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Kitsuné : 2002-2012, dix ans de prêt à écouter

Kitsuné : 2002-2012, dix ans de prêt à écouter

Depuis presque une décennie, Kitsuné défriche la musique au travers de compilations souvent plus passionnantes que celles des labels en place, découvrant dans l’anonymat des pépites qui se transforment souvent en mine d’or. Après dix ans de quête du Graal sonore, retour sur les trouvailles de cette atypique marque de vêtements qui n’a jamais retourné sa veste.

Au début, ils n’étaient pas nombreux à parier sur le succès de la petite maison parisienne. Affublée d’un nom tout bizarre (Kitsuné veut dire « renard » en japonais) choisi en hommage au pays de Masaya Kuroki – le styliste, la marque n’aurait du être au départ qu’un énième vendeur de tissu comme on en trouve des dizaines sur la rive gauche.
Après une décennie et un succès grandissant avec près de 16 compilations à son actif, Kitsuné s’est imposé comme une alternative à ce qu’on n’entendait plus dans les maisons de disque, à savoir des artistes inconnus et prometteurs qui tous ou presque se sont depuis imposés comme des icones générationnelles.
A ceux que cette dernière phrase ne convainc pas totalement (« Une marque de fringues qui récupère la musique, c’est pas nouveau »), on serait tenté de répondre que la marque de Gildas Loadec – l’expert musique de Kitsuné – était là avant tout le monde, à une époque où Myspace ne s’était pas encore imposé dans tous les foyers. Vous voulez des preuves ? Placard à archives, ouvre toi !

Dès sa première compilation « maison », Kitsuné étonne par ses choix pointus et loin des sentiers commerciaux. Parmi la flopée d’inconnus non signés, on trouve Hot Chip et surtout de petits anglais nommés… Metronomy.

 

Deux ans plus tard, Kitsuné a déjà publié quatre compilations qui s’écoulent aussi vite que les petits pulls tricotés maison. Histoire de prouver que la marque-label a toujours le museau aussi pointu, voilà qu’ils découvrent le projet parallèle de Jean-Benoit Dunckel, Darkel, évadé d’Air pour un album plus synthétique qu’un T-Shirt.

 

A l’approche du changement de décennie et après déjà cinq ans à vendre du newcomer par paquet de douze, Gildas et Masaya ne baissent toujours pas la garde. Le huitième volume de leur compilation « Maison » est l’occasion de découvrir Delphic, le mystérieux producteur Siriusmo, Two Door Cinema Club et surtout The Drums, les nouveaux Franz Ferdinand qui vous ont certainement matraqué la tête avec leur Let’s go surfing. Jusque là, c’est un quasi sans faute : les branchés lèvent le pouce et les danseurs transpirent dans les clubs.

 

Chez Kitsuné, les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. Cocorico et produire Français oblige, le duo Gildas & Masaya prend en 2011 tout le monde de court avec une compilation « Parisien » destinée à révéler les talents locaux. Bingo, encore un succès. On notera la découverte du formidable Adelaïde de Destin, le Désorbitée d’Exotica, le Saké de Jupiter – presque deux ans avant la sortie de leur album, un beau flair – et le Recession Song de Wagner, qui s’apprête à sortir son premier disque cette année. Pour la première fois depuis longtemps, une partie de la population est fière d’être Français.

 

Après dix ans d’activisme au croisement entre la mode et la mélodie, Kitsuné reste en dépit des moues circonspectes ce renard des petites surfaces, qui traque inlassablement le tube de demain. Après la sortie voilà quelques mois d’une compilation « Parisien II » qui aura vu éclore la pop hybride de Tomorrow’s World (l’autre projet de Dunckel de Air, avec la chanteuse de New Young Pony Club) et celle de Lescop (on parie toutes nos billes sur lui pour 2012), Kitsuné annonce la sortie de « Kitsuné America », dédiée aux découvertes US. Après l’Europe et les Etats-Unis, quid d’une gloire mondiale pour ces pros du prêt à porter ?

Kitsuné // Compilation "Kitsuné America"
http://www.kitsune.fr/