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L'Ubu et les Transmusicales de Rennes : Interview de Béatrice Macé

L'Ubu et les Transmusicales de Rennes : Interview de Béatrice Macé

Comme tous les ans depuis 34 ans, Les Transmusicales de Rennes révèleront en décembre à un public international des artistes dont la majorité des médias n'ont encore jamais parlé. Béatrice Macé et Jean-Louis Brossard sont les co-directeurs peu frileux de cet événement. La première gère les projets, le second la direction artistique. Deux entrées différentes mais complémentaires qui a tellement bien fonctionné qu'en 1987 Jean-Louis Brossard prend la direction d'une nouvelle salle rennaise, l'Ubu, rejoint en 1990 à la direction par Béatrice Macé. Ce travail qu'on découvre en condensé sur cinq jours pendant les Transmusicales, les Rennais en profitent aussi le reste de l'année dans cette salle, qui fait la part belle aux associations.

Nés d'une association étudiante, les Transmusicales puis l'Ubu sont aujourd'hui un modèle de projet où faire des paris pour les artistes et le public tout en rendant une structure viable n'a, justement, rien d'ubuesque.

Jean-Louis Brossard et vous travaillez main dans la main depuis trente ans, comment fonctionne votre collaboration dans l’association ATM?

On a commencé notre collaboration en 1977, année où l'on s’est rencontrés, on a rapidement intégré l’association de l’époque qui s’appelait Terrapin. Avec une équipe de bénévoles qui étaient comme nous, soit jeunes travailleurs, soit étudiants, nous avons participé à l’organisation de concerts. Jean-Louis s’est tourné vers la programmation et moi la production. Au fil des ans, on a progressivement appris notre métier par l’expérience et le terrain. Est né un trio de direction avec aussi Hervé Bordier à la communication. On a travaillé sur une complémentarité et un travail d'affinité personnelle. On fait deux sortes de travail sur une même matière avec l’ATM : l’Ubu et les Trans, notre matrice de départ. On est tous au service du même projet et il reste ce que les Trans en ont fait et en ont voulu : travailler à la rencontre des artistes et des publics. Des artistes qui connaissent peu les publics qu'ils vont rencontrer et réciproquement. En faisant de la direction de projet, on s’occupe de la mise en forme de cette rencontre humaine, physique et personnelle. Un spectacle n'est pas une écoute de disque, c'est des approches différentes. Le concert est un moment de curiosité humaine d'un humain vers un autre.

Vous donnez l’impression de gagner à chaque fois en prenant des risques, mais arrivé à votre niveau, devez-vous faire des compromis et des sacrifices pour que l’Ubu et les Trans restent rentables ?

On essaye de faire le moins de compromis possibles. Mais on en a fait, comme pour le passage des Transmusicales au parc expo en 2004 qui nous a fait ouvrir la programmation à des têtes d’affiche capables de remplir une salle sur leurs seuls noms. Jusque là on avait programmé des groupes peu connus ou médiatiquement déjà installés, mais qui n'étaient pas là pour remplir mais plutôt pour booster l'impact, comme M.I.A. ou Vitalic cette année. On ne parle pas de valeur artistique mais de répercussion d'image sur le public et les médias. On avait déjà eu les Beastie Boys et Kraftwerk en 2004, les Fugees plus tard et je ne regrette pas ces incursions vers une programmation qui n'était pas notre projet de départ. On a dû relever le défi d’avoir un parc expo convivial, avec un rêve de décoration et de scénographie. On travaille toujours pour qu'il y ait le plus de public possible pour des artistes peu connus mais qui sont bons et dignes de l’intérêt du public. C'est simplement les conditions du marché qui font que ces artistes n'ont pas la notoriété que nous aimerions qu'ils aient.

Avez-vous la même démarche avec l’Ubu ?

Avec l’Ubu, c'est différent, nous faisons, comme dans d'autres structures maintenant bien installées en France - Le Confort Moderne à Poitiers par exemple -une proposition de proximité, pour tous les publics. On a adapté l’Ubu en essayant, avec une position généraliste, de préserver une diversité culturelle, tout en essayant de ne pas trop se détacher de notre posture de départ puisque la salle est née après les Trans. Nous avons aussi ouvert le lieu aux associations rennaises qui portent 50% de la programmation. On essaye de conjuguer une touche artistique des Trans et une certaine ouverture pour couvrir tout le spectre des musiques actuelles.

Avez-vous le sentiment d’avoir une responsabilité envers le public rennais avec l’Ubu ?

Oui bien sûr ! Pour nous le rapport au public est essentiel : on n’a pas de concerts sans artistes ni public. Il faut pour que le concert se passe bien que l'artiste et le public soient bien. On a une responsabilité vis-à-vis des territoires qui nous pousse à faire des actions vers tous les publics, et aussi les plus jeunes. On a revendiqué tout de suite aussi dans le nom des Transmusicales de Rennes notre territoire, c'est notre ville depuis très longtemps.

Quels ont été les évolutions du comportement des spectateurs que vous avez pu voir ces dernières années à l’Ubu comme aux Trans ?

Le public est plus exigeant dans les conditions d’accueil et aussi plus averti. Fragilisé par la crise, on sent que pour lui venir au concert est un moment particulier, une ambiance et un contexte.

En quoi les résidences d’artistes locaux et les concerts associatifs enrichissent-ils une salle comme l’Ubu ?

L'Ubu nous a fait évoluer en tant qu’organisateurs de festival et prendre conscience que le concert n’est qu’un des moments du travail de l’artiste. On met donc l’Ubu à disposition des artistes pour qu’ils soient plus à l’aise sur scène et aussi développé le salariat des artistes en résidence. Le fait d’avoir pu additionner les Trans et l’Ubu a vraiment élargi notre champ de travail et redynamisé le festival.

Organiser les Trans en hiver permet-il de se démarquer de la programmation si homogène des festivals d'été ?

Quand on a commencé les Trans il y a 34 ans, il n’y avait pas de mode festivalière. On a eu la possibilité de construire ce projet et notre identité sans avoir la référence des festivals d’été. Il n'y avait pas de mise en concurrence, pas d'embouteillage. Actuellement, il y a beaucoup de compétition et vous avez raison de dire qu’il y a une uniformisation des festivals. Depuis la chute de l'économie du disque, le spectacle vivant est considéré comme un territoire qui s’en sort le mieux et les festivals font figure d'Eldorado, ce qui est devenu un peu caricatural.

Quels sont les prochains challenges de l'ATM ?

Pérenniser le projet sur le long terme et au quotidien, car il y a forcément des moments fluctuants. Nous avons aussi plus de deux projets désormais, avec le Jeu de l’Ouïe (un projet d'éducation artistique et culturelle, ndr) et les Mémoires des Trans (site collaboratif, ndr) que nous développons. Puis nous voulons continuer l’export des Trans à l’étranger bien entendu, après déjà la Chine, la Russie, la République Tchèque...

Plus d'informations sur:
http://www.ubu-rennes.com/
http://www.lestrans.com/