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Cinq raisons d’attendre le retour d’Animal Collective

Cinq raisons d’attendre le retour d’Animal Collective

Le groupe le plus adulé des gens cool vient d’annoncer son retour pour la rentrée. Après plus d’une décennie de carrière, comment expliquer l’engouement que procure cette déclaration ? La réponse en cinq points.

 Trois ans nous séparent déjà de Merriweather Post Pavilion, dernier album en date d’Animal Collective. Compte tenu des espaces-temps du monde de la musique d’aujourd’hui, cette attente est longue, sans être déraisonnée. Ce qui peut impressionner, cependant, est l’effervescence universelle qui s’est emparée du petit monde de la musique lorsque Panda Bear, Geologist et les autres ont décidé d’annoncer la sortie de Centipede Hz, qui débarquera dans les oreilles des hipsters (et de beaucoup d’autres) le 3 septembre 2012 chez Domino Records. L’annonce, maline, s’est faite via une vidéo cryptique, et donc forcément excitante (à voir ci-dessous). Sans nul doute, le quatuor devrait surfer le haut de la vague, qui sera pourtant diablement encombrée si on en juge par toutes les annonces de sorties calées à la même période (Yeasayer, Grizzly Bear...). Mais comment font-ils ? Et surtout, pourquoi ce groupe, en activité depuis un sacré bail, réussit-il à maintenir un niveau d’aura rarement atteint ces dernières années dans la sphère indé ?

 

On peut espérer un retour aux sources malin

Avant, Animal Collective faisait du freak folk. Ne nous demandez pas ce que ça veut dire, personne n’a jamais su identifier un son clairement attaché à cette étiquette. On peut tenter “psyché folk”, aussi. En tout cas, on y trouvait de tout : des chants d’oiseaux, de la guitare, des bruits gondolés et qui sonnent faux, une ambiance mi-féérique, mi-inquiétante, bref, un joyeux fatras sonore, qui s’est un peu assagi avec le temps, notamment pour amener de nouvelles dimensions esthétiques. Si Sung Tongs, sorti en 2004, reste pour beaucoup l’un de leurs meilleurs albums, Strawberry Jam les emmène vers un son plus barré, presque dance, son successeur tapant carrément dans la dimension électronique que le groupe n’avait jusqu’alors jamais osé revendiquer avec autant de véhémence. Merriweather Post Pavilion a-t-il enterré l’ancien Animal Collective ? Pourquoi pas, après tout, cette évolution a été légitime et réussie de bout en bout. Mais lorsqu’un groupe déclare vouloir revenir à ses sources, cela fait toujours peur et plaisir à la fois. Et en l’occurrence, vu qu’Animal Collective a déclaré vouloir regarder dans le rétro en composant Centipede Hz, cela va forcément être fait de manière intelligente. Pourquoi ? Primo, leur carrière n’a pas besoin d’un coup de pouce stabilisateur qui viendrait relancer un déclin amorcé par un changement de style qui aurait été mal perçu. Et deuzio, ces types sont de toute façon des intellos.

 

Ils sont un modèle de constance dans l’océan hipster

Cet intertitre nous amène à la question fatidique : qu’est-ce qu’un hipster ? Nul besoin de chercher un costume-type, il n’y en a pas. Disons plutôt qu’il y en a plusieurs, et que les évolutions dues au temps font leur effet de manière bien plus drastique que sur une autre tribu qui revendique des codes vestimentaires. Justement, le hipster ne revendique rien d’autre que son avant-gardisme culturel, qui l’amènera à écouter de la polka en 2015, après être passé par le revival nu-metal. Niveau fringues, ça passe par les friperies, les magasins de créateur et les motifs improbables, mais l’inconstance prime ici aussi. Bref, le hipster, s’il existe encore en tant que groupe culturel, passe son temps à écouter de nouveaux groupes émergents, qu'il oubliera souvent après la sortie de leur deuxième EP qu'il aura jugé trop mainstream. Or, Animal Collective, après douze ans de carrière, semble ne jamais avoir quitté le statut de groupe indépendant indéboulonnable pour toute une génération de prescripteurs culturels à moustache, qui voient toujours dans ce groupe le génie de créativité qui a stimulé le reste de la scène de Brooklyn (le camp de base et point d’origine du quatuor se situant avant tout à Baltimore). Et ça, c’est suffisamment exceptionnel pour qu’on y accorde du crédit.

