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Frank Ocean - Channel Orange

Frank Ocean - Channel Orange

Cela fait 2 ans que Odd Future (OFWGKTA), la clique de Tyler the Creator secoue les foules et nos oreilles par des provocations : arrestations en tout genre, possession de stupéfiants, clips dérangeants, mais surtout par les coups d'éclats sonores de ses enfants terribles, méritant ainsi le titre de groupe le plus excitant du moment. Preuve en est une fois de plus avec cet album solo de Frank Ocean : Channel Orange.

 

De Parolier au Trône

C'est en tant que parolier que Franck commence sa carrière, dans l'ombre d'artistes renommés tels que Brandy, Justin Bieber et John Legend, ceci lui laissant le temps de peaufiner son style et de préparer sa première mixtape solo, « Nostalgia, ultra » qui sortira en 2011. Très remarquée, elle arrivera  jusqu'au oreilles de Beyoncé, Jay Z ou encore Kanye West qui s'empresseront de récupérer le phénomène, et de le coller en featuring dans leur album commun « Watch the Throne ». 

 

Ayant la reconnaissance de ses pairs, et un début de gloire assurée, Franck en profite pour se libérer du boulet qui le freinait, en annonçant son ouverture quant à son orientation sexuelle, et ceci juste avant de sortir son véritable premier album. Faux pas ? On aurait pu le penser dans un milieu comme le rap, bien connu pour son penchant misogyne. Au contraire, son geste est salué par la critique, soutenu par ses amis et les magnats du hip hop, mais c'est à l'écoute de ce Channel Orange que l'on comprend mieux cette révélation.

 

LA RÉVÉLATION DU PREMIER ALBUM

Car il s'agit moins d'une libération sexuelle que d'un véritable épanouissement artistique. Si « Nostalgia, Ultra » nous laissait entrevoir quelques lumières, on assiste ici à une véritable montée en puissance, dans le flow, dans la voix, et jusque dans les paroles, le chanteur multipliant les références à un amour inavoué dans « thinkin 'bout you ». Le reste n'en est alors que plus brillant, et réveille tout le côté soul de Franck Ocean, beaucoup plus à l'aise sur tout type d'instrumental, du groove saccadé de « Super Rich Kids » au progressif  « Sweet Life », aussi suave qu'entêtant. Bref, on est plus proche de Prince que de Chris Brown autant dans la musique que dans son interprétation.

 

On notera des collaborations extrêmement limitées, avec sa famille musicale en la personne de Earl Sweatshirt, mais aussi Andre 3000 (moitié d'Outkast), tandis que le bluesman John Mayer sera relégué à un simple solo de guitare sur un interlude. Tout est fait pour laisser un maximum d'espace à Franck pour s'exprimer, et c'est peut être ceci qui fait la force et la grande cohérence de Channel Orange.

 Avec cet album, c'est une nouvelle facette du crew Odd Future qui nous est révélée, plus apaisée, et moins rentre-dedans que qu'on avait l'habitude d'entendre. Le résultat d'une véritable maturité artistique, avec ses personnalités aussi éclectiques que charismatiques, ne présageant que du bon pour le futur.

 

Eric RKTN