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Paul & Fritz Kalkbrenner : Le match

Paul & Fritz Kalkbrenner : Le match

Ils sortent chacun un nouvel album à quelques semaines d’intervalle, ils se placent dans la même lignée, mais les frangins Kalkbrenner ne possèdent pas les mêmes arguments pour réussir à s’imposer dans ce match fratricide. Et le gagnant est...

L’un est dans le business de la techno depuis le XXème siècle, l’autre a gentiment suivi, dans le sillon de son ainé. La dynastie Kalkbrenner, qui a, jusqu’ici, toujours été dirigée par Paul, règne encore en maître sur la techno teutonne, et risque d’asseoir sa réputation une fois encore. Fritz, le plus jeune des deux, vient de sortir son second album, Sick Travellin’, chez Suol, tandis que Paul continue l’aventure sur son propre label avec un Guten Tag qui sonne comme une énième consécration. Cependant, on est en droit de penser que le sceptre peut potentiellement changer de main : Fritz a pris du galon, est reconnu par ses pairs pour ses qualités musicales hors pair, bref, le frangin peut avoir du souci à se faire. Cette rivalité, bien entendu, est un truc de journalistes, tout le monde se doute que l’entente est au beau fixe entre les deux Kalkbrenner. Cependant, nous sommes en droit de nous demander lequel des deux risque de remporter le plus de suffrages, en cet automne 2012. En six points, nous avons tenté de les départager.

 

Expérience : Paul

Forcément, quand on peut afficher douze révolutions terrestres passées à produire de la musique, et cinq de plus à faire le DJ, il semble logique de croire que les trous dans le bleu de travail de Paul Kalkbrenner soient authentiques. Ce mec n’a pas trimé pour arriver au statut qu’il peut revendiquer aujourd’hui : il a carrément galéré. Plus de dix ans d’underground, ça vous forge un homme. Fritz, lui, a tranquillement poussé à l’ombre protectrice de son grand frère, la première preuve de son existence artistique étant le fameux morceau “Sky And Sand” sorti sur Berlin Calling, produit par son frère (ce qui a d'ailleurs propulsé sa carrière) et publié en... 2008.

 

Efficacité : Fritz

Évidemment, tout le monde pensait qu’on allait la donner à Paul, cette victoire. Sa patte est certes plus musclée, plus tubesque, plus “techno de festivals” que celle de Fritz, qui ne semble énerver que certains trentenaires un peu trop fan de soul avec sa musique plus lente, plus tiède. Mais aussi bien plus insidieuse. Les rouages de l’ainé sont apparents, ceux du cadet se dissimulent, pour rendre ses production bien plus addictives au final, en tout cas si on se cantonne à leurs derniers albums respectifs. Ne pas trop flamber, c’est souvent la technique de séduction qui marche le mieux, il paraît. Il y en a un qui a compris, l’autre, moins.

 

Crédibilité : Paul

Il en a bavé, et il a réussi. Il a fait ses armes sur BPitch Control, l’éminent (et pourtant déliquescent) label d’Ellen Allien, il sort aujourd’hui ses disques sur son propre label. Rien qu’au niveau du catalogue, long comme le bras, de Paul Kalkbrenner, il est facile de compter un bon nombre de petits chefs d’oeuvres. Vous vous rappelez de Self, sorti en 2004 ? Nous, oui, et on vous conseille. La charnière de sa carrière, Berlin Calling, est toujours indétrônable, il suffit de voir le nombre de caisses qui en ont été vendues rien qu’en Allemagne (près de 300 000). Si un tel high score ne suffit pas, à lui seul, à prouver la présence d’un potentiel talent artistique, il faut avouer que la valeur Paul est mieux cotée en bourse, en bacs et en festivals que celle de Fritz, dont la notoriété repose encore beaucoup, hélas, sur un nom de famille qu’il a laissé le soin à son frère de porter seul pendant de longues années.

 

Sincérité : Fritz

Vous avez remarqué ? Depuis Berlin Calling, Paul Kalkbrenner a chopé le melon. Genre, il fait de moins en moins d’interviews, il ne parle plus vraiment à ses potes producteurs (lui qui traînait tout le temps avec Sascha Funke) et il enchaîne les tournées monolithiques à cachets faramineux, perché sur un autel blanc, presque christique. Le succès, il n’y a pas photo, ça peut vous gâcher un homme. Fritz, lui, est plus relax avec tout ça. Déjà, il ne peut pas trop se la ramener, il sait d’où vient sa notoriété. Et cela l’aide grandement, d'avoir un grand frère qui se prend pour un entrepreneur en cosmétiques. Ça lui permet, sereinement, de faire de la musique avec les tripes.

 

Sensualité : Fritz

Déjà, Fritz a un atout que Paul n’a pas : une voix. C’est bien pour ça que “Sky and Sand” existe telle que nous la connaissons aujourd’hui, et Paul ne s’est pas trompé en demandant au petit frère de venir pousser la chansonnette. Si Sick Travellin’ ne comporte pas que des morceaux chantés, la plupart, quand ils ne copient pas d’un peu trop près le tube qui l’a fait connaître, dévoilent, autant à la voix qu’à la production, un type sensible aux mélodies, et à la tempérance. Paul, lui, a une autre vision des mélodies, plus accrocheuses, mais moins douces.

 

Swag : Paul

La manche est pliée d’entrée. Même si Paul est plus vieux, sa dégaine de cow-boy en maillot de foot et sa bonne bouille de trentenaire dégarni aux lunettes de soleil vissées sur le crâne explosent tranquillement la barbe disgracieuse de Fritz, qui se la joue un peu plus dandy raté. Il suffit de regarder Berlin Calling une fois pour voir le vrai Paul Kalkbrenner, ce film étant quasi autobiographique. Il possède donc un passé un poil sulfureux en plus de son look de type à la cool, ce qui lui confère une aura que son frère, avec toute la tisane et la gomina du monde, n’arrivera probablement jamais à effleurer.

 

Score final :

Évidemment. Même si cette fin est probablement déceptive, il n’y a absolument pas moyen de faire lever le bras de l’un des deux protagonistes de ce match qui, au final, n’en est pas vraiment un. Tout d’abord, car il n’y pas pas de réelle compétition. Et ensuite, car leurs musiques respectives se ressemblent bien trop pour être départagées ! Qui a copié l’autre, comment se sont-ils influencés entre eux ? Impossible à savoir, mais le résultat est là. Paul et Fritz sont les deux extrémités d’un segment, il est long comme une allumette. Même ADN, même famille, même histoire, et donc même sonorités : on n’imagine pas cela autrement. Libre à vous de faire un choix, mais il est fort peu probable que vous réussissiez à détester l’un si vous adorez l’autre. Une affaire de famille qui roule, donc.

 

Sick' Travellin (Suol)

Guten Tag (Paul Kalkbrenner Music)