 

Leurs projets solo étaient tous assez cool

Entre la sortie du dernier album en date et aujourd’hui, il s’en est passé, des choses. Déjà, Animal Collective a sorti un EP splendide, nommé Fall Be Kind, et globalement oublié depuis, le dernier testament sonore laissé aux fans avant que le groupe ne les abandonne étant éclipsé par la folle pochette de Merriweather Post Pavilion. Sur le plan des side-projects, deux individus du collectif ont bougé des pions. D’abord, Panda Bear, qui avait déjà attaqué sa carrière solo il y a un bail, avant même qu’Animal Collective ne débute. Person Pitch (2007) reste le pilier central de ses travaux solo, mais c’est Tomboy (2011), son dernier opus, qui aura le plus marqué les esprits des fans, pour mieux revenir plus tard vers le travail de groupe. Avey Tare, quant à lui, a attendu 2010 pour sortir sa première pièce sonore en solo. Le marécageux et mystique Down There montre le multi-instrumentiste prendre les traits d’un crocodile effrayant, dont la voix est engluée dans une tonne d’effets. L’imagerie, le son, l’ambiance, tout y est assez dérangé, et finalement assez génial. Deakin, quant à lui, a décidé de s’éclipser de l’équation du groupe en 2007, enlevant au passage la guitare des ingrédients possibles (la direction électronique de Merriweather Post Pavilion en est très probablement une conséquence). Il a donné une multitude de concerts sous son propre nom en 2010, avant de rejoindre le groupe un an plus tard, l’envie de jouer avec des potes étant revenue naturellement. Comme quoi, les pauses sabbatiques n’en sont jamais vraiment, et elles peuvent déboucher sur une multitude de résultats intéressants.

 

Leurs lives sont déments, et ils passent en France à l’automne

Les gens qui savent étaient bien évidemment présents au Trabendo (Paris) il a quelques jours pour entrevoir un DJ-set du groupe, qui accompagnait Atlas Sound pour l’occasion. Mais c’est vraiment en live qu’Animal Collective prend tout son sens, le meilleur moyen d’en prendre conscience étant d’attraper sur YouTube des extraits de Transverse Temporal Gyrus, leur fameuse performance donnée au musée Guggenheim de New York en mars 2010. Après avoir annoncé l’existence de Centipede Hz, le groupe a étalé une liste de villes qu’ils traverseront nonchalamment, avec tout leur attirail d’évasion massive, et il se trouve que trois cités françaises sont sur la route : Ils joueront le 2 novembre à la Grande Halle de la Villette (Paris) dans le cadre du Pitchfork Festival, puis  à la Laiterie (Strasbourg) le 3 novembre et au Grand Mix (Tourcoing) le 9 novembre. C’est peu, certes, mais c’est assez rare pour être mentionné. Attention cependant : si vous comptez danser sur les morceau du nouvel album du groupe (que vous aurez potassé pendant deux mois), vous serez probablement déçus : ces types adorent jouer des nouveaux morceaux pendant leurs tournées. On ne retient pas un musicien lorsqu’il a envie de composer, que voulez-vous...

 

Animal Collective ose encore se remettre en question

Et il sont de moins en moins à pouvoir revendiquer cela, surtout après une carrière aussi longue, commencée très jeune, et pavée de succès critiques absolus. Les années 2000, pour la plupart de ce qu’on a pu entendre, ont été celles de l’amorce d’une culture du revival éclairé. Musicalement, vestimentairement, les années 80 ont été tranquillement dévastées pour être remises au goût du jour, souvent dans un conformisme latent. Nous en sommes actuellement à une zone floue prenant place au beau milieu des années 90 (toujours 20 ans d’écart entre une tendance et son revival, c’est cyclique). Qui sait, si on tente de relire 1999, Animal Collective existera peut-être encore, leurs membres étant encore relativement verts (la trentaine à peine passée). Et le groupe pourra s’amuser à porter un regard amusé sur Spirit They're Gone, Spirit They've Vanished, premier album du groupe en fait uniquement enregistré par Avey Tare et Panda Bear. Animal Collective est l’une des rares formations à avoir traversé plus d’une décennie d’innovations par la réutilisation, tout en restant sur la même ligne de conduite : être les plus beaux possibles dans l’étrangeté et la singularité. C’est ce qui fait qu’en 2012, on soit encore carrément stimulé à l’idée de les retrouver.