Si tu vas là-bas et que tu fais ton Mick Jagger, ils comprennent, assure Noel Gallagher dans le livre de John Robb Manchester Music City 1976-1996. (…) L’immobilisme de Liam, ils ne comprenaient pas, les Américains aiment qu’on fasse le show”. Du show, les Américains en auront surtout avec les Spice Girls, plus gros phénomène anglais depuis les Beatles. Leur premier album Spice, sorti là-bas en février 1997, sera l’album le plus vendu de l’année avec plus de 7 millions de copies (pour presque 30 millions dans le monde). Si les ventes déclineront pour le deuxième et surtout le troisième album, les Spice Girls tiendront quelques records, notamment un démarrage canon en salles, le weekend du Super Bowl, pour leur comédie musicale Spice World. Elles seront aussi le premier groupe britannique à avoir deux albums dans le top 10 des ventes aux USA. Un exploit réédité seulement 14 ans plus tard par Adele, dont le deuxième album 21 a carrément sauvé les ventes de disques sur deux années consécutives. Sorti tout début 2011, 21 sera l’album le plus vendu aux USA pour 2011 et 2012. Alors qu’Amy Winehouse, Lilly Allen ou Duffy avaient été pressenties comme la troisième vague d’invasion britannique sous la bannière brit-soul, c’est seulement avec Adele que l’Angleterre se remettra sur la marche des records en terres ennemies. Les Mumford & Sons, eux, en sont déjà à 2 millions de leur deuxième album aux États-Unis. Ces exceptions cachent une règle tacite qui n'a été que rarement brisée : lorsqu'on parle musique, les Yankees ne sont pas friands des groupes anglo-saxons.

 

Spice Girls - "Say You’ll Be There"

Photo de une : Adele et ses Grammy Awards en 2012.