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Peut-on encore sauver Muse ?

Peut-on encore sauver Muse ?

Le trio anglais, qui signe le morceau officiel des Jeux Olympiques de Londres, revient en fin d’année avec un nouvel album qui s’annonce mal, très mal. Pourtant, autrefois, ce groupe a pu être génial. Diable, mais que s’est-il passé ?

Même si le sport à la télé vous donne de l’urticaire, impossible pour qui que ce soit de passer à côté de la frénésie liée aux Jeux Olympiques. Le réveil tardif et la moisson de médailles des athlètes britanniques aura évidemment remis du baume au cœur aux ressortissants du royaume, qui n’avaient jusque là que leurs yeux pour se repasser la gargantuesque cérémonie d’ouverture. Et revoir une vieille gloire nationale, Muse, entonner “Survival”, ce fameux hymne de l’olympiade londonienne qui se déroule en ce moment. Muse, qui a officialisé il y a peu la sortie d’un nouvel album, avec force et fracas, et surtout, comme à leur habitude, dans un style qui leur est propre, celui de la surenchère.

 

Pourtant, à y réfléchir, vous qui ne jurez plus que par Animal Collective, The XX, Metronomy et plein d’autres entités musicales à forte crédibilité indépendante, il est possible, voir même très probable, pour que ce groupe vous ait coulé dans les veines pendant des années, à une époque pas si lointaine. Qu’est-il arrivé à Muse pour que vous puissiez avoir oublié aussi facilement le sympathique minois de Matthew Bellamy et de ses potes ? Méritent-ils seulement qu’on les renie en bloc, nous autres détenteurs du bon goût ? Peut-être bien.

 

Avant VS Maintenant

Le premier réflexe analytique qui nous vient à l’esprit étant de comparer les deux extrémités du segment composant la carrière du trio anglais, le contraste est forcément flagrant. Oui, Muse a avoué s’être “inspiré de Skrillex” pour certaines parties de leur prochain album à sortir à l’automne, nommé The 2nd Law, et dont le trailer flippant est à visionner juste au dessus. Cette annonce est apparue, forcément, comme légèrement caricaturale, dans le genre “si on repompait ce qui fait jumper les jeunes du XXIème siècle pour booster notre rock de stades”. Grandiloquent, Muse l’a toujours été. Ce mot, toutefois, n’a pas toujours été un blasphème. Il a, soit dit en passant, toujours composé la colonne vertébrale du groupe, depuis ses tout débuts. “Sunburn”, “Muscle Museum” ou “Cave” explicitaient déjà la très haute idée que Muse pouvait avoir de sa musique, avec la production britpop qui collait. De quoi penser à l’éclosion d’un nouveau monstre indie-rock, capable d’écraser Radiohead et Blur d’une seule main. Origin Of Symmetry poussera la chose à son paroxysme, ce deuxième album quasi-parfait squattant le haut des podiums lors de la remise des bulletins de fin d’année 2001. Oui, ces gens se la pètent un peu trop lorsqu’ils empoignent leurs instruments. N’oubliez pas une chose : à une époque, vous les avez aimé précisément pour ça.

 

À ce propos, vous avez arrêté d’écouter Muse à quelle époque ? Comme nous, probablement, au moment de la sortie de The Resistance, qui reste jusqu’à nouvel ordre le dernier album de Muse en date, et sorti en 2009. Pourquoi ? Trois choses : la production, trop léchée, l’orchestration, trop soupe au lait, et la composition, trop “on se prend pour Queen”. Ça fait cher pour un seul groupe, on vous l’accorde. Pourtant, si on accorde un brin d’indulgence au trio, il faut reconnaître que leur précédent album, qui arborait déjà certains des défauts précités, réussissait encore à les rendre acceptables. “Map Of The Problematique”, qui envoie du piano et du violon blindé d’échos inutiles, reste largement assez épique pour que ces fautes de goût passent aisément pour des effets de style ambitieux. Ce qui démontre la subjectivité de la notion même de goût. Pour The Resistance, alors ? Disons que les clichés l’ont emporté sur le talent même, qui transpire pourtant de temps en temps, ensuqué derrière trois couches de niaiserie.

 

Le grand pardon

Ce qui voudrait dire, naturellement, qu’en tant que consommateurs musicaux de l’extrême, nous avons perdu notre faculté de pardonner. Et à comprendre qu’un groupe évolue selon ses propres fils intérieurs, mais aussi selon ce qui le guide dans son entourage immédiat. Rappelons que, dans une autre sphère, Para One a toujours assumé faire de la musique “dans le vent”, et on voit ce que ça donne aujourd’hui : un album imparable. La comparaison est quasi-impossible, on vous l’accorde. Mais rappelons-nous, que diable. Rappelons-nous de la capacité de ce groupe de se jouer des cadres qu’on lui impose. Quel groupe indé a osé, ces dix dernières années, intervertir ses membres sur un plateau télé pour contourner intelligemment le fait de jouer en play-back et se moquer habilement des figures imposées de l'audiovisuel ? Et c'était en 2009...

 

Quand bien même, on voudrait donner toute notre énergie pour empêcher Muse de sombrer, il faut bien entendu leur reconnaître une faute majeure. Celle d’avoir compris, malignement et au bon moment, qu’il était possible pour eux de s’adresser à un autre public. Ce groupe n’a jamais prétendu à l’élitisme underground, et n’a jamais embrassé totalement la notion de fierté dans l’authenticité. Grand bien leur en fasse. Après tout, combien de groupes ont disparu dans l’oubli à se vautrer dans une prétendue pureté indépendante ? À l’heure où le bon et le mauvais goût se rassemblent autour d’une frontière aux contours flous, cet état d’esprit ne peut évidemment pas être raillé. Mais Muse n’a pas nécessairement compris une chose : entre se laisser porter par le courant du succès, quitte à guider la proue du kayak, et pagayer gaiement vers la cascade sanguinaire de la variété, il y a un monde, qu’ils semblent sur le point de franchir. La nouvelle est tombée il y a peu de temps, et elle en a effaré quelques-uns : Elton John, aussi doué soit-il dans son domaine, devait jouer le fameux “Survival” avec Muse lors de la cérémonie d’ouverture. Après une vingtaine de secondes, pourtant, nous n’avons pas été étonnés plus que cela. Symptôme direct d’une mise sur voie de garage : Muse n’étonne plus personne, d’autant plus lorsque ça sent le sapin. Que reste-t-il à faire, après tant de peine ? Oublier. Jusqu’à l’existence même de ce groupe, à la manière d’un(e) ex qui reste un peu trop sympa à vos yeux et qui, à un moment, en a trop fait. Même si ça va être dur, vu les caisses de copies de The 2nd Law qui vont vous défiler sous le nez au moment des fêtes.