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Stuck In The Sound : les 5 marches de l’Olympia

Stuck In The Sound : les 5 marches de l’Olympia

En dix ans de carrière, Stuck In The Sound a réussi à s'imposer comme le meilleur groupe de rock hexagonal, en toute simplicité. À quelques jours d'un Olympia aux airs de consécration, retour sur cinq étapes de leur parcours.

Samedi, c’est décidé, c’est Olympia. Pour Stuck In The Sound, l’affaire n’est pas mince à gérer : la salle possède une histoire, et se louper là dedans, c’est un peu comme marcher sur les pieds de la fille de sa vie lors du slow du bal de fin d’année. Nous, on ne se fait pas trop de bile pour eux. Pour pleins de raisons, dont la meilleure est que “Stuck” est probablement le meilleur groupe de rock français en activité. Tout simplement. Même si tout le monde sait que jouer à domicile peut comporter son lot d’appréhensions, les Parisiens ont a priori prévu le coup. Ils commencent à avoir l’expérience, il faut bien avouer, dix ans de métier, ça forge. Et surtout, ils ne se sont jamais ratés lors des moments cruciaux de leur carrière. En voici cinq qui, enchaînés, les ont amenés là où ils sont aujourd’hui.

 

2004 : se faire entendre

Deux ans se sont déjà écoulés depuis la formation du groupe, autour de José Reis Fontao (guitare, chant), Emmanuel Barichasse (guitare), Arno Bordas (basse) et François Ernie (batterie). Inutile d’épiloguer sur les influences qui les ont poussées à se rassembler, on sent d’ici le gras des cheveux de Kurt Cobain et d’un paquet de formations alt-rock américaines des années 1990. Pas idiot ça, de garder des références solides à une époque où tout fout le camp. Le temps est au rock, l’électro se tait et se complaît dans son conservatisme, il est donc conseillé de s'y mettre et de jouer fort, dans une tonne de concerts. Des concerts qui auront fait la réputation du groupe parisien, dont les accords résonnent jusqu’aux bonnes oreilles. Premier coup de tampon sur le passeport, et pas des moindres : CQFD, l’emblème d’un adoubement du sacro-saint magazine musical Les Inrockuptibles (devenu depuis Inrocks Lab). Pas besoin de remporter un prix pour apparaître sur cette compilation qui, comme à chaque fois, se refile de main en main. Il est donc plus que temps de poser un peu de son sur disque : Après un passage par la case “EP”, Stuck sort son premier long-format à 500 exemplaires, dans un esprit purement DIY. Aujourd’hui encore, le débat existe : a-t-on bien affaire au premier album du groupe, vu la longueur de l'œuvre, son côté « démo » et son nombre d’exemplaires ? Peu importe, la légende est ce qu’elle est, une excellente colportrice de succès.

 

2006 : marquer le premier essai

Un label ! Comme quoi, graver ces 500 galettes, ça a servi à quelque chose. Et les concerts aussi, d’ailleurs. Stuck In The Sound sort Nevermind the Living Dead en octobre 2006, sur Discograph. Au programme, 13 morceaux qui regardent largement vers l’arrière, l’agglomérat rassemblant les meilleurs postes composées par le groupe ces quatre dernières années. Dans la liste, le titre "Toy Boy", premier gros tube du groupe, qui finira même dans Guitar Hero. L’album se vendra à 10 000 exemplaires, un exploit pour une introduction dans le monde de la musique enregistrée, surtout à cette époque. Plus de cent concerts suivront, notamment aux Eurockéennes, et même aux Vieilles Charrues. Cette période est charnière : en effet, les Stuck, usés, fatigués et frustrés de jouer les mêmes morceaux depuis une éternité, vont faire un lifting. Salvateur, cela va sans dire.

 

2009 : définir un son

Loin de nous l’idée de comparer Stuck In The Sound à Radiohead, mais on pourrait comparer Nevermind the Living Dead à Pablo Honey. Le suivant, Shoegazing Kids, serait une sorte de The Bends, qui définirait le son Stuck, et la direction du groupe pour les années à venir. Un moment à ne pas rater, a priori. En trois semaines, c’est composé, le thème est clairement unifiant (l’adolescence, et tous les tourments qui vont avec), un son, qui n’a pas été partagé entre trois tonnes d’ingénieurs du son, un seul producteur, en la personne de Nick Sansano, qui a tourné quelques potards pour Sonic Youth (une autre référence du groupe)... Bref, un album extrêmement homogène dans son approche, qui semble dire au monde que ceux qui l’ont fait ont une identité, une vraie, et que rien ne viendra le leur enlever. Ces Shoegazing Kids, au fond, ce sont eux, du moins ceux qu’il étaient lorsqu’ils avaient de l’acné. En prenant un des sujets préférés de la tradition rock, Stuck marque ainsi son détachement avec une frange “cultureuse” de l’indie français, tout en se foutant royalement des modes. Bref, Il y a Stuck, et il y a les autres. Résultat, les autres ont presque tous été remplacés par une pâle copie. Eux, ils frappent toujours aux grandes portes.

 

2011 : montrer les dents

La tournée qui a suivi la sortie de Shoegazing Kids a mis tout le monde d'accord, le groupe a trusté les médias rock, bref, on n'a eu d'yeux que pour eux, pendant un temps. Forcément, lorsqu'un cycle se termine, le soufflet retombe. Voilà probablement la partie la plus difficile à gérer pour un groupe qui n'est pas nécessairement habitué à pondre un album tous les 18 mois, comme il est de bon ton de le faire ces temps-ci. De plus, Stuck n'est pas le genre de groupe à faire du vent, à envoyer des mixtapes pour meubler l'espace, bref, ils ont fait une pause, comme il est légitime de le faire. Et pour revenir d'une pause, il faut le faire en faisant grand bruit. "Bandruptcy", vous connaissez ? C'est le premier morceau de leur dernier album à avoir fuité, non sans réflexion sur la stratégie de réapparition en amont. Stuck In The Sound a boosté la production, et montre ainsi que s'il avoue avoir une ambition à long terme, il n'est pas question de se la jouer "album de la maturité". Pursuit, qui sortira tout début 2012, est en toute logique leur album le plus abouti à ce jour. La reconquête du trône était un jeu d'enfant.

 

 

20 octobre 2012 : afficher complet dans un Panthéon musical

Et c'est bien parti pour. Toutes les étapes précédentes, gérées avec une sincérité indéniable, les ont amenés à cette nouvelle marche qu'il convient pour eux de savourer avant toute chose. Car Stuck n'a plus grand chose à prouver. Ils ont récemment déclaré avoir l'intention de jouer des morceaux jamais joués auparavant, tenter des arrangements, bref, ils vont tenter de reconquérir encore une fois leur public fétiche, celui de Paris, qui les a vus d'innombrables fois et dont l'exigence leur fait honneur. Et après ? "On va être bien contents que ce soit passé et de repartir avec nos nouveaux points d'expérience vers la route, ses surprises et ses rencontres" a déclaré José Fontao il y a quelques jours. Humbles, qui plus est. Il risque d'y avoir encore quelques étapes dans leur histoire...

 

Pursuit (Discograph)

En concert à l'Olympia (Paris) le 20 octobre

www.stuckinthesound.com