JE RECHERCHE
Montréal, nouvel Eldorado musical ?

Montréal, nouvel Eldorado musical ?

La métropole québécoise, véritable creuset culturel aux influences à la fois américaines et européennes, semble damer le pion aux centres névralgiques "classiques" de la musique indépendante. État des lieux en cinq exemples.

Avec le recul, le jeu des villes les plus créatives de l'univers musical semble ne jamais avoir changé. Londres, Berlin, Paris, New York, Los Angeles. L'étoile à cinq branches que personne ne peut éviter lorsqu'on parle d'électro innovante, de pop indépendante classieuse ou de hip-hop incisif. Dans ce domaine comme dans d'autres, Montréal a toujours souffert de l'influence gargantuesque de la grosse pomme, de la même manière que Boston. La capitale culturelle du Québec, et toute la région qu'elle accompagne, proposent pourtant une alternative culturelle foisonnante, bien plus diversifiée que dans chacun des grands pôles pré-cités, souvent dédiés à une partie seulement du spectre musical.

La patrie de la poutine serait-elle le nouvel Eldorado de la musique indé ? À vrai dire, ce n'est pas si récent, certains cas d'école, comme celui de Patrick Watson, des brillants Karkwa ou plus récemment de Grimes sont déjà arrivés jusqu'à nos oreilles. En tout cas, il est plus que temps de déambuler dans les rues de Montréal, là où il y a du son pas cheap à découvrir. Voici cinq entités musicales, qui témoignent de la vivacité de cette métropole-carrefour, porte quantique avec l'Europe.

 

Jacques Greene

Ce type possède une double identité. Son nom de famille, il le tient de son père, anglophone, quant à son prénom, on pourrait imaginer qu'il est issu de sa mère, francophone. Tout le contraste d'une ville comme Montréal dans un seul être. Trois EP's quasi-parfaits, tombés en 2011, ont blindé ses chances de réussite. Depuis, il a lancé son propre label, target="_blank">Vase, collaboré avec l'incontournable Martyn pour la sortie d'un excellents trois-titres, et il mixe comme un dieu, comme en atteste les nombreux DJ-sets qu'il laisse traîner sur le Net. Sa house (peut-on vraiment l’appeler ainsi ?) froide, introspective et mélodique, n'hésite pas à piocher dans le R&B de Timbaland pour prendre encore en épaisseur. Un producteur incontournable sur la scène indé mondiale, dot la notoriété explose dans les clubs européens.

 

Suuns

Quiconque a déjà vu ce groupe sur scène est au courant : Suuns sent la sueur, la peur, la passion et la transe. Les quatre Québécois jouissent déjà d'une grande légitimité auprès du public français, pour avoir déjà beaucoup joué dans nos contrées. La faute à un album venimeux, nommé Zeroes QC, sorti fin 2010, et dont les tremblements inspirés autant du krautrock que d'une certaine idée du punk et de la noise music, font cependant danser. Leur tout nouvel album, Images Du Futur, semble calmer le jeu (à l’écoute du morceau ci-dessous, c’est le moins que l’on puisse dire), mais c'est pour mieux prendre l'auditeur à revers. La date de sortie est prévue en mars, ce qui vous laisse du temps pour vous préparer à l'incendie, notamment scénique, qui risque de débarquer.

 

Monogrenade

On les a beaucoup taxés de sous-Karkwa. Il est vrai que ce quatuor indie-pop a tendance à respecter certains codes. On ne va pas leur en vouloir, tant la minutie dont ils font preuve dans leurs arrangements est enivrante. Des cordes, du piano, du métallophone, autant d’instruments qui façonnent un subtil mélange entre folk, pop, post-rock et B.O. de conte fantastique. Leur unique album, Tantale, leur a donné une jolie voie d’accès au public français, les médias d’ici s’étant entichés de leur premier tube “Ce soir”, d’ailleurs déjà présent sur leur tout premier EP. Plus près de nous, le clip en noir et blanc de “La Marge” a fait son chemin de ce côté-ci de l’Atlantique. Inutile de vous dire que Monogrenade prend tout son sens en live...

 

Avec Pas d'Casque

Avec un nom pareil, ne vous attendez pas à tomber sur du chant anglais. Et c’est d’ailleurs bien ce qui fait tout l’intérêt de Avec Pas d’Casque : le trio applique un traitement tout québécois à une musique d’obédience purement anglo-saxonne, à base de folk, de lo-fi, et de pop planante. Stéphane Lafleur, Joël Vaudreuil et Nicolas Moussette ont commencé comme il faut : avec des CDs gravés sous le bras et l’envie d’en découdre sur scène. Une histoire qui s’est construit à coups de petites victoires successives, ce qui leur donne une légitimité incroyable aujourd’hui. Leur troisième album Astronomie, sorti en 2012, les a fait grimper de plusieurs marches, tout en amenant une couleur presque cinématique à leur musique intimiste (l’un des membres est d’ailleurs cinéaste). Leur prochain opus, Dommage que tu sois pris, est déjà en écoute sur leur Bandcamp, faites-vous donc chauffer un thé à la cannelle avant d’appuyer sur Play.

 

Lunice

Il est partout, même si peu de gens le savent. Jeune producteur de la métropole québécoise, Lunice a travaillé avec la moitié de la planète électro, alors qu’il affiche tout juste un quart de siècle au compteur. Le duo TNGHT, vous connaissez ? C’est lui, accompagné de l’écossais Hudson Mohawke. Lancé par Sixtoo (fameux producteur undreground originaire de Halifax en Nouvelle-Écosse), il a ensuite fait ses armes sur le prolifique label LuckyMe, qui a toujours le nez là où il faut. Il a ensuite produit des remixes pour Mad Decent, l’écurie de Diplo, et a même mixé plusieurs fois à ses côtés. Plus récemment, ce type a, tout naturellement, composé l’instrumentation du tube d’Azealia Banks, “212”. Depuis, tout le monde se l’arrache... Pour un type qui s’appelle Lunice Fermin Pierre II, c’est un bon début.