JE RECHERCHE
Underground VS mainstream : l’union fait la force

Underground VS mainstream : l’union fait la force

Il y a dix ans, personne n’osait imaginer une telle association, mais il faut se rendre à l’évidence : aujourd’hui, la pop pour stades et le monde de l’indépendant se tournent autour. La preuve en cinq exemples.

Mais qu’est ce qu’il leur arrive ? Pourquoi, d’un coup, nos musiciens préférés, ceux qu’on pouvait garder pour nous comme un secret, se mettent à taper sur l’épaule des grands de ce monde ? Reprenons. Et si, finalement, l’ordre logique des choses était inversé ? Les “noughties” ont, comme chacun sait, bouleversé plus d’une équation dans le petit monde de la musique enregistrée. Bon et mauvais goût se diluent aujourd’hui dans la même casserole, sans aucune honte. Si avoir un iPod qui juxtapose Beyoncé et Simian Mobile Disco est concevable, pourquoi ne pas briser les murs des laboratoires de gestation de toutes ces musiques, sans complexe ? Aujourd’hui, c’est 2012. Point de fin du monde pour l’instant, plutôt une grande partie de plaisir qui mêle joyeusement songwriters underground et “MTV bands”, égos surdimensionnés et travailleurs de l’ombre.

L’heure est à la démocratie : les gros poissons utilisent YouTube comme tout le monde et découvrent un monde bourré de talents underground, qui ont appris à maîtriser la production par eux-mêmes, et qui peuvent leur apporter beaucoup, artistiquement mais également en termes de crédibilité. Et sans cloisons, la fête est plus folle : on a pu voir, ces dernières années, de nombreuses passerelles entre underground et mainstream, deux termes dorénavant à demi galvaudés. Vous n’aviez jamais fait attention ? Pourtant, ça se remarque, par les oreilles comme par les yeux, et ces alliances contre-natures peuvent s’avérer très fructueuses.

 

Rihanna, Drake, Jamie xx : l’amour à trois

“Double combo”, comme ils disent dans le jeu vidéo. On a du mal à imaginer que Jamie xx, leader du trio The xx (dont le prochain album devrait paraître à la rentrée), ait vraiment calculé ce qui allait arriver à son boulot cet hiver. Tout d’abord, son travail de relecture sur le tout dernier album de Gil Scott-Heron, I’m New Here (renommé We’re New Here dans sa version remixée), a tout simplement été réutilisé, presque tel quel, sur un morceau du nouvel album de Drake. L’éminent MC canadien, devenu l’une des importantes voix du R’n’B international, a compris deux choses : primo, Jamie XX est bon pour créer des instrumentations profondes, mystiques et à la production toute particulière, bien loin des instrus cliniques habituellement utilisées dans ce genre de musique à grande échelle. De plus, il a su capter une grande partie de l’audience de ceux qu’il a samplés, tout en s’offrant la sympathie d’une frange plus pointue de mélomanes, qui ne jurent que par le R’n’B “indé” de The Weeknd ou de How To Dress Well. Rihanna, elle-même en featuring sur ce “Take Care” de toute beauté, a aussi utilisé le talent de Jamie sur son dernier album Talk That Talk. “Drunk On Love” reprend un gimmick de guitare fantomatique, celui de The xx, qui ouvrait d’ailleurs le premier disque du trio. Exemple un peu moins intéressant du point de vue artistique, cependant, un synthétiseur cavalier venant rapidement plomber l’ambiance. Attention, personne n’a dit que ces prises de contact entre deux mondes étaient toujours fonctionnelles...

 

Miike Snow, la perfection pop aux gènes mainstream

Aujourd’hui, tout le monde connaît cette clique de Suédois malins comme des singes. Miike Snow a le chic pour offrir au monde des mélodies qui échappent aux clichés, et pour dégager une intelligence pop impressionnante, dans la musique comme dans les gestes. Pourtant, cela s’entend dans leur musique et se ressent dans leur discours, ces types évoluent dans la sphère indépendante, et c’est un choix assumé. Pourtant, ceux qui savent, savent. Christian Karlsson et Pontus Winnberg, deux des membres du trio, forment la société de production Bloodshy & Avant, qui a notamment écrit et produit... “Toxic” de Britney Spears. L’exemple est frappant, mais leur liste est longue : Jennifer Lopez, Ms. Dynamite, Kylie Minogue... Ces types tentent un grand écart fulgurant en tentant d’être les meilleurs dans chaque sphère. Idée pas si sotte : malaxer des tubes télévisuels et écrire des pop songs pour fans de musique indé relève du même talent.

