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Rone : « Tohu Bohu », un disque très rêve party

Rone : « Tohu Bohu », un disque très rêve party

L’écurie du très respectable label d’électronique française Infiné s’apprête à sortir le deuxième album du parisien Rone, exilé à Berlin pour composer une bande-son imaginaire où se croiseraient Boards Of Canada, le meilleur de Ninja Tune, les vapeurs des 90’s et des sofas vintage flottant dans l’espace. Une sorte de beau foutoir digital qui donne logiquement le nom de l’album à paraître : « Tohu Bohu »

 

Composé en solitaire dans le Berlin tel qu’on l’imagine sur les cartes postales, le « Tohu Bohu » de Rone arrive après un premier essai salué par la presse française. Un changement de décennie plus loin et alors que le duo de Boards Of Canada (dry) semble prêt à partir à la retraite, Rone reprend le fauteuil laissé vacant avec une électro qui, comme le commandant Cousteau dans un tout autre registre, explore les territoires inconnus. Occasion parfaite pour rencontrer Rone et lui demander des nouvelles de sa musique des profondeurs.

 

La bio de ce nouvel album parle d’un « album domestique mais pas que ». Où tu te situes musicalement ? Plutôt salon ou extérieur ?

Justement ! Avec cet album j’ai essayé de ne pas penser à ce que la musique pourrait donner sur scène, en live. Ça a donné « Tohu Bohu », un disque pas très dancefloor je te l’accorde. Ce que je dis toujours, c’est qu’en débutant l’écriture d’un album j’ai toujours l’envie secrète qu’il puisse s’écouter partout, à n’importe quelle heure, que ce soit avec ta copine au lit ou en club.

 

Et le moins qu’on puisse dire c’est que tu te bats contre les clichés. Parisien d’origine, tu vis à Berlin depuis 2 ans et contrairement aux idées reçues, ton électro ne sonne pas couleur locale. « Tohu Bohu » est extrêmement contemplatif, on n’a pas l’impression que cela ait été enregistré à Berlin.

Tout ça n’est pas réfléchi, mais il est vrai que quand je suis arrivé à Berlin, j’ai d’abord eu deux mois de boulimie, de club, j’étais hyper sensible au Berghain et à tous ces lieux nocturnes. Par contre j’ai immédiatement eu le sentiment que ce n’était pas ma musique, je ne voulais pas imiter ce genre – j’ai beaucoup de respect pour toute cette scène – il fallait que j’aille ailleurs, alors que j’étais à Berlin. J’ai davantage été influencé par la ville, le rythme de vie, l’espace…

 

Mais tu confirmes quand même les clichés sur l’électro berlinoise, le coté hipster passionné par la minimale et les casquettes vissées de travers ?

(Rires) Oui, oui. C’est clair. Ce qui est amusant, et je m’en rends compte maintenant, c’est que le coup du parisien qui part vivre là bas pour faire de l’électro, c’est un peu caricatural. Bon la vérité moi j’y suis pas allé pour faire la fête, pas pour la musique. J’avais envie de me déraciner de Paris, prendre la distance. J’aurais tout aussi bien pu aller à Dunkerque, à Brest, en Pologne… Et déjà là je sens qu’il va falloir que je bouge de Berlin, je commence à m’enraciner.

 

La notule qui accompagne ton nouveau disque fait bien la différence entre Rave Party et rêve party. Tu as la trentaine et comme je suppose que tu as découvert l’électro dans les années 90, au moment où c’était encore un genre underground et contestataire, presque politique, comment vois-tu son évolution depuis 15 ans ?

C’est intéressant comme question. J’ai l’impression que la musique électronique, au sens large, est pleine de surprises, parfois t’as l’impression que c’est fini et c’est toujours à ce moment là que tu te prends une lame de fond hyper originale. Moi je vis le présent comme ça, j’écoute plein de trucs innovants ces temps-ci, je suis sûr qu’il reste plein de choses à inventer dans l’électronique. Et si on revient à ma musique, je me considère comme un musicien électronique mais j’aime bien la notion d’exploration. Et c’est pour ça que je suis très content d’être signé chez InFiné.

