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La Grande-Bretagne vit son renouveau dancefloor

La Grande-Bretagne vit son renouveau dancefloor

La France a perdu sa couronne de nation reine de la musique électronique, le coeur de l’action, aujourd’hui, se situant outre-Manche. On s’est fait un aller-retour express en Eurostar, histoire de vous ramener des souvenirs.

Il y a encore quelques années, la France était le centre magnétique de la planète électro. Même si la santé de notre scène reste excellente, aujourd’hui, nous pouvons difficilement faire le poids face à ce qui se passe de l’autre côté du Channel. Les Anglais, réellement ? Oui, et pas qu’eux, les Écossais ne sont pas en reste ! Le Royaume-Uni, qui a eu ses heures de gloire électroniques, possède une étonnante capacité à s’auto-parodier peu de temps après ses pics de créativité. Rappelez-vous, la descente aux enfers de la drum’n’bass ou du grime, styles devenus l’ombre d’eux-mêmes à force de dissolutions successives dans une culture mainstream dont nous leur envions, ou pas, la recette... On se rappelle aisément de l’Hacienda, du début des raves, et du rôle majeur qu'à pu jouer la Grande Bretagne dans "l'européanisation" des musiques binaires importées de Detroit et de Chicago.

Aujourd'hui, le dubstep est mort (artistiquement parlant, dirons-nous, sa santé commerciale fait par contre plaisir à voir), mais une nouvelle génération d'artistes redore le blason de nos voisins mangeurs de fish & chips. Le cocktail ? De la house, du R'n'B, de la bass music (n'oublions pas que Londres a un passif dans le UK garage), du hip-hop, sans oublier l'efficacité pop à la française développée lors de la dernière vague french touch et le sens su sound design à l'allemande. En gros, un joli melting pot qui fait mouche, sans que vous puissiez éviter le raz-de-marée. Les labels Night Slugs ou Hessle Audio, la nouvelle scène de Bristol, le post-dubstep, la data bass ou la dirty house sont autant de tentacules d'une même créature décidée à en découdre. Quitte à ne pas avoir le choix, autant choisir son sort en piochant dans ce qui se fait de mieux dans le domaine !

 

Rustie

Il brille de mille feux depuis une année maintenant. En gros, depuis la sortie de son imparable album, Glass Swords. Ce môme de Glasgow, à l’image de son congénère Hudson Mohawke, a su redonner un coup de jeune aux bases de plusieurs générations de musique anglaises, du grime à la house. Une culture de nerd, visiblement, qui a du lui donner un sens des atmosphères épiques de jeu vidéo, une addiction pour les voix R’n’B reniées en bloc durant son adolescence, et un sens inné de la rave music et du hip-hop qui auront fini de bricoler cet androïde musical qui se trimballe en t-shirt Zelda et en veste Fred Perry. Repéré par les filles de la BBC Radio 1, Mary Anne Hobbs en tête, Rustie s’est vu monter les marches par paquets grâce à la notoriété de son titre “Zig-Zag” sorti chez Numbers (l’un des acteurs de la nuit écossaise actuelle en plus d’être excellent label), sa signature chez Warp ayant fait le reste. Il n’est pas très branché albums, vous aurez donc le droit à des EPs dans le futur, en toute vraisemblance. Si ça peut le pousser à tourner plus souvent par chez nous, on ne va pas cracher dessus, d’autant qu’il passe au Pitchfork Festival !

Dernière sortie : “Ultra Thizz” (Warp)
Meilleur titre : “Surph”
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Julio Bashmore

“Battle For Middle You” a probablement résonné plus d’une fois à vos oreilles ces derniers mois tant ce titre, sorti en 2011, a été joué par une quantité de DJ’s hallucinante. Ce morceau définit à la fois le son de Julio Bashmore, mais aussi celui de toute une scène house “12.0” (on a arrêté de compter il y a longtemps), qui ne grimpe jamais dans les BPM, mais qui emprunte partiellement aux syncopes du UK garage et à l’urbanisme feutré du dubstep (si si). C’est Claude VonStroke qui lui a mis le grappin dessus, et il a l’avantage d’être marqué par le son de Bristol, plus subtil et mental que celui de Londres. Les voix, voilà son arme principale. Jamais trop présentes dans le spectre, elles enveloppent ses beats intellectuels d’une douceur et d’une sensualité particulières, qui a fait basculer l’équipe de programmation des Nuits Sonores de cette année, qui n’a pas hésité à lui donner une bonne place. Grand bien leur en fasse.

