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Smashing Pumpkins : Oceania

Smashing Pumpkins : Oceania

Longtemps annoncé, mille fois repoussé, le neuvième album du célèbre groupe de Chicago sortira enfin la semaine prochaine, précédé comme à l’accoutumée des quelques péripéties auxquelles Billy Corgan nous a depuis longtemps habitué. « Oceania » touche-t-il le fond ? Ou bien ce nouvel album évite-t-il la noyade dans une discographie houleuse et erratique ? Réponses sans bouée de sauvetage.

Hasard des calendriers, le nouvel album de Billy Corgan et ses sbires sort dans les bacs au moment même où l’on apprend que la mythique série Dallas reprend du service. Si Billy Corgan a ceci en commun avec JR Ewing d’être ce garçon ambigu dont on n’a jamais vraiment compris s’il était dans le camp des bon ou des méchants, les ressemblances s’arrêtent là. Alors que Dallas invite la quasi totalité des - vieux - acteurs d’époque à faire un come back inattendu, la cuvée 2012 des Smashing Pumpkins s’avère comme la dernière livraison en date (l’excellent « Zeitgeist », 2007) dépourvue des membres originaux, James Iha et Darcy. Avant même d’avoir posé « Oceania » sur la platine, c’est donc la grande inconnue : à quoi donc peut ressembler ce disque des Smashing Pumpkins alors que seule la tête de citrouille de Billy Corgan se démarque sur les nouvelles photos presse ? Le culte est un univers impitoyable…

Rejoint par trois jeunes musiciens au charisme digne d’une serpillère, Corgan continue donc d’exploiter le nom de son groupe mythique pour des fins personnelles, okay okay. Initialement annoncé pour une sortie fixée à septembre 2011, « Oceania » a finalement été repoussé à ce mois de juin 2012, entouré d’une paranoïa – le « petit plus » de Corgan… - interdisant aux médias d’écouter ledit disque avant sa sortie. Etrange, quand on connaît la passion du garçon pour Internet – le disque « Machina/The machines of god » fut lancé en 2000 de façon indépendante par le groupe, sur le net. Mais bref, annoncé depuis plusieurs mois par le principal intéressé comme « le meilleur disque des Pumpkins depuis Mellon Collie, l’album qui permet enfin de tourner la page d’avec la première formation », ce neuvième album fait également suite à une lassitude de Billy Corgan qui déclarait récemment à la presse « être fatigué du format album, l’époque étant davantage aux singles ».  Bien obligé d’admettre que le public est encore loin d’être prêt à consommer la musique piste par piste, le leader maximo s’est donc rangé à l’avis de l’industrie et ce qui devait être au départ un concept album finit par ressembler à une sortie classique avec 13 morceaux au compteur.

Après tout ces préliminaires, parlons musique. On aurait pu s’attendre au pire, voire comme avec Garbage être un poil déçu par le jeunisme et l’envie de séduire les kids des années 2010, il n’en est pourtant rien. Avec son nouveau backing-band, Corgan livre un disque plus soft qu’on aurait pu le croire, moins métal sans être pour autant pop ; un disque produit dans les usines Pumpkins comme à la grande époque, mais qui ne passe pas son temps à regarder dans le rétroviseur. Un beau cadeau pour les fans et les amateurs de « classic rock » où les guitares claires du chauve qui ne sourit pas n’ont pas pris une ride et où l’ensemble des titres s’écoute sans rougir. Les rythmiques, sans être touchées par la grâce, font le job ; quant aux compositions de Corgan on oscille entre le saint « Mellon Collie and The Infinite Sadness » et « Adore », soit un disque hybride où l’on entend parfois de superbes slows acoustiques (Pale Horse, The Celestials), du rock à la limite du mauvais gout qui fait penser au grunge des années folles (The Chimera, Panopticon) et parfois même un brin d’électro tapotée sur les claviers (One diamond, one heart, Violet Rays) qui prouveront peut-être aux sceptiques que Corgan ne s’est pas enfermé dans un frigidaire datant du siècle dernier. 
A sa manière, avec panache et inspiration, « Oceania » répond donc à toutes les interrogations précitées. Peu importe que la formation originale des Pumpkins ne soit plus qu’un rêve lointain, et tant pis si ce même disque s’avère dans la forme plutôt conventionnel, l’histoire retiendra – on l’espère – que même vide à l’intérieur, la citrouille de Chicago a encore de la suite dans les idées.

Ecouter en avant première "Oceania" sur iTunes

Smashing Pumpkins // Oceania // EMI
http://www.smashingpumpkins.com/