JE RECHERCHE
Pourquoi la néo new-wave ?

Pourquoi la néo new-wave ?

Yan Wagner, Flying Turns, Lescop, Gesaffelstein, les Juveniles, Exotica, Aline...quelques uns des groupes français ayant buzzé ces derniers mois évoquent les plus sombres (et meilleures) heures de la new-wave. Mais pourquoi se replonger dans ce (noir) passé ?

 

Parce que c'est la crise

3 millions de chômeurs, une génération Y encore plus mal barrée que la X (stages, CDD, amours compliqués...) les temps sont durs pour les jeunes et les moins jeunes, aujourd'hui en France. A partir de là, il ne reste qu'une chose : l'art, comme échappatoire, mais surtout comme miroir compatissant, et donc les chansons tristes. On se demande comme Nick Hornby dans High Fidelity : « Qu'est-ce qui est venu avant : la musique ou bien le malheur ? […] Est-ce que j'ai écouté de la musique parce que j'étais malheureux ou bien est-ce que j'étais malheureux parce que j'écoutais de la musique ? ». Mais une chose est sûre, quand tout va mal, rien de mieux qu'un disque pour apaiser les craintes ou le dancefloor pour oublier ses peines. Mais attention, pas la chanson d'un type qui nous chante qu'il va très bien, qu'il est plein aux as, et sort avec les plus belles filles. Non, quelqu'un qui a compris ce qu'on ressent. Avec des jeunes gens (pas très) modernes comme Yan Wagner et Lescop, on a le droit à des mélodies vénéneuses taillées pour les âmes mélancoliques. Et en mariant l'électronique à des influences dark wave, Gesaffelstein sert très bien le précepte « dansons sous les bombes. »

 

Parce que tout n'est qu'éternel recommencement (et que tout a déjà été fait)

On plaint le musicien qui doit créer un son aujourd'hui, en essayant de faire du neuf. Et comme avec le net, tout est accessible en quelques minutes, la culture musicale s'étend (du moins, en surface) et on peut tous jouer au rock critique. La chanteuse du duo Exotica fait songer dans ses intonations candides à Lio et le quintette La Femme, à Elli & Jacno.

 

 

Lescop, emmené par le ténébreux Mathieu, ancien chanteur d’Asyl. Propose donc « La Forêt », un tube indé pop new wave ressuscitant Taxi Girl et les premiers Daho en quelques minutes. On a envie d'enfiler son trench noir  pour danser de manière saccadée sur ses paroles sombres et imagées : « Dans la forêt la première détonation résonne – un coup de feu puis deux, mon corps qui frisonne – puis doucement s’écroule. » Quant à Yan Wagner, son univers synthétique dark et son timbre d'outre-tombe nous rappelle irrésistiblement autant Joy Division que New Order qui tourne d'ailleurs en ce moment, rappelant avec une certaine verve qu'ils sont toujours rois du mariage ombre et lumière.

 

Parce que c'était bien (la new-wave des 80's)  

Non la new-wave, contrairement à ce que penseront les futurs spectateurs de Stars 80 (sur les écrans le 24 octobre) ce n'était pas que des types habillés/coiffés comme des épouvantails scandant des textes débilo-gothiques (la caricature d'Indochine par les Inconnus a laissé des séquelles) ni des mecs néo romantiques maquillés comme des voitures volées (tendance Boy George) mais aussi (et surtout) de superbes chansons maniant avec subtilité idées noires et danse (boîte à rythme), organique et électronique, brutalité et onirisme. On passe sur les anglais (moins méconnus) pour rappeler la puissance poétique de groupes comme Trisomie 21, Norma Loy, Kas Product, Marquis de Sade, Orchestre rouge, Marie et Les Garçons, Les Fils de Joie, Modern Guy, Clair Obscur, Charles De Goal, Poésie Noire, The Game, Martin Dupont, Asylum Party, et bien d'autres encore. Bref il y a bien pire à piller que la tombe de la minimale synth wave. Le zouk love ?

 

Lescop, premier album (sortie le 1er octobre chez Pop Noire)
Yan Wagner, Forty Eight Hours, premier album (sortie le 1er octobre chez Pschent)
Compilation Education française (Sortie le 5 novembre chez Columbia/Sony) avec Lescop, Juveniles, La Femme...

 

Violaine SCHUTZ