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Crystal Castles : « III », avis de tempête sur l'électro

Crystal Castles : « III », avis de tempête sur l'électro

A l’instar de Bruce Willis dans une suite de Die Hard qui verrait le chauve d’Hollywood sauver la planète avec un synthé CASIO, le duo canadien revient pour un troisième round qui ne s’embarrasse pas d’effets de manche. Sobrement intitulé « III », le nouvel album de Crystal Castles donne pourtant l’impression d’être la bande-son d’un blockbuster de fin du monde.

Cinq ans après des débuts plutôt mouvementés, on aurait été en droit d’attendre de Crystal Castles un peu de calme, voire de fainéantise, histoire de surfer sur une vague qu’ils avaient eux-mêmes lancé en 2008. Dans ce monde idéal où les musiciens s’affadissent avec le temps – et les comptes en banque plutôt bien garnis – le duo aurait du enregistrer son troisième album à Los Angeles avec un producteur vaguement connu et on aurait trouvé sur la pochette une image du duo apaisée, voire pourquoi pas souriant, avec un caniche sur les genoux. Le tout porté bien sûr par un single diffusable sur les radios et synchronisé sur une publicité pour une marque de voiture électrique. Comme avec Crystal Castles, rien ne se passe jamais comme prévu, c’est précisément tout l’inverse.

 

« III » est là pour le prouver, encore une fois. Tirée d’une célèbre photo de Samuel Aranda où une mystérieuse Fatima enlace son fils nommé Zayed, le disque est un écho très direct aux polémiques que l'on subit quotidiennement à la télé. Question sexy attitude, on a connu mieux. Et si l’on peut soupçonner Ethan Kath et Alice Glass d’aimer prendre leur fan à contre-pied, « III » s’avère autant politique qu’esthétique. On ne pourra pas dire la même chose de, au hasard, MGMT.      

Musicalement, que nous réserve donc « III » ? Une vague de froid, sans nul doute. Qui colle aussi bien à l’époque qu’à la saison, et qu’on prend dans la face comme un courant d’air dès la piste d’ouverture Plague, espèce d’électro noire mélangée à la dance européenne de la fin des années 90. Si Alice Glass hurle toujours davantage qu’elle ne chante et que Crystal Castles pourrait bien devenir à terme les Kills de l’électro-trash, on reste étrangement surpris par les ressemblances, plus que jamais évidentes, avec l’électro de M83. Particulièrement vrai sur le premier single Wrath of God, l’impression d’écouter de la pop trempée dans la bassine – l’eau est gelée, on précise - se confirme de couplet en couplet, jusqu’au morceau Transgender, avec ses beats synthétiques et son rythme hypnotique. Entre les deux morceaux, un ouragan type Sandy puissance 10 avec une poignée de morceaux sans concession et tout en stridences aigües (on pense à Pale Flesh comme à Insulin) qu’on vous déconseillera vivement lors des repas en famille.

 « Strictly no computer »

Produit par Ethan Kath lui-même et enregistré à Varsovie sans l’aide d’aucun ordinateur, « III » est donc le dernier film d’une trilogie glacée ; rien de plus – ou rien de moins – que la version 2.0 de la chute du mur de Berlin contemplée par une nouvelle génération X. Tant qu’à parler de mur, autant parler de mur du son. Et tant qu’à parler du passé, autant citer le Robert Smith de The Cure, jadis invité sur le titre le plus célèbre de Crystal Castles - Not in love – qu’on a l’impression de voir planer sur ce nouvel album, sans invités. Il faut dire qu’avec un titre de clôture intitulé Child, I will hurt you (à traduire par « non bébé, Crystal Castles n’est pas là pour te faire des câlins »), l’auditeur comprendra rapidement que le duo n’a jamais semblé aussi désabusé, aussi solitaire. Âmes sensibles s’abstenir, la no wave des canadiens n’est pas encore aussi grand public qu’un film de Bruce Willis. Et quelque part, c’est tant mieux.

Crystal Castles // III // Fiction (Universal)        
http://www.crystalcastles.com/