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Pays nordiques : la pop leur va si bien

Pays nordiques : la pop leur va si bien

Et si l’avenir de la musique ne passait plus par le Royaume-Uni et les Etats-Unis ? En Norvège, au Danemark, en Suède ou en Islande des groupes incroyablement libres se manifestent depuis des années dans l’ombre de leurs immenses voisins. Il va falloir s’habituer à ces nouvelles perspectives.

De prime abord, on pourrait croire à une bonne blague : comment Londres ou New-York pourraient-ils se faire dépasser en matière d’innovation musicale par des hippies en chemises à carreaux aux noms de famille imprononçables ? On comprend, ça semble difficile à concevoir. Mais après des années d’hégémonie de la pop anglaise et américaine sur le reste du monde, les pays nordiques sont bel et bien en train de prendre leur revanche. Les temps ont changé, on ne s’étonne même plus d’entendre des noms comme Ewert And The Two Dragons, Team Me, 4 Guys From The Future ou encore Pinkunoizu parmi les références inconditionnelles de l’année.

Pourquoi, aujourd’hui, ce qui était pensé depuis plusieurs années – rappelons tout de même les formidables albums produits par Sigur Ros, Bjork ou Jay-Jay Johansson – se révèle t-il au grand jour ? Pour justifier ce soudain regain d’intérêt, on peut avancer deux hypothèses. Tout d’abord parce que l’on ose enfin dire que l’Amérique et ses cousins anglais tournent en rond dans des formats classiques et maintes fois entendus, voire rebattus. Ensuite, comme le démontre une étude (« The Geographic Flow Of Music ») réalisée par des universitaires irlandais sur base de critères mathématiques et fondée à partir des données du site Last FM, la pop scandinave met en avant les fantasmes de liberté et de pureté que des centaines de groupes anglo-saxons (Muse et Coldplay, on pense à vous) avaient fini par enfouir.

 

La liberté des grands espaces

C’est un fait : le monde musical est en train de changer d’axe. Et ce n’est pas un simple phénomène, comme peuvent l’être la Chill-Wave ou autre artifice musical trop arty pour être honnête. Ici, il s’agit bel et bien d’un vrai mouvement capable de faire émerger les plus beaux groupes de l’occident. La preuve : le simple fait de placer « pop  scandinave » ou « folk du Grand Nord » dans un article suffit à aiguiser la curiosité du lecteur et à suggérer les références auxquelles cela renvoie : au hasard, The Knife, Loney Dear, King Of Convenience, Rubik, etc.

Elevés au bord des montagnes ou tout simplement loin des grandes mégalopoles, ces différents groupes sont le parfait symbole d’une musique sans frontières qui ne peut se limiter, comme c’est trop souvent le cas, à des pubs bio pour trentenaire un peu bobo. Non, c’est indéniable, la scène nordique pose un regard moderne, contemporain et lumineux sur l’histoire, le présent et le futur de la pop, sans tics ni chichis. Pour le dire autrement, à leur côté, la pop trouve enfin la liberté nécessaire à la démesure de son imaginaire.

 

L’exemple suédois

Lorsque Abba remporte l’Eurovision en 1974 avec « Waterloo », soyons honnêtes, peu de gens savaient ceux qu’il se passait en matière de création musicale chez nos amis suédois. Depuis, les refrains candides et émerveillés des quatre gugusses en collant à paillettes sont devenus des hymnes et c’est la Suède toute entière qui y a gagné. Et pour cause, les Cardigans, Ace Of Base ou les Roxette auraient-ils connus la même aura sans le travail effectué par leurs prédécesseurs. ?

Pourtant, hormis cette fenêtre sur le monde, cette nouvelle génération de popeux, celle qui nous intéresse, n’a rien à envier aux anciens. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, aujourd’hui, Stockholm est la ville qui compte le plus de studios d’enregistrement par habitant au monde. C’est même plutôt logique lorsqu’on considère qu’ici, l’enseignement du solfège commence dès l’école primaire et que 75% de la population sait jouer d’un instrument. Ceci explique peut-être cela.

 

Un style à revendiquer

Pourquoi tant de passion ? Est-ce une réaction surdimensionnée de petits geeks snobinards squattant la blogosphère qui, après une crise d’urticaire à la prédominance anglo-saxonne, ont immédiatement décidés d’élire une nouvelle scène artistique comme référence? On préfère vous rassurer, la réponse est non. Il ne s’agit pas ici de distribuer les bons points par décision purement arbitrale, mais bien de démontrer que cette nouvelle vague rénove les codes et les stéréotypes du genre. C’est d’ailleurs à grand renfort de qualificatifs – « Aérien », «Flamboyant », «Radieux » - que la presse imprime définitivement cette scène comme référence absolue.

En dépit d’une visibilité moindre et de moyens moins imposant, on remarque que la scène scandinave et, plus largement, nordique s’affranchit aisément des convenances et développe sa propre esthétique. En faisant cela, elle sévit au service d’une utopie : éviter toute complaisance nostalgique. En Suède, en Estonie, en Norvège ou au Danemark, pas de complexes ou de tradition à respecter : on mélange tous nos acquis, toutes nos influences et on obtient des œuvres lyriques, sincères et vivantes - d’une fraicheur et d’une finesse admirables…pour notre plus grand bonheur.

 

L’effet papillon

Si cette nouvelle donne ne peut bien évidemment se limiter aux pays du Grand Nord – car qui avait déjà entendu de la pop thaïlandaise, du rock touareg ou de la k-pop avant l’an 2008 ? – elle a le mérite de mettre en avant toute la diversité et toutes les spécificités qui régissent la musique en dehors des règles imposées par les majors. Et puis soyons francs un instant, ne pourrions-nous pas rester là à écouter pendant des heures les délicates pop-songs de We Are Serenades ? Les percussions tribales de Lykkie Li ? Les expérimentations tropicales de JJ ? Ou encore les refrains spontanés et innocents de Treefight For Sunlight ? Comme si, au-delà des compositions, ces groupes nous invitaient à réfléchir non pas sur des pièces musicales mais sur une réalité où le studio serait le plus bel endroit de la terre.

 

Maxime Delcourt