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Alex Gopher : Retour sur les années French Touch

Alex Gopher : Retour sur les années French Touch

En 1999, le collectif H5 réalise le clip de The Child, monument de la French Touch d'Alex Gopher. Douze ans plus tard et à l’occasion de l'exposition HELLO™ H5, à la Gaité Lyrique, le musicien français leur offre un titre électro dans la production et dans le son mais pop dans la forme avec au chant la moitié de Saint Michel, annoncés comme la relève de ce même mouvement. Comme l'étiquette French touch se retrouve désormais collée partout comme gage de qualité, Green Room Session est parti demander à Alex Gopher son avis sur la question.

Alors qu’un premier extrait du prochain album d'Alex Gopher est déjà disponible, le mystère plane encore sur le contenu de cette suite musicale. En attendant d'en entendre plus, on comble notre impatience avec la B.O. du film Motorway, son autre projet avec son compère de longue date Xavier Jamaux avec qui il signe la B.O. du film produit par Johnnie To. 

Acteur encore plus que témoin de la French touch, on est allé le rencontrer dans son studio au cœur de Paris où il s’est gentiment prêté à cette rétrospective subjective et forcément incomplète de quelques noms de la French touch, célébrés ou trop vite oubliés, qui ont chacun apporté leur touche à la transformation de la musique depuis une quinzaine d'années en France et même au-delà. L’occasion d’un ping pong avec Gopher sous la forme de mots clefs.

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L’influence de la French Touch sur la nouvelle génération

« Si la French touch s’est appelée ainsi ce n’est pas pour rien, c’est parce qu’il y avait une réaction nouvelle venant de l'Angleterre ou aux États-Unis vis-à-vis de la musique française et que c’était la première fois qu’il se mettaient à écouter de la musique qui venait de France avec une spécificité de son qui n’existait pas chez eux. Dans les 60’s il y avait des covers de chansons américaines donc ce n’était pas nouveau, il y a eu bien sur Gainsbourg, mais ce n’était pas une scène. Donc ce changement, pour tous ceux qui sont arrivés derrière, c’était un espoir. »

 

Les débuts d'Orange

« Orange était notre premier groupe catalyseur dans lequel on s’est retrouvé avec Xavier Jameaux, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel [du groupe Air]. On était des jeunes cons très fiers de notre musique et on se disait : “on peut y arriver”. Mais on s’est vite pris une gifle par les maisons de disques qui n’étaient pas intéressées parce qu’on chantait en anglais. Ça a remis en cause plein de choses dans la musique qu’on faisait et ça nous a surtout obligés à passer à autre chose. On a donc laissé de côté cette pop assez anglo-saxonne qu’on faisait à l’époque pour faire des morceaux utilisant les nouvelles technologies, avec l’arrivée des samplers et des ordinateurs. On est arrivés dans cette brèche et on a compris qu’il y avait un truc nouveau à faire, qui était beaucoup plus « sans-frontières » car initialement instrumental. »

 

Louba/Etienne de Crecy/Zdar

« Un peu comme pour Orange, Étienne faisait un groupe qui s’appelait Louba mais qui s’est arrêté par manque de succès. Puis il a rencontré Philippe Zdar et ils ont commencé à faire de la musique avec des samplers. Finalement on a tous eu la chance d’avoir été là à un tournant de l’histoire de la musique et d’avoir eu accès à une nouvelle technologie. »

 

Air

« Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel ont réussi à mettre beaucoup des influences de Orange. De mon côté, je les ai longtemps occultées car je suis parti dans l’électro, très influencé par la black music, la soul, le funk. Toutes ces influences pop, je les ai mises de côté pendant un moment, mais à un moment j’ai eu besoin d’y revenir, sur un album [« Alex Gopher », sorti en 2007, ndr]. »

 

Bang Bang

« J’ai commencé à faire de la musique avec Xavier Jamaux avant même de commencer Orange. Il y avait une boutique de disques à Paris qui s’appelait New Rose et qui était aussi un label. On y vendait une K7 car à l'époque on ne faisait pas les mixtapes sur CD, on avait fait un site aussi. Avant Bang Bang, Xavier était dans Ollano avec Marc Collin et Helena Noguerra, ce qui était un peu le versant pop de ce premier mouvement French touch. Ils avaient le côté pop de Air mais avec un côté plus chanson et déjà assez cinématographique. Il a fait Bang Bang après dans la même veine électro pop et s’est lancé dans la B.O. Nous avons d’ailleurs collaboré récemment sur celle du film Motorway produit par Johnnie To.»

