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Placebo : Brian Molko, KO ?

Placebo : Brian Molko, KO ?

Rarement dans l’histoire du rock tel groupe aura si bien porté son nom. Après presque une décennie à porter le rock anglais des années 90 sur leurs maigres épaules, les trois membres de Placebo reviennent avec un EP qui lui-même préfigure d’un nouvel album à paraître au printemps 2013. Mais près de quinze ans après sa sortie d’usine, le médicament fait-il encore effet ?

A regarder la carrière du groupe à l’envers, on a parfois l’impression qu’il y a un avant et un après 2007, plutôt une très mauvaise année pour Placebo. Alors que « Meds » est sorti l’année précédente, Molko fait alors reparler de lui avec un procès intenté à Voici pour une publication de clichés de lui au civil, démaquillé, promenant son bébé en poussette au zoo de Vincennes. Si le respect de la vie privée est bien évidemment  ô combien défendable, il ne fallut pas attendre longtemps pour que les mauvaises langues parlent d’un jeu de dupe pour cet adepte des jupes (sic) qui depuis dix ans déjà défendait une esthétique à la fois androgyne, glam et résolument sexuelle. Outrancier et provocateur sur scène, la vie de Brian au civil semblait résolument terne et pour employer un terme à la mode, tristement « normale ». Suffisamment pour écœurer une partie des fans qui, un peu naïfs on vous l’accorde, avait jusque là cru que Placebo se couchait sans se démaquiller le soir, à coté de partenaires masculins ou féminins, au choix.

 

"Placebo a gâché ma vie"

Cinq ans après ce fait divers qui eut surtout pour effet de briser l’image du trio, Placebo comptait certainement revenir sur le devant de scène sans casseroles au derrière. Et alors que sort l’EP « B3 » avec cinq nouvelles chansons du groupe, voilà que l’adolescent qui trônait en couverture du premier album éponyme de Placebo, sorti en 1996 sort du silence. David Fox était alors âgé de 16 ans. Et de son aveu, avoir été associé à l’image du trio a « gâché sa vie ». Si l’on peut s’interroger sur les vraies intentions de ce procès (pure vénalité ou vrai traumatisme ?), Placebo refait aujourd’hui surface, certes, mais pas encore par la bonne porte.

Une fois mis de coté toutes ces rumeurs et autres histoires de coulisses, que reste-t-il vraiment à se mettre sous la dent, coté musique ?  On est tenté de répondre « pas grand chose », tant Molko et son groupe remodelé (le batteur Steve Hewitt a été licencié en 2007 pour utilisation abusive de, euh, différentes substances) donne ici l’impression de rejouer la même partie que dix ans plus tôt. Des cinq morceaux présentés sur l’EP, aucune surprise ni véritable changement sur l’orientation musicale prise depuis les débuts ; et ce qui pourrait s’apparenter à de la fidélité s’avère être aussi un bégaiement où Placebo donne l’impression de servir le même rock qu’avant, et en moins bien. Un EP pour les fans, un EP de trop, un coup d’EP dans l’eau ? En attendant d’écouter le prochain album à paraître en 2013, et alors que le groupe fêtera alors ses – déjà – 19 ans d’existence, deux des titres de ce même EP interpellent : I know you want to stop et Time is money. A se demander si toutes les clefs de l’énigme Placebo ne se trouvent pas dans le nom de ses nouvelles compositions.

Placebo // EP « B3 » // Universal
http://www.placeboworld.co.uk/