JE RECHERCHE
Quel type de spectateur êtes-vous ?

Quel type de spectateur êtes-vous ?

Un concert, c’est un peu comme prendre le train : un voyage de deux heures ou plus à coté d’un inconnu qui parfois vous énerve, souvent vous indiffère et, quelques fois, vous émeut. Qu’il soit rock, électronique, pop ou rap, le concert est aussi ce théâtre balzacien où le spectacle est autant dans la fosse que sur scène. Pour l’occasion on vous propose notre typologie des spectateurs à lire comme un quizz. Saurez-vous trouver votre place ?

 

L’élitiste : jamais content (ou très exigeant, question de point de vue) le snob des concerts est ce garçon qui, foulard et chemise bien portés, passe toute la soirée à commenter tel morceau « un peu décevant », tel riff « pas assez long » ou tel tube « qui n’a pas été joué correctement ». A vrai dire pour l’élitiste, rien ne va jamais et c’est toujours un peu la théorie du verre à moitié plein à moitié vide, à tel point qu’on peut parfois se demander pourquoi il a payé sa place de concert tant il vous insupporte avec ses commentaires dignes des plus mauvais matchs de foot. Si l’on a trop souvent tendance à penser que le snob des gradins est Parisien (bon okay, c’est souvent vrai), ce mélange mi-hipster mi-baron se croise aussi un peu partout, que vous habitiez Londres, Los Angeles ou Marseille. Parce que c’est bien connu, aussi sûr que personne n’a le monopole du bon goût, on est toujours l’élitiste de quelqu’un.

 

Le touriste : à la question « comment reconnaître le touriste dans un concert ? », une réponse assez simple : c’est le seul à afficher le détail qui tue, ce petit truc qui vous fait dire qu’il est arrivé par hasard au concert d’Orelsan en costume trois-pièces, à celui de Metallica en survet’ ou encore à celui de Justin Bieber alors qu’il a déjà dépassé la quarantaine. Comme l’habit ne fait pas le moine, ne pas se fier uniquement à son look ; le touriste est parfois un fan de la première heure capable de vous scotcher sur la setlist ou la marque de la basse utilisée par le musicien sur scène…

 

Le ou la groupie du premier rang : c’est un grand classique et on a envie de dire que c’est tant mieux. Capable de mourir de froid pendant plusieurs heures pour le précieux sésame (ex : faire la queue dès 5H du mat’ pour une place pour les Stones au Trabendo), la groupie - oui, c’est souvent une fille – est l’une de ces rares spectatrices fidèles qui ne reculent devant rien pour l’heureux élu. Crier, agiter ses bras, pleurer, se faire dédicacer l’avant-bras en sortie de scène, récupérer la sacro-sainte setlist laissée sur le bord de scène, casser les jambes du gros molosse du premier rang pour se faire une place au soleil, la groupie ose TOUT et c’est en soi une animation qui dépasse parfois le spectacle sur scène.

 

Le photographe amateur : que celui qui n’a jamais subi la passion du type qui, à dix mètres de la scène, tente en vain de prendre une photo du groupe avec son iPhone, lève le doigt. Okay, tout le monde acquiesce. On a tous connu ce moment dramatique où, sur votre morceau préféré, un grand benêt décide d’immortaliser le moment grâce à son téléphone qui, on le rappelle, n’a pas la puissance d’un objectif de paparazzi. Conclusion : des photos floues (ça ne l’empêche pas de recommencer plusieurs fois d’affilée) et des voisins excédés qui ratent le concert à cause d’un type qui se croit au zoo. Notre conseil : un petit coup de genou bien vicieux, par derrière, au moment du clic.

