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Radiohead a-t-il perdu sa tête ?

Radiohead a-t-il perdu sa tête ?

Projets solo à gogo, dernier album plus que mitigé, annonce de la sortie le 25 février prochain d’un nouveau groupe nommé Atoms for Peace avec Thom Yorke, Flea des Red Hot et Nigel Godrich aux manettes… Si vous avez moins de 30 ans et pas encore l’âge de vous laisser pousser la barbe pour rentrer dans les soirées de vieux, il y a de grandes chances pour que la carrière de Radiohead vous laisse de marbre. Mais pour ceux qui ont connu le groupe d’Oxford à son sommet, il y a pourtant de quoi se poser plein de questions.

 

Tout a commencé quand Thom Yorke et ses copains dépressifs ont décidé de sortir un premier best-of, au tournant de l’année 2008. Pour ceux qui découvrirent, dix ans plus tard, le single Karma Police passant sur NRJ ou Fun Radio (oui, vous avez bien lu), ce fut comme un petit pincement au cœur, une sorte de trahison qui laissait entendre que le meilleur ne serait plus à venir, et qu’en l’espace de quatre albums (grosso modo : jusqu’à « Kid A ») l’essentiel avait déjà été écrit, et qu’il ne restait plus maintenant qu’à essorer l’éponge pour en tirer les dernières goutes de génie. Remarquez que révolutionner l’histoire du rock moderne en quatre albums, c’est déjà en soi un luxe dont peu de groupes peuvent se prévaloir. Muse et Coldplay ont abdiqué bien avant ça.

 

Everything is not in its right place

Deux ans avant ce best-of, Thom Yorke avait déjà fait des infidélités à Radiohead en lançant son premier album solo, « The Eraser », sorte de tabula rasa électro complètement géniale, où l’on pouvait entendre le brun ténébreux hurler comme une chouette dans la nuit des histoires incompréhensibles sur fond de beat technoïde du meilleur effet. Ce fut peut-être le premier signe d’un démantèlement du groupe. Puis Radiohead eut tout de même la bonne idée de sortir « In Rainbows » l’année suivante ; disque qui restera surement comme le meilleur du groupe dans les années 2000.
Et après, allez-vous me dire, qu’est-ce qui se passe ? Globalement la même chose avec tous les groupes, des Beatles à Led Zeppelin en passant par les Strokes : l’égo des musiciens grandit au fur et à mesure que les caisses se remplissent, plus personne ne se supporte en studio et la profession de foi devient un vrai travail ; on hésite à se séparer pour de bonnes raisons puis on reste ensemble pour des mauvaises. Le tout aboutira dans le cas de Radiohead à « The king of Limbs », disque sorti l’année dernière qu’on vous défie de réécouter d’un bout à l’autre sans avoir envie de pouffer de rire ou de vous suicider – ou les deux simultanément, auquel cas on vous conseille de rapidement consulter.

 

Particules élémentaires

Histoire de relâcher un peu la pression qui entoure désormais la PME Radiohead, certains membres s’en vont gambader dans le pré d’à coté pour reprendre une bouffée d’air pur. C’est le cas de Jonny Greenwood, guitariste ténébreux ayant composé deux B.O. ces derniers mois, puis publié un album d’avant-garde dédié à un chef d’orchestre polonais des années 60. C’est aussi le cas du producteur de Radiohead, Nigel Godgrich, avec un projet joujou nommé Ultraista où Nigel semble enfin profiter de la notoriété à laquelle il s’était pourtant toujours refusé du temps où Radiohead était au sommet de son art.
Et c’est enfin le cas de Thom « Droopy » Yorke, qui refait parler de lui depuis quelques semaines avec une énième incartade nommé Atoms for Peace, sorte de super groupe avec Godrich, Flea (le bassiste des Red Hot Chili Peppers) et Mauro Refosco (percussionniste brésilien) à ses cotés. Comme les premières vidéos ayant filtré sur le web sont de très mauvaises qualités – comment pourrait-il en être autrement avec des captations iPhone ? – on se contente pour l’instant du premier - et excellent - single Default, qui fait énormément penser aux mélodies minimalistes de « The Eraser ». Une question vient d’ailleurs à l’esprit : pourquoi donc Thom a-t-il besoin de s’entourer d’autant de personnes alors que la tête pensant de Radiohead possède à elle seule le QI de dix batteurs, cinq polytechniciens et trois ministres ? Peur de la solitude, manque de confiance en soi ? Difficile à dire. Ce qui l’est davantage, c’est qu’aussi surprenant que pourrait être Atoms for Peace, Yorke est d’ores et déjà condamné à être l’homme d’un seul groupe, le type au regard un peu triste qui un jour composa Creep pour une génération d’ados mal dans leur peau. Les mêmes ados ayant depuis grandi, fait des enfants et peut-être rangé « Ok computer » à la cave, on ne saurait que trop conseiller à Radiohead d’en faire de même pour, comme dans la chanson issue de « Kid A », disparaître complètement.

Atoms for Peace // « Amok » // XL Recordings, sortie le 25 février
http://atomsforpeace.info/