JE RECHERCHE
Labels : La relève existe, nous l'avons trouvée

Labels : La relève existe, nous l'avons trouvée

Ed Banger et Kitsuné fêtent bientôt leurs dix ans avec une santé de fer. Ces deux baobabs du paysage musical français cachent pourtant une nouvelle génération de labels prêts à apporter un nouveau souffle aux musiques indépendantes hexagonales.

Oui, en 2012, il y a encore des gens assez fous pour lancer et diriger des labels. La sphère des musiques indépendantes n'a jamais été aussi florissante, notamment en France, grâce à des écuries actives depuis quelques temps déjà (Ed Banger, Citizen, Kitsuné...) et qui continuent de faire un travail admirable. La cerise sur le gâteau ? Le temps des labels ne sera pas révolu lorsque les repères sus-cités cesseront d’émettre, ouf. A l'heure du "c'était mieux avant", il existe aujourd’hui une multitude de labels émergents qui défendent des esthétiques pointues, des visions ambitieuses, bref, qui tirent la musique vers le haut, à Paris comme ailleurs. Et qui prouvent que l'avenir ne pourra se passer d'eux. En voici cinq, lancés il y a peu de temps, et qui ont pris ces derniers temps l'ampleur qu'ils méritent.

 

Clek Clek Boom

Fondé par French Fries, un ancien de chez YounGunz et particulièrement actif au sein de la scène ghetto-house minimale (dénomination plus ou moins pertinente, on vous laisse juger), ClekClekBoom porte parfaitement son nom. Une claque percussive, un coup dans le plexus, une balle Dum Dum en plein milieu d'une artillerie électronique déjà lourde. Si leurs sorties ne rencontrent pour l'instant qu'un écho qui se limite aux clubs de la Capitale et aux blogs de passionnés, ce label, petit à petit, construit les fondations du futur. Déjà, en faisant mixer les quelques cadres du catalogue, à savoir The Boo, Ministre X et Bambounou, avec des darons de l'électro dont ils sont les amis (Para One, Brodinski...). Ces séries de "Boomcasts" rencontrent un succès fou et mérité. Le rythme des mises en bacs (digitales) est plus que soutenu, les tracks estampillés CCB prennent une place de plus en plus importante dans les playlists de bon nombre de DJ's, bref, après Paname, le Monde.

frameborder="no" scrolling="no" width="100%" height="166">

clekclekboom.com

 

Entreprise

Qui a dit que la chanson était morte ? Il lui fallait juste de quoi redémarrer correctement, dans un milieu qui lui convient, celui de l'indé pur et dur. Entreprise assume son esprit "made in France" dès le départ, puisqu’il s’agit là du leitmotiv de base de cette subdivision du label 3rd Side Records. Vous connaissez Tacteel ? Vous adorerez Jérôme Echenoz, son alter ego chantant, bien éloigné des pérégrinations électroniques de ses premières années. Son premier EP, Le Chrome et le Coton, rencontre un réel succès d’estime, et a réussi à donner un rayonnement certain au Label. La première “soirée d’Entreprise”, qui a eu lieu fin septembre, a posé les bases, et présenté les différentes entités de cette start-up au grand coeur. À ce propos, mention à Lafayette, qui manie l’humour avec une certaine malice, le maxi “Eros Automatique” en est une preuve tout à fait délicieuse. Si ces lignes vous sont passés au dessus de la tête parce que vous abhorrez la chanson et les musiques de petits Français, laissez-nous vous dire une chose : vous allez vous mettre à aimer ça, faites attention.

frameborder="no" scrolling="no" width="100%" height="166">

www.lesdisquesentreprise.fr

 