 

Que penses-tu du coté hédoniste de l’électronique des années 2000 – je pense surtout au monopole d’EdBanger – et comment abordes-tu la nouvelle décennie ?

C’est vrai qu’historiquement l’électro a un peu perdu de son coté revendicatif. Moi je ne complexe plus là dessus mais j’ai longtemps regretté de ne pas avoir une dimension politique, mais maintenant je me suis fait à l’idée que c’est juste pas mon truc. C'est marrant parce qu'en étant à Berlin, je vois beaucoup de producteurs autour de moi qui sont très militants. Forcément y'a des trucs super intéressants là dedans mais y'a aussi des trucs qui m'agacent un peu... Underground Resistance par exemple, ça avait un sens [avant], maintenant parler d'underground... je sais pas comment dire, j'arrive pas toujours à les prendre au sérieux, disons qu'il y en a qui ont une vraie légitimité, mais pas tous. Bref, à ce niveau là dans ma tête c’est un peu bordélique.

Et là on retombe pile poil sur ton disque « Tohu Bohu ».

Bien joué ! (Rires) Moi je trouvais le mot marrant, très graphique, mais j’ai trouvé les significations après l’avoir trouvé. Pour moi le tohu bohu ça souligne juste mon approche de la musique : je suis plutôt du genre intuitif, j’ai besoin d’une approche instinctive qui génère une sorte de chaos hyper productif, un gros bordel avec plein de sons qui jaillissent. L’enjeu après ça, c’est d’arriver à canaliser l’ensemble.

 

C’est pas Nietzche qui disait que « l’ordre nait du désordre » ?

Oui ! Je crois qu’il disait aussi : « mettre en forme le chaos qui est en nous ».

 

Etre signé chez InFiné, c’est important ? Tu te serais vu signer ailleurs ?

Ouais euh, non en fait. Je ne me suis jamais posé la question en fait. On parle souvent de familles musicales, moi ça ne me parle pas trop, on fait pas Noel ensemble par exemple ! (Rires) Et c’est d’ailleurs tout l’intérêt du label : aller chercher des artistes extrêmement différents et créer une cohérence à partir de ce tohu bohu, justement.

 

Okay. Mais prêtons-nous deux seconde au jeu des 7 familles. Si tu devais musicalement trouver ton papa et ta maman, ce serait qui ?

Ca c’est très vicieux comme question… Le papa ce serait très certainement Aphex Twin et plus globalement les artistes du label WARP. Et pour la maman, on pourrait certainement dire Boards of Canada.

 

Bon et sinon c’est quoi cette pochette ? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est en total décalage avec la musique…

Le choix d’une pochette, c’est vraiment un exercice difficile pour le musicien. Moi j’ai toujours des images en tête, des idées, mais avec « Tohu Bohu » j’ai préféré laissé le final cut à un vieux pote. Ce que je trouve intéressant dans son travail, c’est que la pochette c’est un peu la part d’étrange du disque. Et puis ce serait un peu flippant de tout contrôler, tout maitriser. D’où l’envie d’un décalage, d’une poésie qui surgirait de nulle part.

 

Pour finir, quel est l’artiste électronique qui t’obsède cette année ?

Comme j’ai passé 6 mois en studio pas facile de te donner une réponse évidente. Et donc je suis un peu à la bourre, je te conseille vivement un disque déjà sorti, « R.I.P. » du groupe Actress, la production peut sembler un peu crado mais c’est passionnant.

 

Donc pas de pronostic pour le disque de l’année 2012 ?

Bah non.

 

Tu penses même à ton disque ?

Ah mince, t’as raison !

Rone // Tohu Bohu // InFiné (sortie début novembre)
En concert au Festival IDF le 4 octobre à la Gaité Lyrique
http://www.infine-music.com/artist/3/rone