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Metronomy : les maîtres de l’échiquier pop européen

Metronomy : les maîtres de l’échiquier pop européen

Plus rien ne les arrête. Nos chouchous Metronomy continuent leur tournée sans relâcher la pression, prouvant chaque jour un peu plus qu’ils sont les maîtres de l’échiquier pop européen.

En seulement trois albums, Joseph Mount s’est imposé comme leader d’une nouvelle vision de la pop à l’anglaise, élégante, dansante, désabusée et romantique. Des premiers soubresauts bruitistes et instrumentaux de Pip Paine (2006) au sonwgriting parfait de The English Riviera (2011), le projet musical que représente Metronomy a changé du tout au tout. D’abord seul, cet Anglais du Devon a rapidement su que son environnement immédiat était trop étriqué pour lui. C’est à Londres qu’il prendra réellement son envol, avant de s’attaquer au monde entier. Metronomy, maintenant composé de quatre personnes (Joseph Mount, mais aussi Anna Prior à la batterie, Oscar Cash aux claviers et Gbenga Adelekan à la basse), a parcouru l’Europe et les États-Unis,  avec une assiduité et une envie de réussite impressionnants. Où s’arrêteront-ils ?

En tout cas, la pause n’est pas prévue pour tout de suite : Metronomy a un planning d’été chargé : Musilac, les Vieilles Charrues, le Reading Festival, le quatuor ne semble pas essoufflé par plus d’un an de tournée... Green Room Session, qui suit Metronomy de près depuis déjà un bail (on ne compte plus le nombre de scènes Green Room qui ont proposé les Anglais au public dans de nombreux festivals, comme le Main Square Festival à Arras il y a peu), a décidé de continuer l’aventure en proposant de retranscrire l’évolution du groupe dans son parcours estival. Il est bien possible qu’une fois ces nouveaux défis relevés, Metronomy ait atteint le sommet de son art. Ou peut-être pas, Joseph Mount ayant sûrement des idées dans les poches pour l’avenir, la carrière de son groupe n’ayant obéi à aucune règle jusqu’à présent. Si on peut imaginer l’émergence d’un quatrième album de Metronomy dans un futur plus ou moins proche, bien heureux sera celui qui pourra deviner sa teneur musicale. Joseph Mount l’a dit lui-même : “si tu es malin, tu as déjà compris que Metronomy va toujours changer”. Le chemin qui l’a amené jusqu’ici en compagnie de ses acolytes étant encore le meilleur exemple de cette liberté d’esprit, il serait déplacé de ne pas jeter un œil avisé dans le rétroviseur...

 

Pip Paine : l’anti-conformisme malin

À Totnes, dans le Devon, il y a moyen de s’ennuyer sec, d’autant plus lorsqu’on est jeune et même si l’on fait partie d’un groupe de musique. Joseph Mount, mi-nerd, mi-hipster, n’est pas du genre à être apprécié par grand monde dans cette ville tranquille du sud de l’Angleterre, mis à part ses amis, tout aussi atypiques que lui (selon la norme locale). L’ambition musicale, en réaction directe à l’activité conformiste de la scène locale, c’est ce qui le poussera à lancer Metronomy. Le titre réel du premier album de Metronomy, totalement joué et enregistré par ses soins, est Pip Paine (Pay The £5000 You Owe). Pour la petite histoire, un carrossier de Totnes a eu le chic de déposer des carcasses de voitures dans sa ville pour signaler à un dénommé Pip Paine, qui lui devait visiblement 5000 livres, qu’il comptait bien récupérer son argent. Musicalement, le Metronomy actuel semble extrêmement lointain des préoccupations de Joseph Mount à l’époque. Bricolé, très “lo-fi”, bruitiste dans ses sonorités malgré une sensibilité électro-pop déjà palpable, cet album ressemble davantage à certains travaux de Caribou, Daedelus, Kraftwerk ou Four Tet qu’à l’idée que l’on se fait de Metronomy en 2012. Jo Mount en a conscience, il doute que “quiconque ait déjà écouté cet album”. Il n’a ni tort ni raison : Holiphonic Records, qui s’est chargé de publier cet album, a du le represser, les 500 copies initiales étant aujourd’hui collector, et jalousement gardées par des fans inconditionnels du groupe. Mais c’est par une suite de décisions importantes, et grâce à un morceau en particulier, que Metronomy a réellement mis les pieds dans le succès pop.

