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L’électro, langage mondial

L’électro, langage mondial

Si l’Europe a eu un rôle prédominant dans l’avènement de la techno et de la house à travers le monde, si Chicago et Detroit en ont inventé les bases, et si Londres, Paris, Cologne ou Berlin semblent être les uniques poumons du dancefloor mondial, de nombreuses tentatives de produire une musique électronique différente, originale et surtout diverse, pullulent à travers le globe. En voici quelques-unes, histoire de pimenter vos playlists.

 

Kuduro (Angola)

Un nom faisant référence à une danse étrange de Jean-Claude Van Damme dans KickBoxer, ça ne s’invente pas. Le Kuduro (en Portugais “cul dur”), né dans la deuxième moitié des 90’s, a été théorisé par Tony Amado, basé à Luanda, capitale de l’Angola. Rien de neuf sous le soleil, et pourtant, il faudra attendre la fin des années 2000 pour que cette mouvance, et la danse qui lui est associée, prenne une ampleur mondiale. Les Lisboètes Buraka Som Sistema, ayant grandi dans le ghetto angolais de la capitale portugaise, en sont probablement les plus grands ambassadeurs, de par leurs liaisons régulières avec des artistes du cru, tels que DJ Znobia ou Puto Prata. Les débuts difficiles de cette musique populaire, d’abord uniquement diffusé dans les petits taxis de Luanda, sont largement oubliés. Le phrasé saccadé et stimulant du kuduro est aujourd’hui largement apprécié par une frange d’amateurs d’électro “à danser”, dont nous faisons évidemment partie.

Artistes majeurs : Tony Amado, Puto Prata, Dj Znobia, Buraka Som Sistema, Bruno M...

 

Kwaito (Afrique du Sud)

Né dans les faubourgs de Johannesburg et de Soweto à la fin du siècle dernier, le Kwaito a reçu, depuis lors, le soutien de seigneur Diplo, qui y a reconnu une variante ralentie de la garage music anglaise. Pas si bête. Et relativement cool, au niveau tempo, forcément. Au passage, “Cool”, en Afrikaans, ça se dit “Kwai”. Son avènement coïncide avec l’arrivée d’une nouvelle classe moyenne au sein de Johannesburg, où on l’appelle d’ailleurs, à partir de ce moment fatidique, la “kwaito house”. La house classique, chicagoane, ayant longtemps régné en maître, dans sa version la plus violente comme pour chasser les démons de l’apartheid, on assiste à une baisse drastique et naturelle de l’aspect revendicatif du kwaito dans les années 2000. Quelque part, tout le monde a au moins entendu un titre de kwaito. Si si, ça s’appelle “Township Funk” de DJ Mujava.

Artistes majeurs : DJ Mujava, Black Coffee, Arthur Mafokate...

 

Electro-Maloya (Île de la Réunion)

Les Mascareignes, et en particulier notre belle île de la Réunion, possèdent des racines musicales qui les distinguent du reste du paysage musical africain. Le Maloya, à la base joué pour de funèbres circonstances, est hypnotique, assez minimaliste, presque mystique dans son approche rythmique et vocale. Sauf que depuis quelques années, la scène électro, ainsi que les concerts, les soirées et les festivals qui vont avec, poussent comme des champignons sur l’île volcanique. Dans tout ça, certains ont eu l’idée de mêler passé et futur, pour un résultat pas si caricatural qu’on pourrait le penser. Labelle, qui revendique l’héritage en produisant une musique qui pourrait faire penser à Four Tet, ou Kwalud, qui a proposé un remix de l’artiste maloya Toktok Vellaye, font désormais partie du paysage musical réunionnais.

Artistes majeurs : Sami Pageaux Waro, Kwalud, Labelle, Ti Fock...

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Skweee (Finlande, Suède)

Si proche, et pourtant si loin. La Scandinavie est décidément un monde musical à part entière, et qui sait évoluer en faisant fi des grandes tendances occidentales. Le skweee vient du verbe “squeezer”, parce que niveau synthés, effectivement, ça squeeze sec. Mid-tempo, assez joyeux, funky, lo-fi, presque 8-bit (“gameboyesque”, si vous préférez) dans son approche, le skweee propose régulièrement des tempos qui peuvent servir à jouer “halftime” entre deux morceaux de house classique, ce qui lui a donné un écho en dehors de sa sphère d’influence originelle. Non sans oublier le cachet presque R&B de cette musique, pour lovers nordiques un peu nerds, donc.

Artistes majeurs : Eero Johannes, Coco Bryce, Daniel Savio...

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Nueva Cumbia (Argentine)

Le terme “cumbia” vient des profondeurs du temps, et a été ramené, en même temps que la musique qui y est rattachée, par les esclaves noirs débarqués en Colombie, avant que toute l’Amérique du sud ne s’en empare avec ferveur. Bond dans le temps, nous voici au XXIème siècle. Les ordinateurs ont la dalle, et en l’occurrence, ils n’ont pas hésiter à mâchouiller la cumbia sans pour autant en écraser les fibres. La nueva cumbia ne dénature pas sa grande soeur, les accordéons sont toujours présents, ainsi que les rythmiques, enveloppantes. C’est en Argentine, et en particulier à Buenos Aires, que ce style deviendra ce qu’il est devenu aujourd’hui, grâce à une poignée de labels et d’activistes musicaux. On croise régulièrement des soirées nueva cumbia sous nos latitudes, si vous fouillez bien, vous pourriez trouver votre bonheur...

Artistes majeurs : El Remolon, Pibes Chorros, Alika...

 

Scène expérimentale pékinoise (Chine)

Dur de trouver un quelconque style qui pourrait fédérer une scène homogène, pour le coup. Mais qu’on se le dise : la scène électronique pékinoise bouillonne. Certes, la plupart des DJs internationaux font forcément étape dans les clubs de la capitale chinoise, en bons prosélytes d’une version occidentale du son électronique. La musique dont on parle, qui donne de l’urticaire au régime politique, se doit d’être extrêmement marginalisée pour pouvoir exister sans être inquiétée, d’autant plus que le tissu alternatif (labels, médias...) n’existe que sous terre. Résultat : des artistes expérimentaux comme iLoop et Sulumi, qui trouvent parfois des structures européennes pour les défendre, et ainsi montrer aux mélomanes de nos latitudes que la Chine peut aussi devenir un grand pays de la musique.

Artistes majeurs : B6, Sulumi, iLoop, Wu Na...

Photo : DJ Mujava aux Trans Musicales de Rennes.