Dernière sortie : “Au Seve” (Broadwalk Records)
Meilleur titre : “The Horn That Time Forgot”
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Bondax

Et dire que ces deux minots n’effleurent pas la vingtaine. On imagine qu’à Lancaster, Angleterre, on doit mettre un truc dans l’eau courante pour que George Townsend et Adam Kaye s’y mettent de manière aussi précoce. Un sens de l’élégance et, surtout, de la mesure, que peu de leurs compatriotes sont capables d’égaler, même avec de l’expérience, tient pour preuve de leur culture musicale impressionnante pour leur âge. Vous êtes un nostalgique du 2-step vocal, un fan du parfait label Hotflush, un acharné de Burial mais déçu par ses dernières productions ? Vous êtes sûrement déjà tombés sur le premier maxi de Bondax, “Just Smile For Me”, le morceau-titre soutenu par la voix gracieuse de Bobbie Gordon méritant le statut de tube sans aucun problème. Depuis lors, pas un morceau n’a démérité, leur slow house bleutée adoucirait n’importe quel trajet en RER bondé pour le transformer en arc-en-ciel de velours. Vous doutez ? Essayez.

Dernière sortie : “You’re So” (Super)
Meilleur titre : “All Inside”
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Disclosure

Ce duo anglais a la faculté d’être connu des services de détection du bon goût par sa présence sur un label... américain, à savoir Greco-Roman Records, co-géré par Joe Goddard de Hot Chip. Leur dernier maxi, The Face, vient d’y voir le jour, après trois autres livrées... sur trois autres labels. La versatilité n’est absolument pas un défaut à ce sujet, d’autant plus que leur son, lui, tape constamment dans le triple A. La house, celle avec des vrais gimmicks de piano, qui dégage une vraie atmosphère queer, un sentiment de sensualité permanent et donne envie de danser dès qu’elle est jouée, voilà quelque chose qui méritait d’être remise sur le tapis (oui, les ricains d’Azari & III l’ont fait, mais là, c’est Anglais, donc c’est mieux). Le tout doublé d’une imagerie absolument sérieuse et donc forcément impressionnante. Ces deux-là iront loin, parce qu’ils connaissent déjà le chemin. Nous sommes prêts à les suivre, tant qu’il y a un dancefloor à l’arrivée.

Dernière sortie : The Face EP (Greco-Roman)
Meilleur titre : “Tenderly”
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Fantastic Mr Fox

Stephen Gomberg ne semble pas s’inquiéter des soucis de copyright que son nom de scène pourrait lui apporter, mais on parie que Wes Anderson (qui a réalisé le film du même nom) est quelqu’un de relax sur le sujet. Tant mieux, car sa musique aurait pu constituer la parfaite BO du film, si tant est que le héros soit un peu plus branché électro. Le dernier EP de Fantastic Mr Fox, San’en, est quasi inclassable. À tout prendre, on lui collerait bien l’étiquette house, mais elle ne semble pas tenir des masses. On s’en contentera, mais sachez que ce type est davantage là pour vous faire siroter un cocktail savoureux en after que pour vous nettoyer le système sudatoire. Si vous affectionnez SBTRKT, son cas devrait vous passionner, d’autant plus qu’il semble intéresser beaucoup de médias spécialisés, acquis à sa cause. Sa prochaine sortie sera-t-elle fructueuse ? Il y a fort à parier que oui, mais en attendant, il a déjà quelques références dont vous pouvez décortiquer les subtilités. Sûrement le plus singulier de cette sélection, et probablement le plus intéressant.

Dernière sortie : San’en EP (Black Acre)
Meilleur titre : “Speak Nuh”
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Image de une : Phil Sharp.