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Danger Mouse: En attendant Rome

Danger Mouse: En attendant Rome

On le croyait immobilisé en studio avec U2, visiblement la petite souris a trouvé à occuper ses nuits sous d'autres oreillers. Depuis cinq ans, Danger Mouse enregistre en cachette et en analogique un album cinématique dans les tréfonds des Forum Studios de Rome (justement), le tout avec les musiciens italiens présents sur les BO de films tels que "Le bon, la brute et le truand" ou "Il était une fois dans l'ouest". Pour une fois ce projet ne naît pas de la rencontre poignée-de-mains de deux pointures qui s'emballent trop vite et se fixent un 5 à 7 polyphonique. Cette fois-ci, Danger a rencontré le compositeur Daniele Luppi (Sex & the city) à Los Angeles en 2005 ; depuis lors ils s'échangent des bouts de démo, composent au compte-goutte. Avec Jack White et Norah Jones au micro, un secret mieux gardé que les Illuminati du Vatican. Pourtant tout au long de sa carrière, la souris avait laissé des traces...

Week end à Rome.

En 2003, Brian Burton produit l'album du rappeur Jemini ; si on n'évite pas l'écueil des pan-pans de gangsta et la grosse rythmique à la Puff Daddy, on déniche déjà sous les cailloux de crack des samples d'orgue hammond, une flûte traversière, un choeur grégorien. Bien caché également, un dénommé Cee-Lo pose sa soul dans les choeurs. Un ami pour la vie que Danger Mouse invitera à participer en 2005 à son projet avec MF Doom, The Mouse & The Mask (avec Mark Linkous de Sparklehorse à la basse). Mais aussi un ticket pour la dernière tranche d'impôt puisque les compères se retrouveront sous le nom de Gnarls Barkley. Le premier single, Crazy, laissera des marques de pneu dans les charts : platinium ! Un million de ventes, pardon du peu, et dans les petites lignes, Daniele Luppi tient la basse et l'orgue.

Entre temps, Burton s'était toqué un soir de combiner l'album blanc des Beatles à une édition limitée acapella du Black Album de Jay-Z. Le mash-up du siècle envahit la fibre optique début 2004 et l'agitation juridique d'EMI pour le faire stopper achèvera la célébrité du "Grey Album". Intrigué, Damon Albarn invite Danger, l'écoute rêver d'orchestres et lui confie les clés du prochain Gorillaz: Demon Days sera un carton à 8 chiffres. Au rang des guests on sourit à trouver MF Doom sous son vrai nom entre Martina Topley-Bird et Ike Turner.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se remix.

Le 1er janvier 2007, Brian Burton n'a pas dix ans de boutique qu'il est déjà millionnaire. Il vient de produire les Raptures et Sparklehorse et va sortir The Good, The Bad & The Queen. Le 2e Gnarls Barkley en boîte, il file rejoindre les Black Keys, nouveaux rois du blues-rock huileux pour un rdv manqué avec... Ike Turner. Les prods pleuvent en 2008 (dont Beck et Topley-Bird, suivez mon regard) et Mouse remplit sa caisse de retraite en échafaudant un nouveau dossier avec Sparklehorse mais sous l'égide de David Lynch : Dark Night Of The Soul, une soul épaisse et noire comme du pétrole enflammé par Iggy Pop ou Julian Casablancas.

Bourreau de travail, il lance simultanément un nouveau projet avec James Mercer de The Shins;  Broken Bells. Le maestro Luppi conduit quelques orchestrations sur une pop ambitieuse, spatiale mais d'une façon vintage. Bien sûr, Mercer participera à "Dark Night" mais de justesse : pour raisons juridiques, EMI complique et retarde la sortie. Au final, Broken Bells est acclamé en mars 2010, trois jours avant que ne s’éteigne Linkous sans avoir vu venir sa sombre nuit. Clin d'oeil de l'histoire, Burton avait pris soin de planter l'album en ligne, comme en 2004. Hier le monde, demain Rome.

Danger Mouse // Rome // EMI (Sortie le 9 mai 2011)