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Myspace : We are not your friend anymore

Dans la deuxième partie des années 2000 est apparue une chanson qui pourrait résumer à elle seule la révolution sociale que fut Myspace. Remise au gout du jour par Justice en 2007, le Never be alone de Simian pris sous les doigts du duo d’Ed Banger la forme d’un hymne générationnel. Six ans plus tard, le joujou social de Rupert Murdoch a été revendu pour une bouchée de pain à Justin Timberlake, qui annonçait récemment une refonte intégrale et une levée de fonds de 50 millions de dollars. Mais peut-on encore faire confiance à cet ami ?

Vous en conviendrez, c’est une bonne question. Car avant de devenir ce grand parking vide qui bug toutes les trois minutes avec une poignée de psychopathes continuant à faire de l’add to friends sur un réseau déserté par à peu près tout le monde, Myspace fut au social network ce que le MP3 fut à l’industrie musicale, une incroyable innovation sociale et technologique qui révolutionna le quotidien de millions d’utilisateurs.

A sa création en 2003 par Tom Anderson – vous savez, le Tom qui est votre premier ami à l’inscription – le réseau n’a pourtant pas une ambition délirante. Rien de plus qu’une plateforme blog proposant aux musiciens de stocker leurs chansons. Deux ans plus tard et face à son succès grandissant, Myspace est revendu pour la somme pas vraiment modique de 580 millions de dollars et le gourou des médias transforme la mobylette sociale en véritable tank de guerre, jusqu’à permettre au site de devenir le quatrième site mondial le plus consulté en octobre 2005. Deux ans plus tard, Myspace France fait son apparition et c’est une sorte de cataclysme tel qu’on n’en a pas connu depuis la première saison de Loft Story. Du jour au lendemain, tous les internautes se prennent d’affection pour le réseau, créent leurs comptes et ajoutent des amis tels Michel Houellebecq, Daft Punk ou encore Jacques Chirac en pensant que les principaux intéressés existent pour de vrai, derrière l’écran.

Plus qu’une plateforme sociale, Myspace devient un mode de vie où chacun y va de sa chanson chargée en trois minutes avec l’espoir de devenir une star, en marge d’une industrie musicale jugée ringarde et malhonnête. Tout ça, c’était jusqu’à la fin 2008, date à laquelle le réseau commence à décliner sous la pression d’un autre réseau, Facebook, où les utilisateurs migrent peu à peu comme des pingouins attirés par le poisson frais. Ce qui vaudra une incroyable déclaration via Twitter à Murdoch, en janvier 2012, qui résume à elle seule la bérézina du milliardaire australien : « J’entends beaucoup de questions et de blagues sur Myspace. Ma réponse est simple : on a complètement merdé, mais au moins on en aura tiré des leçons instructives ». Forcément, le message a fait le tour du monde via Twitter, mais pas sur Myspace.

Myspace-justin-timberlake

 

Because we are your friends, you'll never be alone again

A relire cette incroyable histoire presque dix ans après sa création, inutile de dire que Myspace a pris un sacré coup de vieux, la faute à un cruel manque d’innovation, à des bugs incessants, à des publicités pour l’église de Scientologie (?) et à un modèle économique qui n’a jamais vraiment été trouvé, la faute à des discordes avec les labels excédés de voir leur catalogue chargés gratuitement sur le réseau. Conclusion : Rupert Murdoch décide finalement en 2011 de brader le gadget à Specific Media, derrière qui on retrouver Justin Timberlake, pour presque trois fois rien – 35 millions de dollars. En dépit de la célébrité internationale de l’ex de Britney, rien n’y fait : Myspace ressemble de plus en plus à un dinosaure du 2.0, complètement dépassé depuis l’arrivée des réseaux Bandcamp ou Soundcloud, davantage orientés sur la qualité audio et moins sur le partage des contenus.

Mais ce qui ressemble aujourd’hui à une gigantesque débâcle numérique ne semble pas effrayer Justin, qui a récemment annoncé un grand plan de sauvetage basé non seulement sur une levée de fonds de 50 millions de dollars – il cherche encore des investisseurs, au cas où ça vous intéresse – mais aussi sur un lifting intégral visant à transformer Myspace en concurrent direct de Spotify et Pinterest, grâce à des évolutions (voir vidéo ci-dessous) ergonomiques et structurelles. Pas trop tôt, diront les sceptiques. Quand à la concurrence, elle rigole. Récemment de passage à Paris pour une conférence, les fondateurs de Soundcloud semblaient même s’en amuser : «le retour de MySpace ne nous effraie pas». On peut les comprendre. Rarement dans l’histoire du web on a vu des come-backs gagnants. A quelques semaines du nouveau Myspace, le mystère reste entier. En relisant l’ancien slogan du réseau social – « A place for friends » - on est tout de même en droit de se demander si Myspace n’est pas devenu ce pote un peu lourdingue qu’on hésite désormais à inviter aux soirées.

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