 

Nights Out : Londres, la nu-rave et les boules à facettes

L’introduction de la voix et l’influence de la capitale anglaise, voilà les deux carburants du second album de Metronomy. Tout a commencé par “Radio Ladio”, qui a été le premier morceau réellement chanté de Metronomy. Joué, et donc chanté, par Joseph Mount lors d’un concert (à l’époque, Metronomy était un projet solo, les prestations étaient donc limitées et assistées d’un ordinateur), il a su ouvrir les yeux à son créateur sur son envergure pop, qu’il rêvait d’exploiter depuis déjà quelques temps. Les vannes ainsi ouvertes, le potentiel du projet a pu prendre toute sa place. Nights Out, le deuxième album de Metronomy (sorti en 2008), porte également l’empreinte de Londres, de ses nuits, de son climat d’avant-gardisme et de ses dérives, le tout vu du regard désabusé de Mount, qui entamera la tournée qui suivra cet album avec deux acolytes. Le trio sera régulièrement rattaché au mouvement nu-rave, au même titre que Late Of The Pier ou Klaxons. Le groupe, s’il avoue avoir beaucoup d’affinités avec les représentants de cette scène à ce moment là, réfute en bloc l’affiliation, la musique de Metronomy se rapprochant à l’époque d’une indie-dance toujours volontairement bancale, et empreinte d’un aspect ludique qui sert, jusqu’à présent, de fil rouge aux fans. Les singles “A Thing For Me”, “Radio Ladio” et “My Heart Rate Rapid” auront un écho considérable, dans les clubs comme en radio, poussant Metronomy en tournée à travers le monde, pour défendre un album ouvertement créé pour sonner le plus pop possible. Malgré tout, si l’on prend le temps de percer Nights Out à jour, sa composition s’avère bien plus mélancolique qu’il n’y paraît. Une ambiance “fin de fête” amenée par le contexte moral de Mount, qui commençait à accuser le coup de son train de vie londonien, en même temps que d’essuyer une rupture. Il paraît que les plus beaux disques sont composés quand tout va mal. Il va prouver le contraire de façon admirable.

 

The English Riviera : l’élégance made in England

Pas de concept-album à l’horizon, mais le leader de Metronomy l’avoue volontiers : pour trouver la couleur générale de son troisième album, il n’a pas hésité à se reposer sur une idée, celle de voir la côte sud de l’Angleterre, cette parcelle de villégiature aussi charmante que désuète, comme un paysage sonore à part entière, comme si il y avait un son typique provenant de cet endroit. Une sorte d’hommage à sa région, alors que les pôles musicaux anglais sont toujours restés les mêmes depuis l’explosion du rock et de la pop (Londres, Manchester, Liverpool, Glasgow...). The English Riviera, qui atterrit en bacs au printemps 2011, garde une odeur de crème solaire, de cabines de plage et de bikinis à rayures. Celle d’un classicisme assumé, mais à ne pas prendre totalement au sérieux (“je suis trop Anglais pour ça”, dira Jo Mount). “The Look”, et son clavier taciturne, le chant d’Anna Prior sur “Everything Goes My Way” ou l’humour sous-jacent de “Corinne” sont autant d’exemples dépeignant les points forts d’un album imparable, qui pousse la synthèse Metronomy à son paroxysme. La plupart des magazines ont consacré le disque dans leurs classements de fin d’année, et l’excitation, plus d’un an après sa sortie, ne semble pas retomber d’un pouce, stimulée notamment par la sortie d'un album de remixes inspiré. Metronomy, comme pour couronner la prouesse réalisée, s’est offert un Zénith de Paris en mars 2012. Une façon de remercier la fidélité du public français, et de montrer l’attachement qu’a Joseph Mount pour Paris, ville dans laquelle il habite depuis plusieurs années maintenant. On pourrait les croire en haut d’une montagne fièrement gravie. On espère sincèrement que la pente reste longue, et que les prochains mois nous réserveront des surprises...