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Rock et coiffure : les liaisons dangereuses

Rock et coiffure : les liaisons dangereuses

Plus de cinquante ans que des gens ordinaires, devenus rockstars par la suite, optent pour un esthétisme capillaire douteux, loufoque et insultant. On préfère vous prévenir, histoire de mieux appréhender les dégâts. Décryptage.

Honnêtement, depuis qu’Alex Turner, l’oreille pensante des Arctic Monkeys, a arboré une coiffure à base de gomina en contraste parfait avec la fraicheur et la spontanéité du rock qu’il compose, on se posait la question : d’où vient cette fascination des rockeurs pour les coiffures ? Est-ce possible de retracer une histoire du rock vu par la crinière de ses figures mythiques ? Du look d’adolescent pré-pubert des Kooks aux longs cheveux noirs d’Alice Cooper, en passant par la branchitude de Morrissey, les bouclettes de Jimi Hendrix, ou la coupe au bol des frères Gallagher, difficile de définir un style capillaire proprement rock. Et dire que tout est parti d ‘une banane. Mais non, pas celle de ce bon vieux Dick Rivers, celle du King : Elvis Presley. Doit-on l’en remercier pour autant ? Pas sur.

 

Parce qu’il le vaut bien

Aussi diversifié que puisse être le rock, s’il est un critère qui caractérise le clan des rockeurs hors tendances musicales, c’est évidemment leur coupe de cheveux. Sans jamais vraiment savoir ce qui poussait ces hommes à se rendre constamment chez leur coiffeur –qui soit dit en passant doivent la plupart du temps être légèrement sadiques – on est pourtant sûr et certain que leur image de soi est aussi indispensable que les cordes de leurs guitares.

En réalité, les rockeurs, tous les rockeurs, des plus crédibles aux plus débiles, obéissent à une loi plus archaïque : celle de l’industrie musicale qui veut que tout artiste un tant soit peu célèbre s’incarne en symbole de mode, en nouveau canon érotique. Pour des journalistes comme nous, un peu moqueurs avouons-le, cette collection d’automutilation (appelons ça, comme ça), où le rockeur semble davantage avoir l’air de supporter sa coiffure que de la porter, est une véritable mine d’or, une source d’enchantement mais aussi de malaise. Si certains réincarnent le cool, on pense notamment à Jim Morrison et Kurt Cobain aux coiffures élégantes et naïves, d’autres collectionnent les casseroles plus grosses que leur mégalomanie.

 

Bienvenue dans la jungle

Sans aucune mauvaise foi et en toute objectivité, le leader incontesté et incontestable de ces insultes esthétiques est bien sûr Axl Rose, leader abrasif et déjanté des dinosaures du hard-rock FM Guns N’Roses. L’auteur de « Welcome To The Jungle », ou ce qu’il en reste, a depuis le début de sa carrière collectionné les looks douteux, dont le sommet a sans doute était atteint sur cette photo où l’esprit de Mia Frai, M.Pokora et Sean Paul plane fortement. Comme quoi l’extravagance ne porte pas forcément bonheur à tout le monde.

axl rose

 

Les playboys du dimanche

Décomplexés par rapport à leur influence, les rockeurs paraissent surtout décomplexés par rapport à leur image potentielle de générateur de style. Cela leur donne t-il tous les droits ? Toujours loin des idées reçues, ceux-ci sont tout de même à l’origine, en matière de brushing, du meilleur du pire de ces cinquante dernières années. Prenons pour exemple quatre rockeurs très respectables musicalement mais nettement moins lorsqu’il s’agit de se faire une beauté : Freddy Mercury (aka « l’opérette poilue »), Robert Smith (aka « le beetlejuice du rock »), Frank Zappa (aka « le meilleur ami du chien ») et David Bowie (aka « le hors la loi des salons de coiffure »). Quitte à écorner leur image ?  Même pas, parce que, au final, ils n’ont eu de cesse de repousser les limites du bon gout avec pour seules intentions de faire rougir les midinettes en chaleur. Respect éternel pour le tour de force.

 

 

Les femmes s’en mêlent

Chez les filles, on trouve également de beaux spécimens. La plus célèbre d’entre elles reste probablement Courtney Love. D’ailleurs, en tapant son nom dans la barre d’un célèbre moteur de recherche, à la conquête de photos appuyant notre point de vue (méchants que nous sommes), on tombe sur l’image ci-dessous. Certes, la chanteuse de Hole n’est pas à son avantage, certes on aurait pu prendre l’exemple de Beth Ditto, Karen O, voire certaines périodes d’Alison Mosshart, mais tout de même, là, ça vend du rêve.

 

Toutefois, ne soyons pas chauvin. Si la liste des rockeurs qu’on vient de citer est loin d’être exhaustive (elle est même plutôt carrément subjective), restons honnêtes, en France aussi, on a du lourd. Voilà pourquoi on a une pensée rapide pour Didier Wampas, Nicolas Sirkis période Désirless, ou encore Patrick Juvet (bon ok, là on s’égare). Depuis, seuls des groupes comme les BB Brunes, Superbus ou Naast ont osé tenter de nouvelles choses, toutes aussi dérangeantes visuellement. On attend donc de nouveaux avatars.

 

Internet : comme un cheveu sur la soupe

Si ces différentes apparences nous renseignent sur l’évolution du rock – comment imaginer un iroquois avant le punk, au moment du rockabilly par exemple ? –, sur le société de consommations, sur les cultures et sous-cultures internes au rock, elles nous apprennent également le mauvais goût dont peuvent faire preuve les rockeurs. Certes, on conçoit que la mode soit un filon économique pour le rock, une norme esthétique, mais tout de même, un peu de soin messieurs s’il vous plait. Car, comment peut-on tolérer des atrocités telles que celles que nous venons de dévoiler ou encore des tribales rouges formant les initiales du groupe. Comment ? Ca ne s’est jamais produit ? La chance sans doute.

Avant de conclure, mention spéciale à ceux qui, l’air de rien, affichent aujourd’hui leur nouvelle coupe sur internet (appelons-les « les rois du Tumblr »), histoire de dire « en plus d’être célèbre, je suis vraiment le plus cool des rockeurs ». Si ça vous fait plaisir. Mais le plus regrettable dans tout ça, c’est que ça donne des idées à pas mal de gens. Des idées dont on se serait bien passé. Mais le mal est fait.

 

Maxime Delcourt