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Compilation « Education Française » vol. 1 : Les révisions pop pour la rentrée

Compilation « Education Française » vol. 1 : Les révisions pop pour la rentrée

A l’heure où le ministre de l’Education rallonge la semaine des moins de 18 ans, le label Columbia aidé par un suppléant de luxe (JD Beauvallet des Inrocks) concocte un manuel d’apprentissage de la pop made in France où se croisent Lescop, La Femme, Granville, Juveniles et plein d’autres chanteurs prometteurs. A l’heure du produire français, on fait le point sur cette génération d’écoliers qui n’a pas besoin de tricher pour réussir.

A peine le temps de faire les devoirs de vacances avec le premier album de Lescop, célébré aux quatre coins de la France, que voici déjà venue l’heure du programme de l’année 2013 avec « Education Française », à paraître le 5 novembre prochain. Avec dans la marge une série d’artistes français passionnants tels qu’on n’en a rarement entendu ici, qu’il s’agisse de la pop 80’s de La Femme, des refrains innocents de Granville ou des mélodies versaillaises de St-Michel. Pour faire le point sur ce manuel finalement pas très scolaire, le rendez-vous est pris avec Philippe Gandilhon, responsable artistique chez Columbia, à qui incombe la lourde tâche de nous expliquer comment ce qui aurait pu être une méthode de pop pour les nuls est au final un bel objet avec 20 chansons et autant d’artistes autant influencés par Cure que Joy Division ou… Etienne Daho.

Ancien mod et toujours rockeur, le Directeur Artistique a vu la déferlante pop arriver de loin. Et contrairement à d’autres compilations qui surfent sur la vague – on pense au phénomène des bébés rockeurs - « Education Française » évite l’écueil du collège flou flou flou qu’on aurait pu craindre. Portée par une sélection exemplaire où l’on regrettera simplement l’absence de groupes tels Aline, Av ou Wagner, la compile sort quelques mois seulement après la naissance du mouvement. Comment s’est donc organisé ce tour de France de la pop, et comment le duo Gandilhon & Beauvallet est-il parvenu à faire pédaler tout le monde aussi rapidement ? « Je ne sais si c’est rapide » explique le D.A. de chez Columbia, « en tout cas on sort le disque comme on le voulait initialement, c’est à dire pile au bon moment. Il fallait que la photographie s’arrête sur la vérité d’un mouvement émergent, même s’il n’y a pas vraiment de point commun entre tous les artistes de la compile, hormis l’envie inédite d’une pop désinhibée qui vient, qui plus est, des quatre coins de la France ».

 

Mélange d’artistes déjà signés et d’autres dit indépendants, ce premier volume a donc été réfléchi comme une cartographie à l’instant T de ces jeunes musiciens qui consacrent toute leur énergie à faire sonner la pop différemment dans un pays où Johnny et Benabar squattent encore les têtes de gondole. Pas gondolé pour autant, « Education Française vol. 1 » contraste d’avec toutes les aubaines commerciales telles qu’on les évite dans les supermarchés. Comme l’explique Philippe, la compile « n’est pas née dans un département marketing, plutôt un disque conçu par des kiffeurs de musique ». Avec l’aide de JD Beauvallet des Inrocks – « un véritable amateur de musique », les deux ont passé six mois à échanger via Skype pour monter le tracklisting idéal de ce volume 1. Qui comme l’indique le D.A. de Columbia annonce au moins un second volume dont on peut se demander s’il ne sera pas réservé aux redoublants.

A l’autre bout du fil, Philippe évite le tacle d’un revers de main : « disons qu’on a la prétention d’avoir voulu faire quelque chose qui mélange du qualitatif et des prises de risque. Après tout, pourquoi avoir voulu mettre Pegase, Equateur ou Bengale plutôt qu’Aline et Pendentif ? ». En voilà une bonne question. Parce que si la majorité des artistes présents sur le volume 1, de St-Michel à The Bewitched Hands, sont émergents, on peut tout de même s’interroger sur la présence de Lou Doillon, The Shoes ou Singtank sur ce qui devait être réservé à des débutants de la pop. Produit d’appel artistique ou appel d’air commercial ?  « Y’a un moment où faut savoir trancher… » répond le principal intéressé, « on assume nos choix et dieu merci ça n’a été mal pris par personne. Forcément, il y a des heureux et quelques déçus… et pour revenir à ta question, la volonté de cette compilation c’est qu’elle marche, qu’elle rencontre un public qui connaît Lou Doillon, Singtank ou les Bewitched et qui, du coup, découvre par la même occasion d’autres artistes encore méconnus ». Les artistes les plus connus de ce volume 1 sont donc des locomotives pour les wagons pop, okay.

