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C2C, Birdy Nam Nam : le platinisme fantastique

C2C, Birdy Nam Nam : le platinisme fantastique

Les premiers s’apprêtent à surfer sur une vague géante, les seconds assoient une réputation gagnée à la sueur de leur front... les C2C et les Birdy Nam Nam ont du vinyle dans les veines, serait-ce ce qui les rend aussi magnétiques ?

 

Ils sont huit. Deux fois quatre. Deux gangs de types nés avec une platine vinyle devant leur nez, du moins on présume. Un passé dédié au scratch, une envie de mettre la technique au service de la musicalité, voilà ce que partagent en premier lieu les Birdy Nam Nam et les C2C. Ces derniers sortent Tetra, leur très attendu premier album, après de longues années d’activisme et de shows frénétiques passés à malmener leurs disques noirs. Les Birdy Nam Nam, eux, ont sorti leur troisième bébé, Defiant Order, l’année dernière, et prouvent que c’est par la scène que ce groupe existe, depuis un an, sans discontinuer. Comment expliquer un tel engouement ? Ces deux groupes sont-ils au dessus de tout, surtout en ce moment ? L’art du turntablism a-t-il été reconnu... comme un art, justement ? Ou est-ce une demande inassouvie d’un public envieux de retrouver, enfin, de vrais performers sur scène ? Un peu tout ça à la fois, probablement, mais sûrement plus encore.

 

Ils viennent de la même culture

Celle du “turntablism”, en l’occurrence. C2C, vous l’avez deviné, est une abréviation. Celle de Coup 2 Cross, collectif composé des même quatre membres, aux origines lointaines (1998, rien que ça). Au final, C2C n’est qu’une évolution "musicalisante" de Coup 2 Cross, il n’y a jamais eu de rupture, de split-reformation ou de changement drastique de concept. Aux commandes, 20Syl et Greem d'Hocus Pocus ainsi qu'Atom et Pfel de Beat Torrent, tous les quatre baignés dans une culture 100% hip-hop, et sur-entrainés au scratch. L’équipe est quatre fois championne du monde DMC (Disco Mix Crew, pour ceux qui ont raté un wagon), la plus haute distinction pour tout technicien du beat juggling qui se respecte. Les Nantais ont donc accumulé les titres avant de se lancer dans le délire de la musique enregistrée.

Birdy Nam Nam, formé dès le départ avec l’idée de se mettre au service de la musique, est également composé de membres au passé de turntablist émérite. Scratch Action Hiro, vous vous rappelez ? Les mêmes, mais en version compet’. Le championnat du monde DMC, ils l’ont quand à eux remporté en 2002. Crazy B (ancien Alliance Ethnik, hein, bon, quand même), Little Mike, DJ Need et DJ Pone ont donc acté leur choix artistique plus radicalement que leurs confrères en se renommant ainsi, l’idée leur étant venue en regardant le film The Party, dans laquelle Peter Sellers prononce les mots “Birdy num num” en nourrissant un oiseau. Ils prendront leur envol en premier.

 

Ils sont officiellement émancipés

Le meilleur moyen de rendre hommage à sa culture d’origine, c’est d’en sortir pour aller en planter des boutures ailleurs. Et ça, les C2C et les “BNN” l’ont bien compris. Si tout le monde se rappelle de “Abbesses”, leur imparable tube tiré de leur premier album éponyme sorti en 2005, ces derniers luttent depuis pas mal de temps contre cette affiliation à un seul titre emblématique, et beaucoup trop hip-hop pour eux au final. Leurs deux albums suivants, Manual For Successful Rioting (2009) et Defiant Order (2011) sont tournés vers l’électro, gardant bien en tête que les beats hip-hop coulent dans leurs veines, et que la bass music est une technique diablement efficace pour pimenter un paquet de recettes. Ils ont du remarquer qu’ils avaient fait les bons choix, au moment où ils ont flambé le Zénith de Paris en novembre dernier.

