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Lescop : itinéraire d’un jeune homme choc

Lescop : itinéraire d’un jeune homme choc

En marge du renouveau de la pop française, un « électron libre »  - dixit la bio - trace son chemin avec sa gueule de boxer et ses chansons qui transpirent la punchline et les mélodies d’un Etienne Daho à qui on aurait greffé un V12 sous le capot. Nom de code : Lescop. Son palmarès : un premier EP déjà disponible et un album à paraître en septembre. Notre prédiction : une grande carrière en pole position.

Lescop, tout le monde en parle. Cet été, il a sillonné – et continue encore au moment de l’écriture de ce papier – tous les festivals français. Dans sa valise, une poignée de chansons sentimentales produites par le duo John & Jehn, lui-même exilé depuis longtemps à Londres, très loin de la chanson française et de ses platitudes.
A quelques semaines de la sortie de ce premier album éponyme, à la fois poids lourd (la production, gonflée à bloc) et poids plume (les textes, fins comme du papier de verre), rencontre avec Mathieu Lescop, ancien leader du groupe d’Asyl reconverti en crooner nocturne pour mélomanes insomniaques.

 

Ces jours-ci, on a l’impression que tout va très vite pour toi, depuis l’annonce de la sortie de ton premier album, on sent un gros engouement autour de Lescop. Ça t’inspire quoi ce temps qui semble subitement s’accélérer ?

Ça me fait marrer, moi j’ai 33 ans ! Le projet Lescop, c’est l’aboutissement – ou plutôt la conclusion - de quinze ans de musique, moi j’ai pas l’impression que ça aille trop vite. Et puis quand tu es dans l’œil du cyclone, tu te rends jamais vraiment compte de ce qui se passe. Moi je ne fréquente pas les salons… mais c’est toujours agréable quand ce que tu exprimes trouve des oreilles prêtes à entendre. Aujourd’hui j’ai le sentiment d’avoir fait l’album que je voulais faire. Ce que je voulais absolument éviter, c’était faire du rock français. Parce que je l’avais déjà fait avec - selon moi - le meilleur groupe de rock français – Asyl – et puis aussi j’en avais marre du rock français. J’enfonce un peu des portes ouvertes mais ce qui m’a toujours fatigué dans le rock français, c’est le fait que c’est rien d’autre que de la chanson française avec des guitares saturées. C’est dommage, parce que du coup il est impossible d’exporter cette musique à l’étranger.

 

Toutes les chansons de « Lescop » sont d’ailleurs chantées en Français. C’était vital ce besoin de se foutre à poil dans le texte, avec le gout de la prise de risque ?

Je n’ai quasiment jamais chanté en anglais. Au contraire, moi je trouve ça paradoxal qu’on dise « c’est plus simple pour un Français de chanter en anglais ». Non, c’est pas plus simple de chanter dans une langue dans laquelle tu as beaucoup moins de vocabulaire… je ne trouve pas ça facile, je trouve que c’est une fuite en avant. Chanter en français, ça me semble juste logique. Quand je tombe amoureux, je tombe amoureux en français, quand je me fais mal, je me fais mal en français. Comme le dit souvent Daniel Darc, quand il se prend les pieds dans une chaise il se dit « merde », pas « shit ». Pour moi c’est pareil.

 

Si on décortique l’album piste par piste, on retrouve dans le titre des chansons l’obsession du lieu, de la nuit, des noms de villes comme Tokyo, Ljubljana, Los Angeles… T’es-tu fait ton propre film sur cet album, as-tu eu l’obsession des scènes, comme au cinéma ?

Ouais, complètement. D’ailleurs mes chansons sont souvent inspirées par des films. Le truc c’est qu’il me fallait écrire le personnage, parce que c’était pas le même que Mathieu Lescop, chanteur d’Asyl. Bon c’est pas non plus Ziggy Stardust de Bowie, mais il fallait le trouver ce personnage, aller au plus près de moi-même parce qu’avec ce projet solo je n’étais plus dans le grand « cirque » du Rock’n’Roll, avec tous les excès que ça suppose. Cet album ce sont des histoires d’amour, de nuit, de cruauté, ce moment où la douleur est aussi forte que la beauté de l’histoire. L’une des scènes de cinéma qui représente très bien l’album, c’est Rita Hayworth dans « Gilda » (1946) qui dit « Tell me you hate me, Johnny ». Pour moi c’est exactement ça.

 

On serait tenté de t’assimiler à toute la nouvelle scène pop française, qui va d’Aline à Granville en passant par La Femme ou Pendentif. Et finalement, tu les coiffes tous ou presque sur le poteau en sortant ton premier album avant tout le monde. Ça t’inspire quoi ce concept de famille musicale ?

Je m’en fous un peu, faut bien le dire. Pas des groupes hein – ce sont tous des potes, mais plutôt de cette idée d’une scène avec des groupes qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, mis à part le chant en français. En revanche, ce que je trouve bien c’est qu’il y ait tout un tas de gens qui aient envie de faire un truc stylé en français. Après, le coté scène ou bande de copains, c’est pas trop mon truc. Déjà du temps d’Asyl, on était très solitaires. Le seul truc cool avec cette « scène », c’est que du coup en tournée tu peux jouer avec des groupes sympas qui font une musique pas dégueu’, ce qui me change de ces tournées où je jouais avec des groupes que je détestais… (sourire).

 

Sans transition et pour conclure, ton disque est sans concession, sans compromis, on ne sent pas la tentation du single commercial, par exemple. As-tu déjà ressenti ce syndrome de trentenaire, la peur d’avoir définitivement raté le succès, sans retour possible ?

Ça peut être entendu comme de la langue de bois, mais j’ai toujours pensé qu’il valait mieux se planter avec quelque chose que tu aimes plutôt que de réussir avec quelque chose que tu n’aimes pas.

 

Lescop // « Lescop » // Pop Noire (Mercury)
Sortie en octobre 2012