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Brian Eno : De la musique d’aéroport à la musique d’ascenseur ?

Brian Eno : De la musique d’aéroport à la musique d’ascenseur ?

Père spirituel de la musique d’ambiance depuis la sortie en 1978 de « Music for Airports », Brian Eno publie depuis des disques dont on peine à savoir s’ils sont davantage conçus pour les salles d’attente ou les salles de concerts. Avec le dernier en date, « Lux », l’Anglais va encore plus loin avec 75 minutes de calme, de volupté et peut-être aussi d’ennui…

 

Question : depuis quand n’avez-vous pas écouté un album de Brian Eno en entier ? Si l’interrogation est gentiment provocante, force est d’admettre qu’il y a malgré tout un petit fond de vérité, le créateur de l’ambient music ayant depuis publié tellement d’albums sans refrains qu’il est difficile de se rappeler, hormis l’excellent « Another Day on Earth » en 2005, à quand remonte la dernière excitation.

 

La vie de Brian

Il faut remonter très loin pour apprécier le versant pop de Brian Eno, soit l’époque où lui et Bryan Ferry formèrent Roxy Music, certainement l’un des meilleurs groupes glam et expérimental des années 70. Rapidement fatigué par le star-system et le succès des deux premiers albums du groupe où Eno estime avoir tout dit de la pop-music, il décide alors de claquer la porte de Roxy, laissant ainsi Ferry seul aux commandes, pour le résultat qu’on sait. Car s’il est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands chercheurs de la musique contemporaine, Eno n’est pas foncièrement musicien. Sorte d’Einstein de l’harmonie composant plus avec sa tête qu’avec ses dix doigts, Brian a passé les trente dernières années à expérimenter comme un savant fou pour sortir des albums repoussant très loin les limites du bidouillage, quitte à devenir le pape des nouvelles technologies avec la création de Bloom, une application iPad permettant à chacun de composer des mélodies sans rien connaître au solfège. Inutile de préciser que l’application est un succès chez les jeunes parents, ravis de refiler le joujou aux enfants pour tenter d’en faire des geeks mélomanes. Et c’est vrai qu’avec son approche ludique et visuelle, Eno permet à une nouvelle génération d’éviter de se ruiner les doigts sur Angry Birds…

 

Monsieur P(r)op(re)

La véritable injustice pour le chauve surdoué, c’est que depuis qu’il a réussi à transformer Coldplay en machine à billets verts en do majeur, plus grand monde ne s’intéresse à ses albums solos. Et pour cause, difficile de lutter avec les starlettes qu’il a produit tout au long de sa carrière, de U2 à Bowie en passant Grace Jones ou comme évoqué precedemment Coldplay et sa mutation en bête de stade avec « Mylo Xyloto ».
Si l’on peut à juste titre estimer que Brian Eno est devenu un brin soporifique avec ses disques, on peut à l’inverse trouver qu’il s’agit en fait du hold-up du siècle. Capable de canaliser tel un gourou l’égo de Bono ou Chris Martin, et accessoirement de renflouer ses caisses avec des albums qui se vendent à plusieurs millions d’exemplaires, Eno est un schizophrène publiant tous les 2/3 ans des disques intimes inécoutables pour la majeure partie de l’humanité. « Lux » n’échappe pas à la règle et si l’album conviendra surtout aux nouveaux nés au sommeil difficile ou aux touristes du métro trop stressés, il confirme aussi qu’on n’a plus rien à espérer d’Eno sur le versant pop. Reste une poignée de fidèles pour apprécier ses longues plages de musique relaxante digne d’une bande-son de Nature & Découverte, quant aux autres on leur conseillera la (re)découverte de sa trilogie mythique : « Here come the warm jets », « Taking Tiger Mountain » et « Another green world ».

Brian Eno // Lux // Warp
http://brian-eno.net/lux/day-of-light/