 

Alan Braxe

« Ça a commencé pour lui par Stardust avec Benjamin Diamond et je pense que toute sa carrière a été conditionnée par son énorme tube Music Sounds Better With You. Il a une part importante dans le son French touch en tant que cliché, c'est à dire la première chose à laquelle pensent les anglais, c'est en partie à ce son avec lequel il a eu la force d'arriver. Puis il y a son titre Intro, un énorme tube en club. »

 

DJ Falcon

« Comme Alan Braxe, il n’est pas l’un des noms les plus productifs mais il a une part extrêmement importante dans le son French touch tel qu’il est perçu en premier, même s’il y a plein de sons French touch en vérité. »

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Benjamin Diamond

« Il y a donc eu les débuts avec Alan Braxe dont on a parlé avant, mais ensuite il a eu comme moi ce besoin de se retourner vers la pop. Il n’a pas pu se satisfaire d’une carrière électro avec les difficultés que ça comporte car c’est un peu compliqué pour le public et pour la presse de suivre. »

 

Oizo/Laurent Garnier

« Quentin Dupieux a fait le clip pour mon titre Party People et on s’est remixés mutuellement. Je me sentais plus proche de lui que du reste de l’écurie FCom (Laurent Garnier etc..), qui avaient un côté très puristes de l’électro qu’on n'avait pas avec Etienne de Crecy sur notre label Solid. On aimait chez Oizo son côté foutraque car il était capable de mettre plein d’influences dans sa musique. C'est pour ça que n’est pas du tout étonnant qu’il se soit retrouvé par la suite chez Ed Banger ; il avait ce côté éclectique qu’il y a habituellement dans la French touch. Laurent Garnier lui est éclectique plus dans ses sets quand il est DJ tandis que sa musique va plus dans une seule direction. »

 

Daft Punk

« En plus de faire les choses différemment et d’avoir la même exigence artistique que nous, ils ont eu un succès planétaire incroyable. Ils ne montraient pas leur gueule, et leur premier album, que j’adore encore aujourd'hui, n’est quand même pas de la musique facile et pourtant ils en ont vendu un million, tout en imposant à une major leur façon de faire. »

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Phoenix

« Phoenix est devenu un emblème de la French touch et on est pourtant très loin de la pure électro de Superdiscount. Et c’est grâce à eux aussi qu’on fait encore la filiation entre la French touch et de jeunes groupes très pop comme par exemple Saint Michel, avec qui j’ai récemment collaboré, complètement sous le charme de leur son très frais. »

 

La relève de la French Touch, aujourd’hui ?

« Il y a vraiment un truc qui se passe à Reims avec Yuksek, les Shoes, Brodinski, Gesaffelstein... Nous à l’époque c’était Versailles, et je crois ne pas me tromper en disant que tout ce qui s’est passé à la fin des années 90 permet ce qui arrive aujourd’hui, c’est la suite logique. La presse, le public international sont ouverts. Et souvent les jeunes musiciens incluent la French touch première génération à leurs influences, qu’ils fassent de la pop, de l’électro, du rap.
Ed Banger et Kitsuné, donc Pedro et Gildas qui ont été les deux managers des Daft Punk, ont monté des labels pour produire des artistes de cette nouvelle génération. Quand je vois Justice, je trouve qu’ils ont beaucoup empruntés aux Daft Punk pour le côté image et marketing, mais qu’au niveau du son, ils ont apporté quelque chose qui n’existait pas avant. Ils ont emmené une vraie pop à l’édifice French touch. »

Les Arts Décoratifs : Expo French Touch (Graphisme/Vidéo/Electro) jusqu'au 31 mars.
La Gaîté Lyrique : Expo HELLO
H5 jusqu'au 30 décembre.

 

Charline