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A$AP Rocky, nouveau standard du rap US

A$AP Rocky, nouveau standard du rap US

En à peine un an, ce jeune rappeur du Bronx est devenu “the next big thing”, tout le monde attendant fébrilement son premier album. A-t-il les épaules pour le job ?

24 ans, sérieusement ? Il faut croire que Rakim Mayers a le destin avec lui. Depuis qu’on le connaît sous le blaze d’A$AP Rocky, c’est généralement pour y adjoindre un tas de superlatifs du genre “ce que le hip-hop a fait de mieux depuis NWA / Eminem / Snoop Dogg” ou “l’incarnation parfaite de l’équation rap du XXIème siècle”. Le genre de poids un peu dur à porter pour des épaules frêles, mais il semble s’en accommoder avec une facilité quasi déconcertante. Le swag, mec, c’est ça le secret. À moins qu’il n’y ait autre chose ? En attendant la sortie (imminente) de son premier album Long. Live. A$AP, nous avons essayé de percer à jour ce qui se cache derrière cette santé insolente.

 

Un patchwork d’influences

New York City aura pu enfanter des cohortes de rappers, au moment où Rakim Mayers attrape son premier micro, il peut se sentir à court de mentors dans sa propre demeure. Comme chacun sait, 50 Cent a été le dernier grand mythe de la grosse pomme à avoir émergé avant la domination unilatérale du Sud, incarnée par Lil Wayne. À partir de là, on imagine aisément que si Mayers a eu, à un moment de son existence, besoin de s’exprimer pour survivre, il tenait également l’occasion parfaite d’exploser les frontières géographiques qui délimitent depuis trop longtemps les régions dominantes du rap américain. Et puis, il faut bien l’avouer, le téléchargement ne connaît pas de frontières. Le flow d’A$AP Rocky, si on l’écoute, n’a rien de new-yorkais, mais semble directement importé de Houston. Après plusieurs morceaux, il faut admettre l’évidence : on y retrouve certaines charpentes du Wu-Tang, le côté coulant de certaines productions West Coast, bref, A$AP Rocky est celui qu’on attendait. Un type enfin capable de tout assumer. Avec un prénom faisant écho à la légende d’Eric B. & Rakim, c’est bien la moindre des choses. "Purle Swag", le morceau qui lui a permis de se mettre sur les bons rails, est un excellent exemple de cet éclatement des codes stylistiques autrefois inhérents au rap.

 

Un crew en base arrière

Si certains ont entendu parler d’A$AP Mob, peu d’entre nous sont capables d’expliquer de quoi il s’agit. C’est bien simple, il s’agit du crew de Rakim Mayers, accompagné de moult acolytes, A$AP Ferg, A$AP Ant, A$AP Nast et A$AP Twelvy, fatalement condamnés à évoluer dans l’ombre de Rocky à présent. Bon, au fond, à quoi ça sert ? Déjà, ça fait cool, ça forme son homme (bosser son flow à cinq est évidemment plus bénéfique de de progresser seul), ça permet de faire des mixtapes assez démentes, et c’est tout simplement le passage obligé dans la vie d’un rapper. Si on retrouve uniquement A$AP Ferg dans ce nouvel album, il ne fait aucun doute que A$AP Rocky gardera cette oasis pour se ressourcer après la tournée marathon qu’il s’apprête à affronter.

 

Une armada de producteurs

On dépasse allègrement la dizaine sur Long. Live. A$AP. Inutile de chercher l’utilité de ce déballage de noms à la pelle, Mayers entretient ici son réseau et place ses billes là où il faut. Son obligé, le très buzzé Clams Casino, signe deux morceaux de l’album, l’autre nom récurrent étant Lord Flacko, qui participe à près de la moitié du disque. Pour la classe, Rocky a convaincu Danger Mouse (co-producteur du premier Gorillaz, moitié de Gnarls Barkley...) de s’occuper d’une instru. De manière plus étonnante, on retrouve un lillois nommé Soufien 3000 aux manettes du morceau “Pain”, le producteur ayant déjà fait ses armes sur Live. Love. A$AP, la première mixtape de Mayers qui l'a fait décoller fin 2011, ainsi que sur plusieurs morceaux d’A$AP Mob. La connexion, bien entendu, s’est faite via Facebook. Bienvenue dans les années 2010.

 

Un ego bien comme il faut

Et il en faut pour encaisser ce genre de début de carrière. On pourrait même parler d’arrogance, mais c’est parfois ce qu’on cherche lorsqu’on se confronte à une tête brûlée de la musique, non ? A$AP Rocky le dit lui-même : il n’est pas devenu bourgeois ni précieux depuis qu’il nage dans l’argent, mais il s’assume comme quelqu’un ayant une confiance en soi un peu trop élevée. Et qui se trouve beau, quitte à le clamer même quand on ne lui demande pas.Ses fringues actuelles trahissant son attachement immodéré pour les belles choses, il intéresse évidemment le monde de la mode, qui l’habille dès qu’il en a l’occasion. Malgré tout cela, il appose très intelligemment une couche de “rien à foutre, je fais ce que je veux” qui le rend à la fois irritable et génial.

 

Des amis bien placés

Il n’y a qu’à voir la liste d’invités présente sur le tracklisting de Long. Live. A$AP pour comprendre à quel point A$AP Rocky est un type sympa. On a déjà tout dit sur “Ridin’”, le morceau qui le lie à Lana Del Rey, et qu’il a refusé d’inclure dans la version finale de l’album, de peur de paraître trop prévisible. Pour le coup, on sera tous surpris de voir Skrillex produire un morceau, par ailleurs diablement efficace. Enfin, Kendrick Lamar, auteur de l’un des meilleurs albums de 2012, pose son flow sur deux tracks, scellant ainsi son amitié avec Mayers. Drake, Santigold, son inséparable pote Schoolboy Q... La liste est longue et prouve à quel point A$AP Rocky agit en ce moment comme un aimant et un catalyseur. On n’oserait pas oublier sa nouvelle copine Rihanna, la proximité et la complicité entre les deux artistes ayant déjà fait grincer quelques dents. Mais rappelez-vous, ce type n’a de comptes à rendre à personne.

 

Long. Live. A$AP (Sony)

Sortie le 14 janvier