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Gesaffelstein : l’homme techno de l’année ?

Gesaffelstein : l’homme techno de l’année ?

En 2012, tout lui a réussi, de son omniprésence en festivals et en clubs jusqu’au succès de son label Bromance. Gesaffelstein, qui a marqué le coup une fois encore à I Love Techno France, est-il le sauveur électro que tout le monde attend ?

Ces deux dernières années l’ont vu passer d’un statut de wannabe surdoué à celui d’icône d’une génération de jeunes fidèles prêts à s’agenouiller devant lui. Ou plutôt devant sa musique, qui ne laisse que peu de chances d’y échapper. Gesaffelstein a réussi un tour de force : remettre de la techno dans l’électro sans paraître passéiste, et même mieux, en réussissant à innover. Il a  joué dans la Green Room, l’une des trois scènes de I Love Techno France, le samedi 15 décembre dernier. Une belle consécration, à la fin d’une année 2012 qu’on peut sans aucun doute qualifier “d’année Gesaffelstein”. Analyse d’un succès qui ne doit rien au hasard.

 

Un cogneur à contre-courant

Vous l’avez remarqué, la turbine a fait son temps, nous voilà en train de nager dans les volutes d’une nouvelle vague de house syncopée, mâtinée de bass music, aux influences ghetto tech, bref, un sensuel hybride qui sort tout droit des fonderies de Sound Pellegrino, Marble Music ou Numbers. Gesaffelstein, lui, il tape. Pas comme la plupart des producteurs turbine d’il y a 5 ans, non, plutôt à la martiale, tel un exécuteur froid et cynique du dancefloor. Son dernier maxi, Rise Of Depravity, montre toute l’étendue du spectre de “Gesa” : soin particulier apporté aux esthétiques sonores, aux ambiances, à l’image mentale que renvoie la musique (en l’occurrence, l’un de ses rétroviseurs est bien calé sur la new wave, si on regarde bien). Selon lui, donc, une track ne marche que si les coups de boutoir sont orchestrés avec un certain sens de la mise en scène sonore. Le genre de musique qui marche aussi bien que tout le reste en club, mais qui sait emplir une arène de son aura dominatrice, comme cela a été le cas à maintes reprises cet été.

 

Une incarnation

Le léger problème de la musique électronique française ces derniers temps, c’est qu’elle manque de charisme, de gueule, de personnages. Non, la scénographie ne fait pas tout, et oui, parfois, un type qui dépasse le cliché désincarné du DJ blasé ou du geek obsédé par sa démonstrativité, ça fait du bien. Gesaffelstein est de cette trempe. La gueule, il l’a. Belle, de surcroît, charmeur en sus, ça ne gâche rien. Sans rien faire de trop pour autant. L’allure, il l’a aussi : noir, presque constamment, la plupart du temps dans des accoutrements absolument classiques et élégants, ce qui casse un poil l’image de la plupart des acteurs de la scène française d’aujourd’hui, qui mettent un point d’honneur à se fringuer comme des sapins de Noël. À croire que son miroir de plain-pied lui renvoie un reflet monochrome : lui seul, au milieu d’une photo de classe en noir et blanc de la promo french touch 2012, s’en sortirait bien. Et ça semble plaire aux jeunes, oserons-nous dire aux filles : Oui, Gesa est une de ces idoles des jeunes, qui l’assume pas mal et il a bien raison.

 

Un historien à l’avant-garde

Voilà une vertueuse aubaine lorsque l’on est jeune, et potentiellement tenté par des sirènes de la hype. Se faire chaperonner par un pilier de l’électronique rhônalpine, en l’occurrence The Hacker, ça a du bon ! C’est le jeune Gesaffelstein qui est aller toquer à la porte de son aîné, à la fin d’un set en club, et Michel Amato a été conquis par le talent du tout jeune homme. Gesa le dit : il n’a pas aimé l’effervescence turbine, qui misait tout sur la puissance sans rien laisser aux autres jauges. Enfant de la génération techno 90’s et electroclash des débuts des années 2000 (d’où le choix de son mentor), il se place en caisse de résonance du “son lyonnais”, évidemment réactualisé. Les deux compères, se nourrissant l’un l’autre, ont fondé le label Zone, à l’esthétique sonore respectueuse de l’héritage techno, sans pour autant brider leur créativité. Cela ne l’empêche en rien de bosser avec son ami Brodinski, le duo étant d’ailleurs inséparable. Leurs mixes sont réputés pour être puissants et imparables, on a pu le constater à plusieurs reprises (leur date au Trabendo pour la Tsugi Super Club était édifiante de sévérité sonore). Leur label Bromance, qui ne se fixe aucune frontière, sert évidemment d’écrin à leurs propres sorties (le dernier maxi de Gesaffelstein figure au catalogue), ainsi qu’à aider des coups de coeur. Les quatre Club Cheval, dont l’EP Decisions vient de voir le jour via cette écurie, est un bel exemple de vitalité. Le lien entre ces quatre jeunes fantastiques et le briscard surdoué qu’est The Hacker ? Le talent, certes, mais aussi un gap aisément comblé par Gesaffelstein, qui embrasse le spectre électronique dans sa globalité, tant que ça tape, et que c’est malin.

 

Un entertainer malgré lui

Son live, qui commence à être rôdé, ne s’encombre pas d’une technique de scénographie gargantuesque. Ses machines sont posées sur une toile aux textures marbrées, qui donne l’impression de le voir jouer sur un autel. Une colonne de lumières froides, presque christiques, éclairent un fond de scène noir, rajoutant au côté “jugement dernier” de l’événement. C’est le genre de chose que vous avez pu vivre si vous vous êtes déplacés à Montpellier pour I Love Techno France.

 

www.gesaffelstein.net