JE RECHERCHE
Agoria : L’infini champ des possibles

Agoria : L’infini champ des possibles

En 2003, un frenchy sort son premier opus, « Blossom », dont l’ouverture musicale crée la surprise sur les dancefloor. Trois ans plus tard, il récidive, avec le foutraque et puissant « The Green Armchair », qui vient enfoncer le clou : le Lyonnais ne se limite pas au boom boom. Sûr qu’il aime faire danser les gens. Mais pas que. Une B.O de film plus tard (« Go Fast »), le voilà de retour avec « Impermanence », monolithe planant sorti sur son label, Infiné, crée il y a déjà cinq ans.

Explications en deux temps. Agoria, foule sentimentale. S’il concède que l’album précédent « partait dans tous les sens », Agoria n’en démord pas : « J’ai toujours eu envie de faire des disques à la fois éclectiques et homogènes. Impermanencese situe dans la lignée des deux autres. Mais il faut l’écouter de A à Z, chaque morceau se courtise. J’avais pas envie de faire un collage de single. » Et effectivement, une fois lancé sur la platine, impossible d’appuyer sur stop : dès le piano-voix de Kiss my soul, les oreilles sont sur orbite. Derrière, Souless Dreamer glisse un pied sur le dancefloor et permet à Panta Rei de lancer les BPM. Le bonhomme peut alors orner ses tracks de violon (Grande Torino, Heart Beating), ou de trompettes (Under the River), les baskets ne touchent de toute façon plus terre. Car à l’image de Little Shaman, Speechless (avec Carl Craig dans l'étonnant rôle du crooner) ou encore Libellules, « Impermanence » est un décollage permanent, un éternel recommencement. Ou comment dessiner l’infini avec des boucles. Si Agoria était une figure de style, ce serait sans doute un oxymore.

L’Infiné dure depuis plus de quatre ans. A côté de sa carrière solo, Agoria s’occupe aussi de celle des autres : son label, créé avec Yannick Matray (un ami proche) et Alexandre Cazac (manager de Warp France) voit le jour après la découverte du pianiste Francesco Tristano. Ce dernier, malgré sa formation classique, s’amuse à revisiter des artistes électro (Jeff Mills, Derrick May). Ils signent donc ce fan de Bach et de John Cage sur le tout neuf Infiné. « On n’avait pas de plan de bataille, on avait tous nos vies à côté. Aujourd’hui c’est un boulot à plein temps ! » Car depuis, ils ont signé une trentaine d’artistes (Clara Moto, Danton Eeprom, Aufgang), et sorti  deux EP de remix.

Enfin, Agoria est « super honoré de sortir une compile pour la Fabric » : la 57e du nom, très bientôt sur toutes les platines. Le futur d’Infiné ? « J’aimerais qu’un jour les gens nous fassent confiance au point d’acheter sans vraiment connaître l’artiste. Il y a cinq six ans, les gens achetaient des CD pour découvrir les artistes, on a l’impression que c’était il y a très longtemps. J’aimerais qu’In Finé soit reconnu comme un gage de qualité », dit celui qui mise sur le constat suivant : « Aujourd’hui, en musique, le public est beaucoup plus éduqué, les labels peuvent prendre plus de risques. Nous ne sommes ni des anges ni des mécènes, mais tout ce que nous gagnons, nous le réinvestissons dans le label. On n’est pas là pour capitaliser, on est plus dans le développement ». Ou la conquête de nouveaux espaces, aurait-on envie d'ajouter. Avec pour seul horizon, un infini champ des possibles. Et pour les heureux astronautes présents aux Trans Musicales cette année, le lyonnais devrait sans nul doute offrir un cockpit en première classe. Rendez-vous sur place le samedi 3 décembre...

http://www.myspace.com/agoriagoria