 

Le couple : dans la fosse, on les voit se balader deux par deux et main dans la main, l’air heureux de partager ce grand moment qu’est un concert. Si ce PACS auditif est parfois touchant d’innocence, il est aussi devenu un cliché sentimental qui désespère les célibataires endurcis et ceux qui n’ont personne d’autre que leur gobelet à enlacer. Adepte des musiques lentes à l’eau de rose, le couple fait souvent son nid dans les concerts de folk où les chances d’être séparés par un pogo sont quasi nulles. Mention spéciale aux concerts d’Herman Dune et de Soko où les vieux trentenaires dansent le slow en dodelinant leur corps comme des pingouins frigorifiés.

 

Le rockeur endurci : au moins avec lui, pas de chance d’être dérangé, il sort fumer une cigarette toute les deux chansons puis passe l’autre moitié du concert accoudé au bar pour tenter de draguer la serveuse qui a vingt ans de moins que lui. Depuis l’interdiction de fumer dans les salles de concert, le rockeur erre l’âme en peine dans les couloirs à la recherche d’une nouvelle addiction, toujours prêt à vous bassiner avec une anecdote un peu rasoir (le concert d’AC/DC en 1993, la coupe de cheveux de Jack White ou la marque de son perfecto) qui souvent vous fait perdre le fil du concert que vous êtes venus voir. Notre conseil : à son passage, rasez les murs !

 

Le journaliste : comme le snob, il est facile à reconnaître. Le journaliste a déjà tout vu, tout entendu, n’a pas payé de place de concert depuis 2003 et ne se prive pas de vous le faire savoir. Capable de parler très fort pendant un live, voire même parfois – véridique – de vous ruiner une soirée à parler dans votre dos de sa taxe d’habitation, d’un énième bouclage ou du dernier ragot qui agite l’industrie musicale, le journaliste est cet être passionné qui parfois affiche trop d’heures de vol pour véritablement apprécier la musique live. Voisin idéal si vous souhaitez glaner des infos ou des contacts entre deux chansons, un peu moins si vous aviez décidé de profiter de la soirée pour échapper au blah blah blah des soirées mondaines.

 

Le festivalier : pas facile de résumer le festivalier à une seule catégorie. Ce qui est en revanche certain, c’est que l’amateur de festival sent souvent la sueur, qu’il a pris des coups de soleil et que ses yeux sentent bon la fatigue et les nuits blanches. Le festivalier peut aussi être un cumulard, sorte de synthèse entre plusieurs typologies de spectateurs, à la fois rockeur endurci et journaliste, photographe amateur et en couple, geek et élitiste, etc. De loin, l’un des spectateurs les plus besogneux et respectables, après tout dormir à même le sol dans un camping pendant trois jours d’affilée avec une douche commune, c’est presque la guerre des tranchées du nouveau siècle…

 

Le geek des fosses : avouons le, nous rentrons tous dans cette catégorie. Souvent trop occupés à checker nos mails, nos tweets et nos statuts Facebook, on finit parfois par oublier qu’on est venu pour voir un concert avec de vrais gens qui ne communiquent pas par l’intermédiaire d’un clavier ou d’un smiley. Mention spéciale aux geeks qui continuent d’utiliser Foursquare pour se localiser frénétiquement : si t’as de grandes chances de devenir maire de l’endroit en question, pas sûr que t’aies pigé quelque chose au concert et encore moins à la hype.

 

Le mélomane : bien sûr, c’est un peu démago de conclure notre quizz sur cette typologie de spectateurs, n’empêche que le mélomane est cette personne qui remplit les trois quart des salles, des festivals, toujours prête à se déplacer pour le concert de son groupe favori du moment, n’hésitant pas non plus - même en temps de crise – à mettre la main au portefeuille pour un T-Shirt au stand merchandising. S’il serait facile d’opposer le mélomane aux autres catégories précitées, on peut en revanche vanter ses mérites : sans lui, pas de concert. A cette heure où l’industrie musicale licencie à tour de bras chaque jour davantage, la faute à des ventes toujours plus faibles, l’économie du live repose majoritairement sur ces passionnés de l’ombre. Quand la lumière s’éteint, le mélomane sait se taire. Et ce silence est d’or.