S’il est plus dur de poser des points de comparaison pour C2C (Tetra est le seul album à leur actif), on peut noter que la moitié d’entre eux, associée au nom de Hocus Pocus, a su s’ouvrir à des sonorités d’une diversité effarante, à l’image du son développé par le collectif pour ses deux derniers albums (une écoute de Place 54 vous le rappellera aisément). Beat Torrent, ceux qui les ont vus en live vous le diront (qu’ils aient aimé ou pas), dégage une énergie rock et électro assez incontrôlée, à mille lieux de l’idée qu’on peut se faire d’un hip-hop instrumental exécuté par des scratcheurs. Forcément, Tetra ne tient pas dans une seule case, mais il les fait déborder toutes à la fois, y compris celle de la pop, probablement la plus difficile à remplir avec intelligence. Leur dernier single, "Arcades", convergence stylistique absolue de ce système dont le quatuor est le centre de gravité, est efficace au possible, forcément.

 

Ils savent s’entourer

La production. Moyen évident de donner une accroche supplémentaire à son projet musical, en fonction de l’atmosphère que l’on veut faire passer. Les Birdy Nam Nam en ont joué, vous aurez remarqué. Manual For Successful Rioting a été produit par Yuksek, le beau grosse Rémois étant à ce moment là à l’apogée de son charisme d’homme-machine au service d’un dancefloor subtil. Devenu depuis lors une fantastique icône pop sur scène, il a, à l’époque, brillamment rempli son rôle, cet album étant résolument tourné électro, et on imagine aisément que c’était l’idée de base des quatre costauds de la platine. Defiant Order, quand à lui, a été chapeauté par Para One, parfait client pour le job, car toujours le séant entre deux chaises, et parfaitement à même de capter l’essence hip-hop de la formation pour la refléter dans le prisme le plus puissant possible. Même Skrillex a succombé à leurs charmes après les avoir vu jouer à Strasbourg il y a quelques mois, ne vous étonnez donc pas si vous entendez du BNN pendant l'un de ses sets, ou si vous tombez sur leur dernier EP, sorti sur le label du producteur américain !

Les voix. C2C en a truffé Tetra. Et elles sont aussi radiophoniques qu’ambitieuses, aussi rock que pop, aussi rap que soul. Vous aurez de quoi faire, mais il va falloir éviter de faire la tête de mule intègre, ça ne sert plus à rien vu le spectre sonore élargi que brassent ces quatre platinistes en chef. Niveau CV, ça envoie pas mal : Pigeon John, Blitz the Ambasador, Jay-Jay Johanson et Gush sur un même album, beaucoup de groupes vendraient leur âme pour inviter autant de monde à la fête. Cependant, on peur être sûrs qu’empiler des noms sur une jaquette d’album n’était pas l’idée de départ des C2C. La musique, on vous dit, c’est ça l’idée !

 

Le live est leur raison d’être

Inutile de séparer les choses ici, tant les BNN et les C2C agitent rigoureusement les mêmes cordes sur scène. Cependant, point de mimétisme ici, les deux collectifs étant de la même génération et n’ayant pas eu l’occase de repomper leurs idées. Souvent alignés en rang d’oignon, au même niveau d’exposition scénique (puisqu’exactement au même poste), les membres des deux quatuors s’agitent le plus possible sur leur matériel, démontrant leur technique, et comptant sur l’éclairage et les visuels pour faire comprendre au public la place de chacun dans le spectre sonore. Si Birdy Nam Nam se trimballe avec des décors impressionnants, reprenant le graphisme du dernier album, C2C a su habilement composer avec la problématique de l’intégration des visuels, sans en faire trop. des écrans disposés devant chaque protagoniste s’activent et se calent sur les scratches, l’interactivité image-son est totale et les morceaux n’en sont que plus appréciables.

 

L’allumette qui mettra le feu à l’audience est assurée par d’efficaces gueulantes de chaque membre des deux combos, un bon “est-ce que vous êtes chauds” éructé efficacement étant encore le meilleur moyen d’électriser le public (on a tendance à l’oublier, des fois). Et avec quinze ans de métier, ce genre de choses, ils savent faire. Vous qui étiez persuadés d’avoir affaire à des vieux jeunes à casquette tout juste bons à faire des allers-retours avec leurs galettes de musique de sauvage, ou qui imaginiez qu’il était impossible de créer une musique cohérente grâce à cette pratique, cette semaine de mise en bacs de Tetra semble être une occasion parfaite de vous y mettre. Pas besoin d’être un maître en breakdance, on vous rassure.