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Boys Noize, l'entrepreneur électro

Boys Noize, l'entrepreneur électro

Alex Ridha, on l'aurait presque oublié ces derniers temps, fait d'abord et avant tout de la musique sous le nom de Boys Noize. Son dernier album, Out Of The Black, semble crier au monde qu'il faut compter sur lui dans le cercle restreint des producteurs électro incontournables. Il a des atouts pour ça.

 

Trois ans bien tassés que Power, excellent et mésestimé second album de Boys Noize, est sorti. Alex Ridha n'était déjà plus, à l'époque, le jeune freluquet surdoué que les médias s'évertuaient à dépeindre. Oï Oï Oï (2007) a posé un son, une texture de lignes de synthé, une agressivité tubesque qui font encore autorité aujourd'hui. Il a préféré s'en éloigner, naturellement, n'ayant plus rien à prouver dans la sphère qu'il s'était créé. Power a donc dérouté, puis Boys Noize est parti en tournée, a continué à travailler d'arrache-pied sur son label Boys Noize Records, a collaboré avec la moitié de la Terre... Aujourd'hui, rares sont ceux, dans le monde du dancefloor mondial, qui n'ont pas croisé, de près ou de loin, le chemin du bonhomme. Boys Noize est-t-il devenu une marque ? Alex Ridha prônerait évidemment le contraire, même si, quand on y regarde de plus près, la toile qu'il a tissé année après année semble aussi solide que son ambition. Voici les cinq cordes les plus affûtées de son arc.

 

BoysNoize Records, la maison mère

Quoi de mieux que de se passer des canaux conventionnels de distribution en créant son propre label ? Nous sommes en 2005. Alex Ridha, alors très jeune (23 ans au compteur) et déjà actif depuis quelques temps (des maxis circulant déjà sur International Deejay Gigolo Records et Datapunk) décide de fonder ce qui deviendra l’écurie la plus productive d'Europe en termes de sorties depuis lors. Les siens, tout d’abord, puis ses albums. Sa garde rapprochée (D.I.M, Housemeister, Siriusmo) sont évidemment estampillés du sceau sacré, et de nombreuses compilations amènent des noms plus lointains dans le giron “BNR”, les prétextes étant souvent gouleyants (on se rappelle tous de l’excellente “Super Acid’, rassemblant la crème des producteurs du moment, TB-303 à la main). Récemment, la présence du dernier single de Peaches a pu dérouter quelque peu certains puristes de la cause dancefloor, mais la plupart ont vu dans ce mouvement d’ouverture un placement de billes futé, et surtout un acte amical. Car BNR, c’est avant tout une histoire d’amitié entre Alex Ridha, au centre de la toile, et de sa multitude de potes.

 

Le réseau Boys Noize

Au delà du fait qu’il est aussi talentueux qu’hyperactif, Boys Noize est aussi altruiste. On peut parler remixes, par contre, nous allons éviter de les énumérer, on se demande même si lui-même sait combien il a pu en faire. De Chemical Brothers à Black Eyed Peas, en passant par Röyksopp et même Daft Punk, il semble avoir les mains dans le cambouis pour soutenir toutes les causes (même les plus désespérées). Ce qui ne l’empêche pas de bosser pour du plus petit calibre, et c’est tant mieux. Dernièrement, on l’a vu mentionné aux crédits du dernier album de P.O.S, We Don’t Even Live Here, ce qui prouve qu’il sait produire aussi pour les autres, et en dehors de sa zone de confort.

 

Liaisons heureuses

Cet été, sans clairons particuliers, est sorti un maxi, d'un certain duo nommé Dog Blood, conjointement sur Boys Noize Records, et sur OWSLA, l'écurie montée par l'emokid reconverti Skrillex. Tous les petits curieux se sont lancés dans un sympathique jeu de piste, en recoupant les interviews des deux potentiels incriminés (le second étant Boys Noize, vous l'aurez saisi), leurs comptes Twitter, et celui, créé pour l'occasion, de Dog Blood. Pas besoin de dépenser trop d'énergie pour comprendre que ce duo improvisé réunit effectivement les deux stars, même si elles se sont bien gardées de l'expliciter ouvertement. Résultat : un buzz efficace, boosté par un écran de fumée a peine percé par quelques hashtags. Une parenthèse électro-acid qu'on imagine rafraîchissante, au même titre que celle, entamée avec Mr Oizo, de Handbraekes. Annoncée de manière plus conventionnelle, l'association a de quoi faire fantasmer. Et ça n'a pas raté. Plus que des parenthèses récréatives, les side-projects de Boys Noize semblent choisis avec une parcimonie toute particulière. Et ça ne nous étonne qu'à moitié.

 

Hégémonie scénique

Si vous répondez non à la question "avez-vous déjà vu Boys Noize sur scène ?", vous pouvez commencer à vous considérer comme ringard. À moins que ce ne soit lui qui le soit devenu malgré lui, à force de tourner de manière incessante ? On lui doit le fait d'avoir démocratisé, à sa manière, un style de mix “au cut”, au rythme très soutenu, à l’opposé de la progressivité d’un DJ-set de techno classique. Le résultat, dynamique, a évidemment fait des émules, la génération “turbine” ayant, quelque part, trouvé son parrain. La prochaine étape du monsieur : un live, un vrai, avec scénographie en béton et tutti quanti, qu’il a déjà commencé à faire tourner de manière soutenue, comme s’il était impossible pour vous d’en réchapper. Il s’arrêtera à la Cigale (Paris) le 2 novembre, pour satisfaire les envies de gros son de sa fan-base, très dévouée. Après, le Monde ?

 

Out Of The Black, la pierre angulaire

Trois ans pour ça ? Il est possible que pas mal de monde en arrive à cette conclusion en écoutant Out Of The Black, le troisième Boys Noize, annoncé bien en amont et buzzé comme il se doit, via un joli compte-gouttes sonores tout à fait appétant. Dur de savoir si Ridha considère cet effort comme celui de la maturité. À l'écoute, cela nous semble évident. Ce mélange bien pensé de ses deux précédents disques, couplé à ses expériences collaboratives et au son développé lors de certains exercices de styles auquel il a pu s’essayer lors de certains maxis, est la synthèse quasi-parfaite de ce producteur qui, et c’est l’une des ses principales qualités, contrôle la cohérence de son personnage à la perfection. Il est bien possible que cela soit le défaut de ce nouvel album, trop pensé, trop propre pour dégager la sincérité de ses précédents efforts. Nous n’avons aucun doute, cela n’empêchera pas Boys Noize de l’imposer comme l’un des disques événementiels de cette fin d’année, et c’est bien normal, car il a transpiré pour ça. Lui qui a commencé à mixer en 1996 (on vous laisse faire le décompte de son âge...), il a réussi son objectif : être quelqu’un qui compte dans le milieu de l’électro mondiale. Chapeau, quoi qu’il en soit.

P.S. : Vous pouvez tenter de gagnez vos place pour le live de Boys Noize à la Cigale le 2 novembre en suivant ce lien