 

Madonna et ses deux poupées indie

Certes, les deux artistes suivantes n’explosent pas le compteur de l’underground, mais elles restent, dans certains cas, relativement liées à une sphère “entre-deux” qui ne choisit pas complètement son camp. M.I.A. et Nicki Minaj, chacune dans leur style, ont peut-être trouvé cette troisième voie qui, au final, deviendra une option de convergence pour la carrière musicale de la plupart des artistes. Les deux femmes incarnent un esprit pop, hip-hop et dance (osons le mot) bravache et insoumis, parfois particulièrement futé. Ceci dit, les voir jouer les quasi-figurantes dans un clip de Madonna plutôt médiocre (tout comme la chanson illustrée par la vidéo), ça trouble un peu. Damned, mais que font-elles ici, à ne pas faire grand chose justement ? Coup double pour la Ciccone : deux égéries féminines, au crédit semi-undreground et bien plus “trendy” qu’elle, peuvent potentiellement lui redonner un nouveau souffle au moment où sa longue carrière semblait définitivement vaciller. Du côté de M.I.A. et Nicki Minaj, la raison est simple. L’argent ? Non, elles étaient fans de Madonna lorsqu’elles étaient gamines. Ça vaut bien le coup de se salir un peu pour réaliser un rêve, même s’il dure dix secondes.

 

Odd Future et Bon Iver, sous l’aile de Kanye West

De cette potentielle collaboration, on ne peut pas dire grand chose. Tout simplement parce que le fait qu’elle ait réellement eu lieu n’est même pas un fait prouvé. Mais les photos de Tyler, The Creator et de Frank Ocean, deux des plus importants membres de Odd Future, faisant ami-ami avec le mégalo Kanye West, ça en dit long sur la crédibilité au top de ces jeunes fous du hip-hop indé. Eux-mêmes n’attendent qu’une chose : grimper. Pas de ghettos culturels, pas au prix de perdre la course au trône, et ce genre de rencontres doit plutôt bien leur convenir. Kanye West, lui, y est solidement installé, sur ce trône. Et en embrigadant ces talentueux post-ados, il sait qu’il se taille un allié de choix dans l’optique de sa conservation. Mais il ne tape pas que dans son quartier musical. Son précédent album, My Beautiful Dark Twisted Fantasy, comprenait des tonnes d’invités, parmi lesquels... Justin Vernon, un folkeux du Wisconsin plus connu sous son alias Bon Iver. Un morceau de l’empereur du hip-hop, nommé “Lost In The World” utilisera un échantillon de “Woods”, présent sur un EP nommé Blood Bank, pierre angulaire de la courte discographie de ce projet archi-indé, passé à la postérité car extrêmement talentueux. Vernon participe également à l’écriture de “Monsters”, autre morceau sur lequel il sera crédité lors de cette collaboration. Il avouera avoir été inspiré par cette session avec Kanye West, ce qui se ressentira dans la production de son second album, sorti en 2011 et bien plus raffiné que ses premiers travaux, extrêmement dépouillés. Certains regrettent, d’autres apprécient que les deux sphères s’influencent d’une façon aussi prégnante. Choisissez votre camp.

 

Diplo, le médiateur des deux mondes

Ce type, à lui seul, est l’exemple de ce floutage de frontières. C’est bien simple : il représente les deux “camps” à la fois, et n’a que faire des fluctuations de crédibilité que cela peut lui apporter. Il sait que les années 2010 sont celles du défilement d’informations culturelles le plus élevé qu’on ait jamais vu, et qu’il faut faire du bruit pour se faire entendre. Originaire de Philadelphie, instituteur de formation, il a d’abord produit sous son propre nom, ses albums, plutôt orientés hip-hop, sortant sur Big Dada, subdivision de Ninja Tune dédiée à cette couleur musicale. Son travail de producteur pour M.I.A. (encore elle), doublée de son idylle passagère avec elle, lui aura valu une notoriété supplémentaire. Il a également fondé Major Lazer, entité musicale fluctuante et ambitieuse, avec son pote Switch, pour redonner ses lettres de noblesse au dancehall, en invitant des tonnes de MCs à la fête (dont Santigold, avec qui il a également travaillé pour son premier album). Beaucoup plus récemment, on l’a vu produire Usher, Nicola Roberts de Girls Aloud et Beyoncé. Sans compter ses publicités pour Blackberry, qui ont contribué à le personnifier encore davantage, ou ses collaborations plus hasardeuses avec Busta Rhymes et Tiësto... Diplo est l’un des rares artistes à avoir assez d’énergie pour remplir le segment délimité par l’underground, d’une part, et le mainstream de l’autre, les allers-retours ne semblant plus lui poser aucun problème, ni le fatiguer outre mesure. Question de perception : on parie que chez lui, ce segment s’apparente à un point, ce qui le rend en avance sur son temps. Nous autres, humbles observateurs, pouvons tout juste voir les distances se réduire à vue d’oeil, pour le meilleur et pour le pire.