Cracki

Ce Collectif d'artistes, pour ne pas dire d'activistes, est surtout connu pour son savoir-faire événementiel. Que celui qui a entendu des propos négatifs sur une soirée Cracki lève le doigt ! Que ce soit sur l'une des nombreuses péniches parisiennes prêtes à accepter un peu de son, ou au coeur du parc de Belleville, le cadre est toujours dément, et la qualité du son (de la house à la techno en passant par la pop) est au rendez-vous. Mais figurez-vous que Cracki est aussi un label, et pas du genre à marcher dans les clous. Le cas d’Isaac Delusion est tout à fait délectable. Ce jeune duo de pop, qui vient de sortir son EP Midnight Sun, est probablement l’un des groupes les plus excitants de la scène française à l’heure qu’il est, si tant est que vous êtes branchés par l’onirisme sonore. Plus près de nous, L’Impératrice vient de sortir son premier EP le 22 octobre dernier, son hybride funk / hip-hop / French touch 1.0 étant promis, on vous l’assure, à un bel avenir. Si on ajoute la house de Larcier, l’efficacité de la Cracki DJ Team en soirée et les mélopées techno de Renart, Cracki frôle le sans-faute. Tout ça en ne faisant rien comme tout le monde...

www.crackirecords.com

 

Moï Moï Records

On va oublier Paris cinq minutes, pour le bien commun, et aller se balader dans le sud-ouest, nouveau pôle de créativité partagé entre Bordeaux et le pays Basque. Si la capitale aquitaine peut s’enorgueillir d’une nouvelle jeunesse créative (on note la santé du collectif Iceberg, qui jouera d’ailleurs au Trans Musicales), il existe un label dans ces contrés lointaines, attaché à une organisation plus holiste encore, dont le but est de faire rayonner des talents locaux et, avant tout, qui ne circulent pas sur les mêmes routes que le reste du monde. Moï Moï Records, subdivision de Moï Moï, collectif touche à tout et créateurs d’événements magiques (on pense au Baleapop, l’un des meilleurs festivals électro en France) possède un catalogue d’artistes aussi dément qu’injustement méconnu, mais cela commence à évoluer, et ça nous fait du bien de voir qu’il y a une justice en ce monde. Le twitt de James Holden, programmé à la dernière édition du festival sus-nommé, qui vantait les mérites des entités musicales du label, a sûrement fait bouger les lignes médiatiques. Au niveau de l’actualité, le Copaiba EP, de l’énigmatique Panda Valium, ravira les fans d’électronique bidouilleuse, étrange et chamanique. Matthys et Odei, deux autres entités musicales importantes du label, font également de plus en plus parler d’eux. Les Bordelais auront probablement déjà goûté à leurs performances lives lors des soirées régulières que Moï Moï organise dans les places chaudes de la ville. Un label aussi singulier qu’excitant.

frameborder="no" scrolling="no" width="100%" height="166">

moimoirecords.bandcamp.com

 

Vlek

Bon, c’est pas Français, c’est Belge. Mais ce label, au nom peu ragoûtant de prime abord (“Vlek” étant la traduction de “détritus” en patois brussellois) a réussi à se placer comme une petite autorité dans le monde très sélect des musiques pointues. Noise, post-punk, hip-hop instrumental, musique expérimentale, la ligne esthétique de ce label “vinyl & digital only” est aussi ambitieuse qu’indéfinissable en l’état. Vlek s’apprête à passer le cap des deux ans, une prouesse pour une structure au business model reposant avant tout sur le volontarisme des passionnés qui achètent les nouvelles sorties, souvent pressées à tirage limité et aux pochettes sérigraphiées, des artistes de la famille. Citons Squeaky Lobster, jeune beatmaker hip-hop qui ferait pâlir d’envie n’importe quel membre de Brainfeeder, voir Flying Lotus lui-même. Ses lives, notamment, sont tout à fait réjouissants, et ça tombe bien, la France aime bien le programmer régulièrement. Ssaliva et Cupp Cave, les deux projets d’un certain Francois Boulanger, marquent l’esprit par leur composition barrée et étrange, sans pour autant cracher dans la soupe de la pop. La qua-li-té, quel que soit le prix à payer, voilà le credo de Vlek. Et c’est visiblement ce principe actif qui commence à faire effet.

frameborder="no" scrolling="no" width="100%" height="350">

vlek.tumblr.com