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Vitalic, l’interview : "Suivre la vague de la hype, c’est assez dangereux"

Vitalic, l’interview : "Suivre la vague de la hype, c’est assez dangereux"

Avec son air austère et ses beats raides comme la justice, Vitalic pourrait être ce mouton noir de l’électro française qui refuse de suivre le troupeau fluo. Confirmation avec son troisième album à paraître, « Rave Age », qui prouvera une fois encore que le trentenaire cherche davantage à faire danser l’auditeur, plutôt qu’à le faire marcher pour rien.

A quelques semaines de la sortie de « Rave Age », qui permet au passage de relever un jeu de mot de circonstance, Green Room Session est parti poser quelques questions à Vitalic, pour faire le point sur les années rave, sur la radicalité de sa musique – garantie sans concession commerciale – et aussi sur le besoin d’évoluer quand on a plus l’âge de rentrer dans un jean slim taille 36. Porté par des hits pop en puissance comme Fade Away, Under Your Sun ou d’autres plus durs comme Vigipirate, « Rave Age » est une superbe occasion pour (re)découvrir ce pince sans rire de l’électro. Interview.

La bio de « Rave Age » parle – dixit ton producteur Alf – d’un disque presque pop, où tu invites sur chaque morceau un chanteur différent. C’est marrant parce qu’en écoutant le disque on pense surtout à l’Apocalypse de Saint Jean 2.0… c’est très sombre quand même, par moment. Que mets tu précisément derrière le mot pop ?

Le mot « pop », ça vient surtout du fait qu’il y a beaucoup de voix sur ce disque. Et aussi les titres sont très courts, ça ne s’étale pas comme dans l’électro classique sur dix minutes. Moi je ne me vois plus faire des morceaux aussi longs. Et puis pop aussi, parce que « Rave Age » couvre plusieurs styles, plusieurs influences.

 

Sans dire que tu aies chopé le syndrome Death In Vegas – des guests sur chaque album – comment manœuvres-tu le bateau Vitalic, avec tous ces intervenants au micro ?

La chanteuse de Shit Disco (qui chante superbement sur Fade Away, NDR) par exemple, je ne l’ai jamais rencontré ! Mais comme j’étais très fan du premier album, j’ai commencé par lui envoyer un mail de groupie et puis on est resté en contact, en se disant qu’on finirait bien par travailler ensemble.
Avec Mickael Karkousse, du groupe electro belge Goose, on a beaucoup tourné ensemble dans les festivals. Forcément quand j’ai composé Rave Kids Go, un peu belge avec des montées très techno, naturellement j’ai été vers lui.
Quant à Owlle (qui chante sur Under Your Sun, magistrale NDR), autour de qui il y a une petite hype depuis un certain temps, j’avais pas de morceau en particulier à lui proposer. Mais à quelques jours de la fin de l’enregistrement, on a finalement trouvé un morceau disco pour plaquer sa voix.

 

Et donc, l’ensemble de ces collaborations s’est fait à distance ?

Oui, effectivement.

 

Ça induit quoi comme rapport avec les guests ? C’est pas trop déshumanisé comme échange ?

Ça permet surtout de gagner en temps et en efficacité, d’envoyer une instru et recevoir les vocaux. Alors forcément on perd en humain, y’a pas de resto ni de pinard ou de rigolade… Au départ je n’aimais pas quand je voyais des binômes électro qui faisaient de la musique comme ça, à distance, je trouvais ça incroyable mais je n’avais pas l’impression que ça pouvait me correspondre. Et finalement, pour l’efficacité et en pensant juste aux morceaux, ça marche. (…) Avec ce disque, c’est vrai que j’avais envie de quelque chose de différent, d’une certaine émulation avec d’autres personnes, le disque fait d’ailleurs un peu « groupe ». J’avais besoin de changer, pour éviter l’ennui. Et la meilleure façon de changer, c’est de faire le contraire de ce que tu viens de faire. Donc après « Flashmob » (2009) où il n’y avait qu’un seul featuring, très solaire et très disco, là j’ai voulu faire un disque orienté vers la scène, avec un groupe derrière.

 

C’est étrange, mais la pochette du disque fait un peu penser à celle du « My God is Blue » de Sébastien Tellier. Le coté secte et illumination… simple coïncidence ?

Ah ouais, tu trouves ? Oui, c’est un hasard évidemment. Je ne me pose pas en gourou, je ne me mets pas en avant sur la pochette, ce n’est pas du tout le même concept je pense.

 

Au delà de cette simple coïncidence, que représente cet âge de la rave tel que tu le mets en avant sur le disque ?

C’est peut-être un petit saut dans le passé, dans ma propre histoire, cette époque des raves telles que je les ai connues au départ, complètement hippie dans l’esprit et l’attitude. Très loin des gros trucs dans la boue… c’était une sorte d’âge d’or de la rave, avec le coté communautaire. Que je retrouve aujourd’hui dans les tournées, en jouant avec d’autres personnes.

 

Tu te rappelles de ta première rave ?

Euh oui, c’était super. C’était dans la forêt, dans une clairière pas très loin de Dijon. On devait être un millier, c’était un petit événement… Finalement le titre de mon album parle peut-être de cette première soirée, encore une fois c’était très hippie, très humain. Je me souviens que ça s’est terminé par Da Funk des Daft à huit heures du matin, c’était très bon enfant.

 

Etienne de Crecy disait récemment que maintenant lorsqu’il mixait en club, les gamins le confondaient souvent avec le vigile, à cause de son âge avancé.

J’ai du mal à le croire, il est souvent très chic en soirée !

 

Mais plus sérieusement, te sens-tu proche de sa démarche artistique, tant au niveau des sonorités que de l’aspect visuel, en scène ? C’est quelqu’un qui a compté pour toi ?

Ah oui complètement ! Il est arrivé bien avant moi, j’étais fan depuis le début. Et c’est vrai que maintenant on n’est plus dans les Djs les plus, euh, jeunes. Après moi sur « Rave Age » moi j’avais envie d’un coté fun, très solaire et romantique, avec des grosses basses. Surtout moins plombé que sur « Flashmob », peut-être plus dur mais aussi moins sérieux.

 

Dernière question. Quand on regarde tes photos presse, faut bien avouer que tu peux faire un peu peur. Tu as l’air très concentré, très sérieux justement. Volonté de ne pas rentrer dans le star-system, ou du moins dans la case de l’amuseur électronique ?

Disons que ça m’a protégé de beaucoup de choses, d’être ainsi. C’est bien de vivre à Paris pour aller boire des coups avec les copains, mais ça me fait du bien d’être en dehors, de ne pas être dans des cliques. Suivre la vague de la hype, c’est assez dangereux. Et puis est-ce que j’ai envie de montrer que je suis foufou dans la vie, est-ce que finalement toutes ces choses là ne m’appartiennent-elles pas ? Conclusion : je préfère rester en dehors de tout, et donne de ma personne avec un album tous les trois ans.

 

Vitalic // Rave Age // PIAS (Sortie le 5 novembre)
http://www.vitalic.org/