 

A regarder la carte de France très subjective de cette « Education française, on note que la majorité des groupes sélectionnés viennent de l’ouest, de Caen à Bordeaux en passant par Biarritz. Comment expliquer ce coté très « west coast » de la pop en France ? L’est aurait-il été délaissé, ou les refrains catchy seraient-ils ancrés, culturellement, sur la côte ouest de notre doux pays ? « Moi je suis Lyonnais d’origine et c’est vrai que je ressens une énorme frustration de ne pas avoir découvert un groupe génial sur Lyon, ou même à Saint-Etienne. On a eu assez peu de propositions du sud de la France, alors certes on a peut-être raté des gens, mais c’est vrai que naturellement toute la cote Atlantique, de la Normandie au Pays Basque, est davantage force de propositions pour ce genre de groupes ». On le coupe, en répondant qu’on verra bien dans dix ans si des niçois sauront par exemple renverser la tendance. « Ah non non non ! » s’exclame Gandilhon, « on verra dans six mois avec le volume 2 ! ».A peine le temps de souligner le french paradoxe ultime de cette compilation – la majorité des artistes y chante en Anglais – qu’on arrive déjà au bout de cette discussion revigorante.

 

En guise de dernière question pour la route, on demande à ce Directeur Artistique expérimenté et sympathique quel conseil il pourrait donner à un jeune groupe de pop pour percer dans les classements, ou simplement espérer une présence sur le volume 2. « Ce que je vais dire va peut-être sembler rabat-joie, mais je n’ai jamais vu un groupe développer une belle histoire en écrivant quatre chansons et demi. Aussi, il ne faut jamais reculer devant la proposition du live. C’est aussi valable dans notre Education Française la quasi totalité des groupes, sans partenaire particulier (sic), ont su trouver des salles de répétitions, des concerts, ou constituer un cercle de gens autour d’eux pour les aider. Aujourd’hui un artiste sait se professionnaliser beaucoup plus tôt ». S’agit-il de la première génération post-Myspace ? « Ouais, surement » répond-il, « maintenant moi ce qui m’intéresse c’est la génération post-Facebook ! ». Chers artistes, vous voilà prévenus : pour sortir du bois de la pop française, ne reste plus qu’à sortir de l’écran pour vous faire repérer par les radars de Gandilhon & Beauvallet. Suite au prochain épisode avec un volume 2 à paraître en 2013.

« Education Française volume 1 // Sortie en novembre chez Columbia Sony
http://www.educationfrancaise.fr/

Tracklisting

1. Concrete Knives : Brand new start – 3’16
2. Lescop : La forêt – 4’41
3. St-Michel : Katherine – 4’34
4. Singtank : Superstar – 2’51
5. The Shoes : Wastin’time - 3’46
6. Séverin : La revanche – 4’05
7. The Popopopops : R’n’R – 4’06
8. Equateur : Haunted – 4’03
9. Bengale : Le dernier tramway – 4’16
10. Von Pariahs : Someone new – 3’05
11. Pegase : Without reason – 4’12
12. La Femme : Sur la planche – 3’45
13. Caandides : Rio – 4’59
14. Lou Doillon : I.C.U – 4’03
15. Hyphen Hyphen : Major Tom – 3’43
16. Damien : Drague – 3’53
17. The Bewitched Hands – Thank you, goodbye, it’s over – 2’26
18. Granville : Jersey – 3’08
19. Juveniles : Through the night (Yuksek rrmx) – 5’03
20. Woodkid : Brooklyn – 3’35