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The XX : « Coexist », un disque pour rien ?

The XX : « Coexist », un disque pour rien ?

Tout le monde se souvient encore de la déferlante que fut leur premier disque éponyme en 2009 et de ses onze chansons qui collaient aux oreilles du fan de pop visqueuse comme le mascara sur les yeux d'une suicide girl. Le 10 septembre prochain, les anglais tristounets reviennent avec un deuxième essai moins déprimant que prévu. Et paradoxalement, ça nous rend un peu triste.

A ceux qui auraient passé l’année 2009 coincé dans un frigidaire, commençons par rappeler que sortis de nulle part, The XX fut avec Fever Ray l’une des principales causes du refroidissement climatique grâce à leur premier album. Rapidement transformée en porte étendard de cette même génération X, à la fois désillusionnée et nihiliste, la bande à Jamie devint vite l’attraction monochrome d’une époque où il faut bien le dire, tout le monde s’ennuyait un peu. Version Tranxen de Gossip ou alter égo de Metronomy passé au ralenti, ces jeunes gens étaient rapidement devenus le symbole d’un no future qui permettrait aux hipsters occidentaux de danser mollement et sur une seule jambe en méprisant la récession mondiale, le chômage chez les moins de 25 ans, la mort de la Tecktonik et, euh, la joie.

Trois années sont passées depuis le sacre de The XX. Entre temps, Jamie s’est fait un nom en solo avec l’album de remix de Gil-Scott Heron, les Dj Set aux quatre coins du monde et des remixes remarqués pour Radiohead, Adele ou Florence and the Machine. Dans l’intervalle, le trio londonien a longtemps préparé ce deuxième album attendu comme le messie. Trop, peut-être. En décembre dernier, et alors même que le groupe mettait la touche finale à « Coexist », Jamie s’emballa lui aussi un peu trop en déclarant à la presse que « cet album serait clairement inspiré par la musique de club, à la fois plus enjoué et plus dansant ». Sur la route depuis l’âge de 17 ans, The XX avait après tout bien le droit de faire sa crise d’adolescence avec un album qui ne serait pas un copié-collé du premier. Le seul hic, c’est que « Coexist » n’est ni enjoué, ni dansant. Y’aurait-il tromperie sur la marchandise, Jamie ?

Car autant les premiers inédits livrés au public en mai dernier à Londres laissaient perplexes, autant l’écoute de ce nouvel album a de quoi désarçonner. Rythmes incroyablement lents toujours portés par cette guitare maigrelette et aigüe, voix plaintive, toujours la même sensation d’écouter de la pop anglaise de 1987 à l’intérieur d’une machine à délaver… « Coexist » essore l’auditeur autant qu’il le frustre. Qu’il faille attendre la cinquième piste pour avoir l’honneur d’un semblant de groove qui ne soit pas une copie conforme d’il y a 3 ans, passe encore. Que ce même morceau nommé Reunion sonne comme une réminiscence du « Blue Lines » de Massive Attack, sorti 20 ans plus tôt, c’est nettement plus complexe à défendre. Si ce nouvel album est inspiré par la dance music, c’est probablement celle qui se joue dans les maisons de retraites du bord de cote, de Brighton à Miami…

Les amateurs d’électro pop passée au sanibroyeur devraient tout de même en avoir pour leur argent. La soul blanche d’un titre comme Tides tient plus que la route, en dépit de l’ombre de Massive Attack et Tricky qui continue de planer, encore. A mi-chemin entre la déception et l’indifférence, « Coexist » trouvera on l’espère sa place entre l’excellent premier album et le troisième, qu’on souhaite plus novateur et surtout moins répétitif. Et en attendant, ce disque est vivement conseillé à ceux qui n’auraient pas écouté le premier album, ainsi qu’aux professions nécessitant une grande concentration - pilote d'avion, chirurgien, philatéliste, etc – et donc une musique d’ambiance adéquate. Quand The XX sonne comme un hic hic, ça donne un disque qu’on n’écoute que d’une oreille. Comme chez le dentiste.

The XX // Coexist // XL Recordings (Sortie le 10 septembre)
http://thexx.info